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LES PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN

(Illustrations du Vitruve de Jean Martin.)

travaux du jubé se terminent on 1545, le Vitruve est de 1547 : c'est donc entre ces deux dates, à tout le moins avant la seconde, que Goujon pourrait avoir travaillé à Écouen.

Quel rôle y tint-il ? Nous savons déjà la difficulté de préciser la défini! ion de ce terme & architecte ^ que l'on commençait à appliquer cependant à ce moment dans les comptes royaux, aux personnages occupant les situations les plus élevées dans Ja hiérarchie artistique et administrative, à un Philibert Delorme par exemple. Nous avons vu qu'on désignait Goujon successivement et presque indifféremment, comme imagier, maître maçon et architecte. Il nous paraît raisonnable d'entendre ici, non pas que Goujon eut la direction effective et complète des travaux de l'édifice d'Écouen, mais qu'il n'y fut pas cependant confiné dans sa hesogne de tailleur d'images comme à Saint-Germainl'Auxerrois où il travaillait sous les ordres et sur les dessins de Lescot, qu'il put, par exemple, pour un autel, pour un portail, pour une cheminée, donner des dessins d'ensemble ainsi qu'il avait fait à Rouen, qu'il put même, à côté et peut-être au-dessus du maître maçon chargé de l'édification du château, tenir le rôle de conseiller-directeur, de deviseur de plans que les Italiens avaient souvent tenu précédemment , que tenaient ailleurs les Lescot et les Delorme, en l'étendant de plus en plus à la direction générale à la fois théorique et pratique de l'œuvre.

Cela est d'autant plus vraisemblable qu'il n'est guère admissible (Palustre l'a fait remarquer avec heaucoup de raison) que Jean Bullant, né vers 1515, ait dirige', laconstruc-

tion du château dès son début, vers 1532, ou même dès les environs de 1540 (1). Palustre a parfaitement noté les reprises, additions, transformations manifestes dans les travaux à un certain moment qu'il place vers 1550 et fait coïncider avec l'arrivée de Jean Bullant. Mais Palustre, suivant en cela le système général qu'il applique à tous les faits de cet ordre, attribue la direction complète des travaux primitifs et le mérite de l'invention comme de l'exécution des plans à un nommé Charles Baillard ou Billard qui paraît plusieurs fois dans les Comptes des bâtiments du roi vers 1548-1550 avec le titre de maître maçon de Monseigneur le Connétable, comme expert chargé d'examiner les œuvres de maçonnerie d'un Lebreton à Fontainebleau ou d'un Guillain à Saint-Germain. Pour nous, ce Billard, en admettant même, ce qui n'est pas prouvé, qu'il ait été au service du connétable dès 1532, a dû être dirigé, conseillé, inspiré dans sa besogne, avant l'entrée en scène de Jean Bullant, par quelques « architectes » plus dessinateurs que constructeurs, plus théoriciens que praticiens, dont l'un fut sans doute, pendant un temps, notre Jean Goujon. Ceci posé, nous pouvons chercher à Écouen les morceaux où nous semble apparaître plus clairement la manière, l'inspiration, le dessin de celui-ci.

C'est d'abord et surtout l'autel de la chapelle. Cet autel, enlevé d'Écouen à la Révolution, a figuré au Musée des

(1) Les mentions d'état civil qui nous attestent le séjour de Bullant à Ecouen ne commencent qu'en 1556. — Il est un peu téméraire, d'autre part, d'affirmer que le château tout entier, tel que nous le voyons aujourd'hui, était achevé dès 1541-1542.

Monuments français et a été reconstitué au xixe siècle à Chantilly. On y retrouve le parti pris d'architecture classique, sohre et régulière cher à Goujon, celui que nous avons déjà remarqué dans ses travaux de Rouen et soupçonné dans le jubé de Saint-Germain-l'Auxerrois. Il faut y noter aussi, comme à Rouen, l'emploi des colonnes de marbre noir. Mais la qualité surtout des sculptures qui ornent le soubassement est telle qu'on ne saurait y nier la participation de Goujon. Quatre figures d'Evangélistes assis sur des nuages sont des répétitions légèrement diversifiées de celles de Saint-Germain-l'Auxerrois. Elles sont inspirées des mêmes modèles classiques italiens : elles ont le même aspect théâtral et inexpressif. Quant aux figures allégoriques inscrites dans des niches entre des pilastres (une Foi, une CJiaritét et une figure aux attributs assez vagues, palme et table quadrangulaire, qui pourrait bien être simplement une Espérance), elles sont comme arrangement et comme exécution, comme façon de draper et comme souplesse délicate dans le rendu des corps transparaissant sous les étoffes légères, si voisines des œuvres que nous rencontrerons bientôt, qu'elles ne peuvent être sorties que de la même main. C'est même la première fois qu'apparaît cette formule pleine de charme et si caractéristique de l'art de Goujon. Ces œuvres sont infiniment plus menues de proportions; mais elles sont bien, nos reproductions permettent d'en juger, de la famille des Nymphes des Innocents.

