SUITE DE LA DÉCLARATION
et sur laquelle, non-seulement la province, mais encore la chrétienté tout entière, avaient les yeux fixés. Sa lutte avec la faculté théologique de Louvain, ajoutait-il, n’était pas une question privée entre lui et l’empereur, et ne pouvait, par conséquent, rester ensevelie dans le secret. Tout l’épiscopat avec lui, le clergé et tous les états du pays, étant, aux yeux de la nation et de l’Europe, dans les journaux, et notamment dans ceux que soudoyait le gouvernement, quotidiennement injuriés de la manière la plus cruelle, il était obligé, en sa qualité de chef de l’Église belge, de rendre à la nation, et au monde chrétien tout entier, compte de la manière dont il avait su défendre les droits de la religion et ceux de l’Église. Le pays lui-méme, disait-il enfin, avait un droit incontestable à savoir s’il avait, ou non, correspondu à sa mission et garanti les intérêts religieux de sou troupeau et la foi de ses pères, attaqués avec autant d’impiété que d’audace.
Frappé de la constance inébranlable de ce grand pontife, le ministre le pria de vouloir au moins publier une lettre pastorale pour calmer les esprits agités du peuple. Frankenberg y consentit, et s’en revint à Malines pour la rédiger aussitôt.
Se souvenant sans cesse de la parole divine : Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, précepte qui avaitété, dans cette sainte et longue lutte, la règle de toutes ses actions, et qu’il n’avait pas un instant violé, il conjure, dans ce mandement, la nation, en paroles touchantes et pleines d’amour, de ne pas se laisser entraîner au courant des opinions publiques, et d'avoir toujours devant les yeux ce commandement du Sauveur, savoir, de ne pas s’éloigner
DU CARDINAL
do l'obéissance due à l’empereur plus que de la défense des droits eux-mêmes de leur foi. Il rappelle ensuite ce qu’il avait fait pour leur assurer le maintien de ce beau et sublime privilège; et, s'adressant à l’empereur, il lui montre le spectacle imposant que la nation belge offrait pendant la durée de son saint et héroïque combat pour son affranchissement religieux, exhortant enfin ce monarque d’exaucer leurs ardentes prières et leurs touchantes réclamations, en rendant l’Église libre, en lui restituant non-seulement l’éducation du clergé, mais encore l’enseignement de toute la jeunesse, et eu rétablissant les séminaires épiscopaux et l’ancienne et illustre université de Louvain sur les ruines du séminaire général.
Le cardinal , qui connaissait à fond la perfidie des hommes du pouvoir, fit secrètement, et uniquement pour son seul usage, imprimer cette lettre, et en envoya une copie à Trautlmansdorff, à Bruxelles. Celui-ci, saisi d’une terreur panique à cette lecture, expédia sur-lechamp à Matines un conseiller d'État pour conjurer Frankenberg d’en retrancher, ou, au moins, d’y modifier tout ce qui avait trait aux questions religieuses du moment; mais ni prières ni menaces ne l’y purent déterminer. On eut beau le contraindre de venir le 3 septembre à Bruxelles, il demeura toujours inébranlable, et persista à se refuser à tout changement, quel qu’il fût. Lorsque enfin tous les efforts eurent échoué près de lui, on chercha par une violence astucieuse à empêcher la publication de ce mandement, en ordonnant au cardinal de l’envoyer à l’empereur, et lui défendant de le rendre public avant que celui-ci ne l’eût approuvé.