Monuments françois, t. IV, art. XLV, p
LES ARTISTES CELEBRES
malléoles, enlève au cadavre tout aspect de sécheresse et de rigidité. La tête paraît vivante. La chevelure se répand en mèches opulentes autour du front. Les mains, fines et longues, sont croisées sur les cuisses. Le torse, les bras et les jambes sont de forme amincie, sans être grêles. Ce corps d'homme a été atteint par la mort en pleine jeunesse, et sa beauté n’est pas détruite. La ligne sinueuse, qui se poursuit, depuis l’épaule jusqu’à l’orteil, dénonce le savoir et le goût du sculpteur. La forme générale est un peu conventionnelle; les proportions humaines sont adroitement exagérées; l’artiste est entré en compromis avec la nature, afin de donner à son personnage plus de sveltesse et de grâce juvénile.
Mais il est admis aujourd’hui que l’œuvre dont nous parlons ne saurait être de Jean Goujon. Léon de Laborde, ayant à juger un écrit de 1848, publié à Gisors, et dans lequel l’auteur attribue à Goujon le « gisant » de la chapelle Saint-Clair, s’élève énergiquement contre l’opinion émise. Il se refuse à voir dans cette sculpture autre chose qu’une imitation du « Transi » d’Avignon, ou des compositions macabres de Rouen, de la Chaise- Dieu et de vingt autres endroits. Nous ne contredirons pas le critique. Mais Léon de Laborde ne parait pas songer à l’ancienneté de la tradition qui s’était transmise à Gisors, et que Millin avait acceptée au xvine siècle. Cette tradition importe. Elle peut être considérée comme un indice de la région natale de Goujon. Elle permet, du même coup, de reporter la naissance du maître au début du xvi' siècle. Laborde est d’ailleurs de cet avis. « La date de 1 5 2 6 , écrit-il, n’est pas la raison qui empêche que Jean Goujon ait eu part à cette sculpture. » Retenons l'aveu de l’écrivain. Toute opinion venant à l’appui de l’indication la plus vague sur l’origine de Goujon a sa valeur. On a vu que certains biographes normands se sont plu à considérer en Nicolas Poussin et Jean Goujon deux compatriotes. Ces narrateurs étaient-ils mieux informés que nous-même? La seule supériorité, chez les deux maîtres, a-t-elle suggéré le rapprochement que nous rappelons? Ont-ils envisagé la terre normande dans toute son étendue, lorsqu’ils proclamaient « compatriotes » deux enfants de cette province? Cette désignation doit-elle, au contraire, circonscrire le champ de recherches, dont les limites ne sont pas connues ? Gisors est proche des Andelys.
11 nous faut, maintenant, nous reporter à l’année 041 pour retrouver la trace de Goujon. 11 est encore en Normandie. Mais si nous admettons qu’il ait pu produire un travail de mérite vers 1 520, il n’est pas douteux que, durant les quinze années où son nom fait silence pour nous, l’artiste n’ait exécuté de nombreux ouvrages. S’est-il rendu en Italie pendant cette période, l’influence de l’école florentine sur ses compositions ultérieures étant indéniable? N’a-t-il fait que franchir la distance qui le séparait de fontainebleau où, dès 1 5 3 3 , Primatice travaillait pour François Ier ? Encore que Primatice soit un Bolonais, ne sommes-nous pas convenus de qualifier de gallo-florentine l’école fondée par ce maître sur terre de France?
Quoi qu’il en soit, ainsi que nous l’avons dit, Goujon, sur les comptes de fabrique de la cathédrale de Rouen, pour les années 1 5 40- 1 5 1 , est appelé « maistre ». L’artiste jouissait donc, alors, d'une incontestable célébrité. Voici, d'ailleurs, le texte intégral de la mention découverte par Deville en 1 8 3 3 :