DU CANDI MAL
Ils se nommaient, à la vérité, professeurs de théologie, mais ils n’étaient, en effet, que des corrupteurs du sacerdoce et des profanateurs dos choses saintes. Celte déclaration devint et fut universellement considérée comme le jugement sans appel de celte production monstrueuse de l’illuminisme de Vienne, nous voulons dire l’institution des séminaires généraux; et elle subsistera toujours comme un des plus beaux monuments qui puissent éclairer l’histoire sur la nature de l’esprit irréligieux qui avait, vers la fin du siècle dernier, si douloureusement envahi l’Église et l’enseignement des sciences théologiques.
A Vienne, la déclaration du cardinal produisait une vraie consternation dans le camp des illuminés, qui en connaissaient l’importance; ils ne pènsèrent plus qu’à chercher des moyens de perdre son auteur. Joseph II, dit-on (mais nous ne pouvons garantir l’authenticité de ce fait), écrivit, de sa propre main, sur la marge de cette déclaration (I) : « Le cardinal doit plier, ou être brisé. » Il n’osa cependant alors en venir contre lui à aucune mesure violente, quoique ses conseillers cherchassent à l’y pousser. Mais celte fois, au contraire, ce souverain, ordinairement si précipité dans ses entreprises et si habituellement dominé par l’orgueil, montra dans sa conduite plus de prudence et de circonspection que tous ceux qui l entouraient.
Bien que la déclaration du cardinal ne fût pas destinée à la publicité et dût demeurer secrète, néanmoins le digne et pieux prêtre Oomen, secrétaire de
(l) M. de Gerlaclu-, Histoire du royaume des Pays-Bas, 1. 1,
DÉCLARATION
l'évêque d’Anvers, et ami du secrétaire intime du cardinal, trouva moyen de s’en procurer une copie, qu’il publia sur-le-champ, et en secret, dans les premiers jours de celte même année, sans désignation du lieu et sans nom d’imprimeur : toute la Belgique l’accueillit avec un cri de joie et d’admiration, et la salua comme le terme prochain de ses souffrances, et comme l’heureuse aurore de son affranchissement religieux. Cet ouvrage acquit, à cause des circonstances dans lesquelles il avait été publié, une immense popularité. Il fut plusieurs fois réédité en peu de semaines, et traduit en tous les dialectes de Belgique, afin de le rendre plus accessible aux fidèles. Le nom de Frankenberg résonnait désormais dans tous les cœurs; les membres des états, les magistrats, les savants et même les militaires le prononçaient avec un respect religieux. Il fut chanté dans des hymnes patriotiques, et répété par toutes les bouches, depuis celles des enfants jusqu’à celles des vieillards s tous célébraient ce grand cardinal comme le sauveur de leur foi, comme un homme envoyé et inspiré par Dieu.
Rarement un ouvrage a exercé sur une nation une impression plus durable et plus profonde que la déclaration de Frankenberg ne le fit sur la population de Belgique. Elle devint comme la première pierre et, pour ainsi dire, comme le piédestal de leur indépendance et l’aurore de leur prochaine liberté.
Ce que Joseph II n’osait pas entreprendre contre le cardinal, les jansénistes et le sanhédrin de Bruxelles crurent le pouvoir faire. Irrémédiablement démasqués à la face de la nation par cet acte solennel, ils lancèrent feu et flammes contre son auteur. Impuissants à se venger de
DU CARDINAL
lui, ils ne dédaignèrent pas de recourir aux plus odieux moyens, et, dans d’impies libelles, ils le couvrirent, ainsi que tout l’épiscopat, des plus ignobles et des plus indécentes injures. Le gouvernement de Bruxelles les favorisait dans leurs menées, et donnait un libre cours à toutes ces productions dégoûtantes, qui ne sont cependant pour la plupart qu’une insulte faite au bon sens, et en favorisait même, sous main, la vente; tandis que d’un autre côté, conséquent à ses principes, il interdisait, au contraire, sous des peines sévères, la circulation de tous les bons ouvrages publiés, dans cette question, en défense des droits de l’Église et de l’épiscopat. 11 fut même jusqu’à menacer de la perle et de la confiscation de leur imprimerie ceux des imprimeurs qui oseraient se permettre d’imprimer et de vendre de semblables écrits.
Mais on n’en resta pas là : on attaqua jusqu’à la personne elle-même du cardinal, et on voulait le rendre responsable de l’impression qu’avait produito sa déclaration sur tous les esprits, ainsi que des suites qui en pouvaient naître. Trauttraansdorff l’appela en conséquence à Bruxelles le 28 août, et l’accabla des reproches les plus amers, pour avoir, disait-il, allumé un brandon incendiaire au milieu du peuple. Frankenberg l’assura, avec une franchise et une sincérité entières, qu’il n’avait aucune part à la publication de cette déclaration, et qu’elle avait été faite à son insu. Puis il lui demanda, avec une fermeté sévère, qui jamais pouvait s’arroger le droit de lui interdire de prononcer et do publier, dans une cause et si sainte et si grave, un jugement qui concernait uniquement la religion, l’Église, sa propre personne et tout l’épiscopat de Belgique,