DIVI NI T É S M A R I N E S
(Bas-reliefs provenant de la fontaine des Innocents.) (Musée du Louvre.)
cascades jusqu'au bassin inférieur. Cette abondance d'eau qui s'écoule par le bas des arcades occupées jadis par des balcons, et qui n'est pas du reste sans nuire à la conservation des sculptures, ne fut réalisée qu'au début duxixe siècle et nécessita, vers 1812, l'enlèvement des bas-reliefs inférieurs : ce sont les trois admirables morceaux qui figurent aujourd'hui au Louvre.
Parmi les décorations encore en place il faut distinguer, du reste, entre les fragments originaux de la première fontaine et les compléments nécessités par la nouvelle disposition architecturale, compléments qui comprennent trois figures de Nymphes, un bas-relief du couronnement et deux Renommées volantes. La plus grande partie de ces compléments, deux des Nymphes debout tout au moins, celles qui se trouvent sur la face méridionale de l'édifice actuel, sont de l'invention du sculpteur Pajou, qui s'efforça non sans habileté de pasticher le style de Goujon (1).
Les reproductions qui accompag"nent ces lignes nous dispensent de décrire chacune des figures de Nymphes, aux tuniques collantes, ou des Naïades qui étalent leurs abondantes nudités dans les bas-reliefs du Louvre. Quant aux bas-reliefs de Tattique, moins importants du reste, plus fatigués et plus difficilement visibles, ce sont des
(J) La troisième figure debout (celle de droite de la face occidentale) esl empruntée, ainsi que M. Lemonnier l'a souligné .récemmenl [ïiull. de la Soc. de l'hist. de l'art français, 1907). à la décoration d'un des œils-debœuf du Louvre que le sculpteur s'est contenté de démarquer liés légèrement. C'est la figure dite de la Paix, dont on a supprimé quelques accessoires et modifié le geste du bras droit.
jeux d'enfants cavàlcadant sur des coquillages ou des dauphins, s'ébattant et « s'csbaudissant » avec une joie de vivre et une liberté toutes rabelaisiennes.
Nous reviendrons plus loin sur le caractère esthétique et sur le mérite de toutes ces figures célèbres qui inarquent l'apogée du talent de Goujon. Il est là tout entier, en pleine possession de son art ; et l'exécution, d'une rare souplesse, aussi bien que la fantaisie et la verve de l'invention, témoignent de l'intérêt et du soin qu'il a apportés à cette besogne, où, plus libre peut-être que dans aucune autre circonstance, il a donné toute carrière à son imagination païenne et à sa prodigieuse virtuosité.