DÉTAIL DE LA TRIBUNE DES CARIATIDES
( Palais iln Louvre i
enfin, plafonnante, à tunique légère, aux écharpes tourbillonnantes, qui est pleine de grâce et de charme.
On a plus de peine, sur la façade, à reconnaître le sculpteur délicat des Nymphes et des Renommées. Mais il ne faut pas oublier sa volonté de décorateur exprimée dans le discours sur Vitruve, les recherches d'effet de forte saillie, les déformations voulues de l'anatomie même, auxquelles il a pu essayer de se livrer pour conserver leur valeur à ses motifs destinés à être vus à grande distance. Il en paraît déjà quelque chose dans les groupes de chiens en fort relief qui couronnent certaines fenêtres du premier étage, danslafrisequi sépare les deux étages, où jouent au milieu des guirlandes de gros enfants potelés et redondants. Mais, c'est surtout dans l'attique, parmi les trophées d'armes antiques qu'apparaissent des figures très ambitieuses et magnifiques d'hommes nus ou vêtus à la romaine avec de grands génies ailés, aux ailes éployées, dont les deux du centre soutiennent un vaste cartouche aux armes royales ; dans chaque avant-corps, sous les frontons, des figures assises ou accroupies de vieillards barbus comme des philosophes antiques, de fleuves aux musculatures michelangesques, de satyres ou d'a3gipans goguenards . Au centre surtout, le motif le plus ambitieux qui se dresse au-dessus de l'œil de-bœuf de la Paix et de la Guerre, représente deux guerriers assis en costume antique à côté de deux prisonniers enchaînés : ce sont là des allégories belliqueuses et des thèmes de décor que le xvne siècle banalisera : les voici qui apparaissent pour la première fois dans l'art fran-
çais, après que la Renaissance classique italienne, et Michel- Ange en particulier, les ont déjà bien souvent utilisés; Goujon, de plus en plus acharné à la poursuite de l'idéal classique et italien, les leur emprunte sans vergogne mais leur conserve encore une certaine élégance, grâce à cette traduction eu demi-relief qui lui est si particulière et que nous avons notée dès ses premières œuvres.
En dehors de l'histoire de ses œuvres, nous ne savons presque rien de la biographie de Goujon, même pendant cette partie la plus brillante de son existence. On n'a jamais signalé aucun acte de l'état civil le concernant. V oici cependant un document d'ordre précis que nous devons encore à M. Bapst et qui le montre recevant du roi, en 1554, l'office de « récepteur des aydes en l'élection d'Evreux », office qu'il s'empresse de repasser immédiatement, moyennant finances, à un praticien nommé Guillaume Le Bigault. A moins d'y chercher, un peu vainement peut-être, un nouvel indice de l'origine normande du sculpteur, ceci nous montre uniquement la faveur dont Goujon jouissait auprès du roi à cette date.
Un autre document publié en 1890 par M. H. Stein (1 ) est beaucoup plus étonnant. 11 s'agit d'un arrêt d'élargissement provisoire rendu par la Cour de Paris en septembre 1555
(1) Jean Goujon et la maison de Diane de Poitiers à Étampes. Paris, Laurens, 1890.