III. — La traduction de Vitruve et son illustration
La participation de Goujon à l'ouvrage duquel nous avons extrait tout à Fheure la mention incidente de ses travaux pour le connétable de Montmorency est certainement l'un des faits les plus significatifs de sa carrière et les plus révélateurs de sa véritable personnalité.
Il s'agit delà première édition française de Vitruve, donnée en 1547 par Jean Martin, secrétaire du cardinal de Lenoncourt (1) aux frais de Jean Barbé, bourgeois de Paris. Par deux fois, dans la dédicace au roi Henri II et dans l'avertissement aux lecteurs, Jean Martin cite Maître Jean Goujon parmi les autorités sur lesquelles il s'est appuyé pour éclaircir le texte de son auteur et en établir la version française, à côté de frère Jean Joconde, de Messire Léon Baptiste Albert, de M. Budé, de M. Pliilander. de Messire Sébastien Serlio ; par deux fois, il ajoute à la mention de son nom, l'indication qu'il est l'auteur des « figures nouvelles concernant l'art de maçonnerie » qui illustrent l'ouvrage. Enfin, à la suite de la traduction et des annotations, en partie empruntées à Pliilander et destinées à enseigner aux « ouvriers » la propriété des termes
(1) Sur cette traduction, sur les autres ouvrages et sur le rôle de Jean Martin, nous ne pouvons que renvoyer au travail de M. Pierre Marcel, Un vulgarisateur. Jean Martin , Paris, Garnier frères, s. d.
de leur art correspondant aux antiques, Jean Martin a fait imprimer un « discours » intitulé : Jean Goujon studieux d architecture , aux lecteurs salut.
Ce discours, que certains ont trouvé insignifiant et où Ton souhaiterait évidemment rencontrer plus de révélations personnelles sur l'artiste lui-même, sur ses idées et ses œuvres, contient surtout une explication et une justification un peu sèche et technique des figures dessinées par Goujon pour Y éclaircissement du texte de Yitruve. Il est très curieux cependant par l'allure très humaniste, grandiloquente et légèrement pédante (le sa rédaction, par les autorités auxquelles il se réfère et qui ne sont autres, pour les prédécesseurs, que Raphaël, Mantegna, Michel-Ange, Antonio San Gallo, Bramante dont « l'immortelle renommée est épandue par toute la circonférence de la terre », et, parmi les contemporains résidant en France, que Serlio qui « a été le commencement de mettre telles doctrines en lumière au Royaume », le sieur de Clagny, parisien (Lescot), et maistre Philibert de l'Orme.
Un fait même est rappelé incidemment qui nous montre que Goujon fut en rapports directs, mais non pas très constants cependant, avec ce Serlio dont il parait faire une estime si particulière. Il est question du dessin d'un chapiteau dorique que Goujon avait exécuté et qui « fut communiqué un jour » à Serlio, lequel le déclara conforme à la règle de Yitruve.
Mais il faut surtout remarquer la préoccupation, constante dans cet écrit, de science et de précision érudite.