ES DE L'AUTEL D'ÉCOUEN
: do Chantilly.)
édifices privés ou publics; cette direction technique reste entre les mains des « maîtres maçons tailleurs de pierres », formés aux vieilles méthodes et ayant conquis régulièrement grades et expérience dans les maîtrises.
Mais voici justement que dans une autre occasion toute proche, où il s'agit cependant d'une besogne de sculpteur, l'exécution de la statue du cardinal Georges II d'Amboise, Jean Goujon est qualifié de tailleur de pierre et masson. Or ce sont là les termes même les plus précis dont, au dire de leurs défenseurs les plus convaincus, on désigne les constructeurs traditionnels, les Ghambiges, les Gadier, les Trinqueau et les Lebreton. Ces deux textes contemporains sont donc extrêmement importants à rapprocher et à souligner : on en pourrait tirer des conclusions con tradictoires ; ils nous permettent en tout cas de soupçonner que la qualité d'architecte que Goujon se donnera par la suite n'est pas un titre de fantaisie et que son rôle en certaines circonstances put être plus étendu qu'on ne le croit. Ses travaux de l'orgue de Saint-Maclou n'étaient-ils pas du reste, à proprement parler, des travaux d'architecte? d'autanl qu'il n'avait pas reçu, nous l avons vu, mais fourni lui-même le dessin de ces colonnes à l'antique et de ces chapiteaux que nous retrouverons bientôt dans un ouvrage technique d'architecture illustré par ses soins? Ne nous apparaît-il pas dès lors comme réalisant le type de ces artistes de la Renaissance française, un Lescot ou un Philibert Delorme, qui seront à la fois des inventeurs de dessins et des exécutants, des hommes de théorie et
des hommes de pratique, unissant en eux les doubles qualités des vieux maîtres du bâtiment, uniques directeurs des œuvres d'autrefois, et des créateurs imaginatifs et érudits à la mode italienne?
La commande à laquelle se rapporte ce texte est d'ailleurs rédigée de façon assez singulière. Jean Goujon doit, par ce marché du 6 avril 1541, « faire la tête du priant et sépulture de Monseign1 » et « parfaire et asseoir icelle en la place où elle doibt demeurer ». Il s'agit de l'effigie que Georges II d'Amboise fit ajouter derrière la statue de son oncle, sur le tombeau delà cathédrale dont il avait lui-même dirigé l'exécution de 15.15 à 1525. Cette statue, exécutée au moins partiellement, si Ton en croit le texte cité, de la main de Jean Goujon, fut remplacée peu d'années après : le testament de Georges d'Amboise (1550) indiquait en effet sa volonté de figurer sur son tombeau, ou plutôt sur celui de son oncle, en « habit de cardinal » et non en simple habit d'archevêque. Cette nouvelle effigie posthume, que l'on voit encore aujourd'hui en place, est certainement médiocre et bien au-dessous de l'admirable priant du premier Georges d'Amboise auquel elle fait suite (1). N'a-t-on pas d'ailleurs utilisé ou copié la tête que l'économe Georges II commandait seule à Goujon en 1541? Le cardinal était mort lors de l'exécution de cette effigie définitive, et, le modèle manquant, on dut recopier la première effigie.
(1) C'est par une singulière inadvertance que M. Jouin, dans son catalogue de l'œuvre de Jean Goujon, inscrit les deux statues des cardinaux d'Amboise et les déclare toutes deux détruites, et que M. Enlart, d'autre part, a nommé Jean Goujon pour l'auteur du Georges Ier.
Cliché Martin-Sabon.