PALAIS DU LOUVRE. - ESCALIER DE HENRI II
Compositions présumées de Jean Goujon.
une tunique qui laisse à découvert le haut du corps et l’une des jambes. Un croissant est
fixé sur son front : allusion à la souveraine d’Anet. Mais le personnage a les yeux baissés, et le port de la tête trahit quelque embarras. 'Que veut dire cette confusion, ce regret avoué, perceptibles sur le visage? Goujon n’a pas dû se permettre une épigramme à' l’adresse du Roi? Peut-être faudrait-il placer la date de ce relief après la mort de Henri II ?
La Renommée porte des ailes qui se profilent jusqu’à ses pieds. Sa tunique, retenue au-dessous des seins, à la manière antique, est ouverte sur le genou gauche. La déesse souffle dans une trompette.
Ronsard, en i56o, dans son Epître à Pierre Lescot, a parlé de cette Renommée. S’il faut en croire Claude Binet, le choix des deux allégories, qui furent sculptées par Goujon sur cet œil-de-bœuf, aurait été indiqué au sculpteur par Pierre Lescot, et les deux figures seraient une allusion au poète de la Franciade. Enregistrons ce propos sans y ajouter plus de foi qu’il ne mérite. Tel qu’il nous apparaît, cet ensemble décoratif ne le cède pas au précédent. Le modelé des nus, le mouvement et la richesse des draperies, la pose, les gestes des personnages sont d’un maître.
La Guerre désarmée et la Paix, telles sont les allégories du troisième œil-de-bœuf. La Guerre est en action. Ses voiles flottent autour de son corps avec quelque violence; elle suspend sa marche à regret; ses ailes frémissent; l’une de ses mains serre convulsivement des javelots brisés, et le geste de son autre main parle encore de menace.
La Paix, amplement drapée, a la tête inclinée. D’une main elle tient le glaive qu’elle vient d’arracher à la Guerre, et, de l’autre, elle porte un faisceau de palmes entouré de la couronne royale. A sa gauche est un aviron.
De ces deux allégories, la Paix est la moins heureuse. La Guerre est une composition de tous points admirable, mais nous sommes porté à croire que la Paix n’est pas entièrement de la main de Goujon, si même il a fait plus que d’en esquisser le modèle. La présence de l’aviron, et aussi la pose générale du personnage, ont déterminé Pajou, en 1788, à copier cette figure, qu’il a privée de ses ailes, pour lui donner place auprès des cinq naïades ou nymphes des eaux, sculptées par Goujon à la Fontaine des Innocents.
Nous n’irons pas au delà dans l’attribution, à Jean Goujon, des sculptures du Louvre de Henri II et de Charles IX. On a remarqué que les œils-de-bœuf, placés à une distance très faible du sol, sont décorés de reliefs extrêmement méplats, tandis que les ornements de l’attique confinent à la ronde-bosse. Ainsi l’exigeaient les lois de la perspective, et Jean Goujon qui, sans doute, fut l’ordonnateur général de toute la décoration, avait trop bien parlé, dans le Vitruve de Jean Martin, de cette science indispensable à l’architecte, pour enfreindre ses préceptes lorsqu’il dut concourir à la parure du Louvre.