‹ Jean Halbout de la BecquetièreChapitre 38 sur 66 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'étudiant et le .martyr de la charité (1623-1626)

Le trajet de Rouen à Avranches fut accompli au plus fort des grandes chaleurs de la saison d'été. Les parents de Fr. Elzéar apprirent son passage; ils essayèrent de le rencontrer et de le croiser sur son chemin pour le conduire un instant chez eux; mais notre voyageur prit si bien ses mesures qu'il dépista leurs recherches. A Vire, on fut très mécontent de cette manière de faire. Deux de ses sœurs voulurent au moins goûter la joie de le revoir, de l'embrasser et de s'en-

tretenir avec lui. Elles partirent donc pour Avranches. Fr. Elzéarresta très peu de temps avec elles au parloir, les reçut d'ailleurs très aimablement, mais les pria de ne pas lui rendre désormais de visite.

Sa ponctualité, son amour de l'ordre et de la propreté, sa piété le firent choisir pour remplir les emplois de sacristain.

L'usage d'alors était en effet de ne confier qu'à un religieux engagé dans la cléricature le soin de la chapelle conventuelle et des objets nécessaires au culte divin. Ce fut un vrai bonheur pour cet homme de foi de s'occuper exclusivement au service des autels, à l'entretien des ornements sacrés. C'était aussi une véritable satisfaction pour ce dévot envers la sainte Eucharistie de répondre, chaque matin, plusieurs messes de suite. Il s'acquittaitde cette fonction avec un tel recueillement que le gouverneur d'Avranches, qui ne

L'ETUDIANT CAPUCIN. SSt

péchait pourtant pas par excès de dévotion, venait chaque jour à l'église des Capucins pour être le témoin de la piété et de la modestie du Fr. Elzéar.

On ne tarda pas à lui permettre d'étudier l'Écriture Sainte et la théologie ; et malgré sa vive répugnance, on le fît avancer aux saints ordres, en même temps que plusieurs autres clercs capucins. Le samedi de Pâques 1625, l'évêque lui conféra le sous-diaconat ' .

Les Pères avaient établi une Elude, c'est-à-dire un scholasticat, dans leur maison de la ville de Caen. Fr. Elzéar fut désigné pour s'y rendre. Il fit part en ces termes de cette nouvelle à son beau-frère Le Chevalier :

1. L'évêque d'Avranchos «Hait alors yi"' François l'i'ricard, qui occupa ce siègo de 15S8 à l<i:>9. Ce fut lui «lui reçut les Capucins à Avranchos le ô juillet 1618. Cf. Gall' chrisl., t. XI, col. 5<tl.

86 JEAN IIALBOUT.

« Mon très cher et bien-aimé Frère, Notre Seigneur vous donne sa paix et sa grâce pour être toujours conforme à sa sainte volonté.

« Mes supérieurs ayant disposé de m'envoyerdemeureràCaen, j'ay cru qu'il étoit à propos de vous en donner avis, parce que je n'ay pas dessein de passer par Vire afin d'éviter la visite de plusieurs personnes qui auroient peut-être bien souhaité de m'y voir, mais qu'il n'est pas bienséant, ni même utile à un religieux qui, ayant fait banqueroute au monde comme j'ay fait, ne doit rechercher ni conserver; car je vous assure que tant plus je vais en avant, moins aussi j'y ai d'attache et à toutes les autres choses qui y sont.

. « Au reste, mon cher Frère, je me réjouis dans l'espérance que j'ay que, là et partout ailleurs, je vous aimeray, et vous moy, puisque notreamitié ayant Dieu pour

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