LA FONTAINE DES NYMPHES
Dans la dédicace du Vitruve de 1547 qu'il adresse au jeune roi Henri II, Jean Martin nous donne, à côté du renseignement utilisé tout à l'heure, une seconde indication précieuse en désignant Goujon comme « naguère architecte de Monsieur le Connétahle et maintenant Tun des vôtres ». On peut en conclure sans hésitation que, dès l'avènement de Henri II, Goujon était passé du service des Montmorency à celui du roi.
C'est Lescot sans doute qui, chargé en 1546 par les lettres patentes de François Ier de diriger les travaux de reconstruction du Louvre, attira auprès de lui le sculpteur qui avait déjà travaillé sous ses ordres au jubé de Saint-Gcrmain-l'Auxerrois. Y a-t-il eu entre ces deux hommes plus que les rapports ordinaires entre un architecte et le sculpteur qui exécute sous sa direction les motifs de décoration qu'il lui commande? Y a-t-il eu accord de tendances, sympathie de talents, prédilection marquée, amitié même? Cela est bien possible, et la continuité de leur collaboration, que nous allons suivre tout à l'heure, autorise presque à l'affirmer. Mais quelle a été la nature
exacte de cette collaboration ? Gela est beaucoup plus délicat à établir. On est porté à supposer que Jean Goujon, désigné et employé comme « architecte », parfois même comme « maître maçon », doué delà compétence théorique et archéologique que les dessins et les commentaires du Vitruve nous ont révélée, a pu être pour Lescot, qui n'était pas, à proprement parler, un homme de métier, qui appartenait à une famille de magistrats et resta luimême conseiller au Parlement, une sorte de guide ou de collaborateur véritable, non seulement pour la partie décorative, mais pour l'ordonnance de ses bâtiments. Notons toutefois que, lorsque nous saisissons, à partir de la date où nous sommes parvenus, des documents contemporains concernant l'activité de Jean Goujon, lorsque nous dépouillons notamment les Comptes des bâtiments du roi. Goujon n'est plus jamais désigné ni payé que comme sculpteur et pour des « ouvrages de sculpture » commandés par M. de Clagny. Tout au plus peut-on supposer, à le voir payer comme les maîtres maçons et charpentiers, pour des « ouvrages par lui faits », qu'il avait sans doute, comme ceux-ci, des compagnons, un atelier, pour l'exécution de ses ouvrages.
Quand commencent exactement les travaux de Jean Goujon au Louvre? Les Comptes des Bâtiments, incomplets du reste, ne mentionnent notre artiste qu'à partir de 1555, et l'on en a conclu parfois qu'il n'avait rien fait au Louvre avant cette date. Sir Lister insinue même qu'il a dû être absorbé pendant ce temps par les commandes de Diane