La participation de Goujon à la portion supérieure for-

mant retable est moins évidente. On y voit bien dans la corniche entre deux triglyphes un tout petit relief, représentant le Père Éternel, dont la formule rappelle tout a fait celle des Évangélistes. Mais le grand tableau de marbre représentant le Sacrifice d Abraham est d'une qualité, sinon d'une inspiration, assez différente. Est-ce une raison pour refuser de voir à cette place d'honneur un travail de l'auteur de l'ensemble ? Le parti pris du relief très mince est analogue. La facture peut-être un peu plus lourde et plus grêle tient sans doute à l'emploi de la matière, moins souple que la pierre et exceptionnelle, notons-le, dans l'œuvre de Goujon. Le thème aussi, du reste, est unique dans ce que nous connaissons de cet œuvre, et il serait téméraire d'affirmer que le talent du maître, jeune encore, n'ait pas faibli dans cette entreprise.

Ce que nous pouvons noter en tout cas comme très caractéristique de son goût et comme très nouveau et significatif à cette date de 1545, c'est l'ensemble de la décoration très sévèrement classique de cet important morceau d' « architecture ».

Jean Goujon se borna-t-il, dans la chapelle même, à l'exécution de l'autel? Cette chapelle, placée dans le pavillon de gauche du château, date justement, sans que nous puissions préciser l'année de sa construction, du temps où il était « architecte » du connétable. N'en a-t-il pas dicté la disposition très simple dans le plan du château ? N'a-t-il pas dirigé surtout la décoration des boiseries des portes et celle de la tribune ? Cette dernière, encore en place a

Écouen, est un très joli morceau de décoration classique sobre et pure, tandis que les statues d'Evangélistes encadrées dans des niches à la naissance des voûtes sont d'un style banal, et probablement postérieures.

On remarque d'autre part, sur le cintre de l'arcade qui sert de passage pour aller de la cour dans le parc, deux Renommées volantes et légèrement vêtues qui portent des palmes et des branches de laurier. Elles ressemblent fort à mainte figure que nous rencontrerons tout à l'heure et peuvent parfaitement être dues tout au moins à l'inspiration directe de Goujon. Il faudrait, pour affirmer y reconnaître sa main, être sûr que cette partie du bâtiment est bien antérieure à 1547.

Après 1547, en effet, même si Goujon n'a pas rompu complètement avec le connétable, comme la formule de Jean Martin semble pourtant l'indiquer, il a dû être suffisamment occupé à Paris pour ne pouvoir s'occuper que de très loin des travaux d'Ecouen. Ainsi nous ne saurions lui attribuer les Renommées placées sur l'avant-corps en façade sur la terrasse et certainement postérieures à 1550, bien qu'elles se rattachent aux types créés et mis à la mode par le maître, en pleine réputation à cette date, à certaines figures de Fattique du Louvre, par exemple.

Faut-il appliquer le même raisonnement à la célèbre cheminée de la grande salle? On aimerait à être fixé par un document sur la date exacte de cet important morceau, reproduit ci-contre d'après l'original avec les rehauts de polychromie naturelle, marbres de couleurs, dorures, etc.,

qui lui donnent tout son éclat. Mais nous ignorons la date exacte de la construction de cette grande salle située dans l'aile droite du château. Une inscription relevée sur un carreau de faïence qui provient, dit-on. du pavage de cette salle et qui donnerait la date de 1542 ne nous paraît pas tout à fait suffisante pour affirmer que la cheminée est contemporaine du séjour de Goujon à Ecouen. L'impression qui s'en dégage en effet, toute de richesse et de luxe, non sans quelque ostentation et quelque surcharge, nous inclinerait à la placer dans la seconde moitié du xvie siècle, après le passage de Goujon au service du roi; pourtant, la fierté, la grande allure élégante et souple de la figure centrale, son profil régulier, sa haute coiffure emperlée, ses draperies collantes dessinant le mouvement du corps, nous sollicitent bien vivement d'y reconnaître une sœur aînée des figures héroïques des œils-de-bœuf du Louvre : cette Victoire ailée qui porte l'épée nue du connétable et la couronne de lauriers et qui s'avance comme les Nikés antiques, d'un mouvement ardent et impétueux, présente tous les caractères de la sculpture de Goujon et, s'il ne Fa pas mise en place lui-même pendant qu'il était au service de Montmorency, on peut peut-être y voir l'exécution postérieure d'un dessin ou d'un modèle laissé par lui à Ecouen et utilisé dans un ensemble de date plus avancée.

On voit encore à Chantilly, deux grands bas-reliefs, très mal exposés du reste dans un couloir et très peu connus, qui représentent le Départ et la Chute de Phaéton, et proviennent, paraît-il, d'Ecouen ; nous ne savons ni leur date

I ( » N ï A I N E DES INNOCE N I S .

(Etat actuel.)

ni leur emplacement original, mais certains détails peuvent y révéler l'influence, sinon la manière propre de Goujon.

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