Ce capucin, dont j'ignore le nom, était un ancien
Fr. Elzéar sollicita aussitôt avec instance le privilège d'être son infirmier : « Si une mère nourrit et aime son fils selon la chair, dit la règle franciscaine, avec combien plus d'affection chacun doit-il aimer et nourrir son frère selon l'esprit ». 11 n'était pas besoin de pareille exhortation pour stimuler la charité de notre clerc étudiant. Et son malade déclara bientôt que, quand même il aurait six personnes occupées à le soigner, il ne serait pas mieux traité. Fr. Elzéar était
fhovalier de Malte. Pris par les corsaires sur les eûtes liarbaresques, il fut conduit à Salé, exposé et vendu au i^rouverneur du pays. Son maître, inliumain et cruel, lo fit jeter dans une cage à lions. Cette cage était obscure. L'esclave put effrayer les bètes sauvages à l'aide d'un briquet dont il faisait jaillir des étincelles. Il promit de se faire capucin s'il obtenait sa di'livrance. Le lendemain, le gouverneur lui rendit la liberté, moyennant une assez faible rançon. Ce chevalier ne serait-il pas François de Villeneuve, fils de Gaspar, seigneur de Ch'-mensane et de Catherine de Sabran, né vers 1005. Cf. Arta Sanct., 11 juin. Sainte Rosalie.
LA PESTE A CAEN. '.tl
continuellemenl près de lui; il l'exhortait surtout à la patience et le préparait à la mort. L'agonie du malheureux pestiféré fut longue. Elle dura dix heures. L'infirmier, à genoux près du lit, produisait pour le moribond des actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition. Après la mort, il creusa luimême la tombe du défunt. Il porta luimême sur ses épaules le cadavre et le déposa dans la fosse. C'était le 30 ou le :U juillet.
Tant de fatigues et de veilles devaient avoir raison des forces physiques du Fr. Elzéar. Il fut saisi, trois jours après, d'une fièvre ardente; il demanda aussitôt à se confesser et à communier. La faiblesse s'accrut sensiblement. La peste allait faucher une nouvelle victime, cellelà victime de son dévouement et martyre de la charité. Saint François était mort sur la cendre, avec un habit d'em-
prunt. Fr. Elzéar demanda au Père Gardien ' la permission d'imiter son sérapliique Patriarche. On chercha dans tout le couvent quelque robe plus usée que la sienne. On n'en trouva point. Il dut conserver l'habit qu'il portait, vieux déjà de trois années.
Malgré la fièvre et les douleurs de tête, le malade conserva jusqu'à la fin sa présence d'esprit. Sur son visage était peinte l'expression d'une sérénité merveilleuse, imago de la paix de son âme. Ses yeux brillants étaient toujours levés vers le ciel; ses lèvres répétaient sans cesse : « Que l'amour de Dieu est rempli de charmes ! » Puis, joignant les mains, il rendit paisiblement le dernier soupir, sur les neuf heures du matin, au bout de quatre jours de maladie, le
1. Le p. Josaphat do Rouen, d'après le F. fr., p. •25044 de la Bilil. nat.
LA -MOUT. rt3
<j août 1620, fête cle la Transfiguration de Notre-Seigneiir '.
1. Bibl. nat., F. fr., iUAîj. Nécrologe de la province de Paris. A l'anni'e 10'20 : « Fr. Elzéardo Vire, clerc aiant vécu cinq ans on rclijîion. mourut martir do charité servant les pestiferoz le G° aoust à Caon. •