CHAPITRE X
PARIS
Palais du Louvre. — L’escalier de Henri IJ. — Les œils-de-bœuf.
es paiements faits à Jean Goujon, de 1 5 5 5 à i5Ô2, sur l’ordre de « M. de Clagny » prouvent la collaboration du maître aux travaux du Louvre pendant cette période. Ces paiements sont au nombre de sept et forment un total de 4,860 livres 1 1 sols. Ils ont été recueillis par Léon de Labordedans ses ouvrages : La Renaissance des Arts à la Cour de France et Les Comptes des Bâtiments du Roi de i528 à i5y 1 . Mais, nulle part, en face de lasomme allouée au sculpteur, il n’est fait mention d’une oeuvre précise sortie de ses mains. Il semble qu’on ait affaire à un homme qui se porte, selon les besoins de l’heure présente, sur tous les points du palais; à une sorte de maître d’œuvre chargé d’une direction compliquée, en mesure de surveiller les décorateurs, de les stimuler, de leur venir en aide et de prendre, au besoin, le maillet et le ciseau pour rectifier un détail ou créer de toutes pièces un ensemble. D’autre part, Sauvai, en parlant de la cour du Louvre, fait honneur à Goujon d’avoir dessiné et sculpté les ornements de Panique L C’est également le maître que désigne Sauvai comme ayant « conduit et exécuté » le décor des œils-debœuf. Il convient de peser les termes dont se sert l’historien de Paris. Goujon n’a pas eu « à conduire » ce qu’il « exécutait » lui-même. Il est donc évident qu’il a partagé, avec Lescot, la direction des travaux. N’avons-nous pas connaissance, grâce à M. Berty, des menues sommes versées entre les mains de Goujon, le samedi de chaque semaine, du 27 mars 1 5 5 8 au 22 octobre 1 5 5 9 , et qui ont toute l’apparence d’une paie hebdomadaire, sûrement destinée à des praticiens dont la surveillance lui était confiée? On peut affirmer, croyons-nous, que Goujon dessina la décoration tout entière du palais construit par Lescot. Nous savons, en effet, qu’au xvne siècle telle partie du décor exécutée par Van Opstal ou Magnier, ne fut que la traduction des modèles de Jean Goujon.
1 T. TT. r. ->fi.
LES ARTISTES CELEBRES
On le comprend, la tâche étendue que le maître s’était imposée lorsque Lescot l’appela près de lui, en 1547, rend très délicat le choix des parties dans lesquelles on se plairait à voir la marque de son ciseau. Sauvai ne cite que deux œils-de-bœuf comme ayant été sculp-
PALAIS DU LOUVRE. — ESCALIER DE HENRI II. Composition présumée de Jean Goujon.
tés par Goujon. M. de Montaiglon en concède un' troisième. Le même auteur veut, en outre, que les deux figures allégoriques placées, de nos jours, au-dessus de la porte des salles égyptiennes et assyriennes, provenant de l’attique d’une aile remaniée au début du
JEAN GjOUJON
siècle, soient de la main de Goujon, mais, dans cette attribution, le fin critique n’est guidé que par le style des reliefs dont il parle. Ce style apparaît nettement écrit sur maint autre point des murs du palais, notamment dans des détails exquis et sans nombre des « grands degrés » que nous appelons aujourd’hui l’Escalier de Henri II. Or, il est impos-
PALAIS DU LOUVRE. — ESCALIER DE HENRI II. Composition présumée de Jean Goujon.
sible d’admettre que la décoration touffue de cet escalier ait été sculptée par un seul homme, si alerte, si prompt au labeur qu’on le suppose, mais un seul homme a pu tout concevoir et tout ordonner avec le crayon. Nous pensons que Goujon fut cet homme. Toutefois, afin de ne pas errer, et pour ne pas surcharger, sans profit pour le maître,
LES ARTISTES CÉLÈBRES
1 étude que nous lui consacrons, nous ne décrirons ici que les trois œils-de-bœul qu’il paraît avoir modelés et sculptés lui-même.