DETAIL DE LA CHEMINÉE DE LA SALLE DES CARIATIDES
(Palais du Louvre.)
en faveur de « Jean Goujon, sculpteur du roy du Louvre » (il n'y a pas d'erreur sur la personne), qui avait été emprisonné par ordre du bailli d'Étampes. Aucune autre pièce ne nous avise des raisons de cette arrestation, de la nature du délit commis par notre artiste.
On a fait remarquer qu'une maison d'Étampes qui porte la date de 1554, et les emblèmes de Diane de Poitiers, pourrait avoir été l'occasion d'un séjour de Goujon à Étampes, et que certaines parties de la décoration de cet élégant, mais très simple édifice, une petite porte notamment avec deux Renommées volantes et un bas-relief représentant la Pentecôte, pourraient avoir été exécutés au moins sur ses indications. Mais quelle faute avait pu légitimer son incarcération? On a parlé d'une dette: cela est assez invraisemblable, étant donné ce que nous savons du succès de l'artiste à ce moment ; les bénéfices accessoires en particulier dont on vient de nous prouver qu'il jouissait, empêchent de croire à une gène même passagère. Mais on sait que Goujon avait adhéré aux doctrines de la Réforme, et il est plus probable qu'il fut en butte à la persécution religieuse qui commençait dès lors à sévir.
C'est encore sans doute à cette persécution grandissante qu'il dut d'être obligé de s'exiler après 1562. 11 disparaît brusquement en effet à cette date des comptes des bâtiments royaux. Or, rappelons-nous que c'est en 1562 qu'eurent lieu, après l'édit de tolérance, les massacres de Vassy. La tradition qui faisait mourir Goujon à la Saint-Barthélemy a été reconnue fausse; mais des documents irréfutables,
l'interrogatoire d'un protestant français réfugié en Italie,, un graveur nommé Laurent Pénis traduit devant le Saint- Office en 1568, ont permis d'établir que Jean Goujon devait, séjourner à Bologne vers la fin de 1563, qu'il y demeurait dans la maison d'une veuve sur la petite place Saint-Michel, prés de Saint-Mamolo. 11 y vivait, non dans un milieu de cour accueillant et libéral, mais parmi de petites gens que le Saint-Office inquiétait pour leurs opinions hétérodoxes : un certain Pierre de Toulouse, horloger, un maître Jourdain de Paris, barbier. En 1568, Pénis déclare que Jean Goujon, qui l'avait accueilli autrefois chez lui, est mort aujourd'hui.
C'est donc entre 1563 et 1568, et en exil, à Bologne, qu'il faut placer la mort de Jean Goujon. Gomment y avait-il été amené? Est-ce par quelque relation nouée dans les ateliers royaux avec certains Italiens de Fontainebleau ? On a rapproché la date de son exil du retour de Primatice dans sa patrie. Mais cette coïncidence aurait besoin d'être soulignée par des rapports dont nous n'avons pas de preuves matérielles entre les deux artistes. Est-ce attiré vers un pays où il aurait séjourné dans sa jeunesse ? Nous n'en savons absolumentrien,demêmequenous ne savons rien non plusjusqù'ici des travaux qu'il put vraisemblablement entreprendre, nefût-ce que pour gagner sa vie. pendant ses années d'exil,
Ses origines possirles et son caractère général.
Lorsque Jean, Goujon parut vers 1540, il y avait déjà