‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 106 sur 127 · LA LÉGISLATION DE JOSEPH II · texte numérisé non relu

LA LÉGISLATION DE JOSEPH II

cule, qui nous épargne la fatigue de parcourir les nombreux et informes volumes du code religieux de cet empereur.

L’auleur termine son ouvrage par quelques observations générales sur le clergé régulier et sur l’éducation ecclésiastique; nous les citerons ici à cause de leur importance, et aussi afin qu’on puisse se faire une idée de l’esprit dans lequel il est écrit (1).

a Le premier supérieur des religieux,» ainsi s’exprimait la législation joséphiste, «c’est le souverain. « Le souverain a droit de dispenser les religieux des « vœux qu’ils ont faits à leurs supérieurs généraux, « et de les remettre sous l’obéissance des évéques. » a Tout ordre religieux uniquement consacré à la « prière et au cuite de Dieu est inutile ou même nuisible « à la société, et, comme tel, il en doit être retranché « par le prince. »

Voici maintenant la réponse de l’auteur :

a Le premier supérieur du religieux est Dieu même, au service duquel il s’est consacré par des vœux solennels. Le second est le pape, comme vicaire de l’Homme- Dieu sur la terre; et les autres sont leurs généraux, et ceux qui les suivent en dignité et en autorité. Le prince ne peut donc ni se dire le premier supérieur ni s’arroger le droit de les dispenser de leurs vœux, sans se rendre coupable d’injustice et d’outrage envers Dieu, envers l’Église, envers le pape chef de l’Église, et envers tous les supérieurs monastiques : 121 e , 122 e , 123 e , 124 e et 125 e absurdités.

« Je passe plusieurs autres diplômes qui contiennent

(l) Rec. XIII, p. 261 et suiv.

SlITE

les mêmes absurdités, pour venir à celui qui supprime les séminaires épiscopaux, et qui sur leurs ruines élève un séminaire général à Louvain. Les séminaristes, les religieux profès et tous les aspirants à la vie religieuse de tous les Pays-Bas autrichiens sont obligés d’y passer cinq ans, pour y mener la vie uniforme et y étudier la doctrine qui sera prescrite et enseignée par les directeurs et professeurs à la nomination de l’empereur. Ce diplôme , tudesque et farci d’absurdités et d’inepties qui n’offensent pas moins la religion que le bon sens, nous fournira les dix-sept absurdités restantes, par lesquelles je finirai mon projet.

« 1 . Le forgeron de ce décret se prétend , à l’exclusion des évêques, être le seul juge de la saine théologie, du véritable droit ecclésiastique, du pur et raisonnable service divin : 136* absurdité.

« 2. Et, pour faire preuve de sa prétention exclusive, il donne, pour l’instruction, des auteurs ou hétérodoxes, ou schismatiques, ou au moins fauteurs do l’hétérodoxie: 137” absurdité.

« 3. Il ôte aux évêques la direction du séminaire, qui leur appartient de droit naturel, de droit divin, de droit humain, tant ecclésiastique et canonique que civil. Vous voyez les représentations sur cette matière faites par tous les états et provinces de ces pays : 138”, 139”, 140”, 1 il” absurdités.

« 4. En ôtant aux évêques la direction du séminaire, on les met dans l’impuissance de veiller sur la conduite des séminaristes et de les connaître, pour les placer dans la suite selon leur capacité et le besoin des paroisses qu’ils doivent leur confier : 142' absurdité.

« 5. De là les maux de toute espèce qui résultent

DU PAMPHLET

nécessairement «les curés qni ne sont point à leur place : 143 e absurdité.

« 6. En ôtant aux évêques la direction de leur séminaire, on blesse aussi les droits des chanoines de leurs cathédrales, qui, en qualité de leurs associés, de conseillers et de coopérateurs, ont aussi l’inspection sur les séminaires épiscopaux : 144* absurdité.

« 7. On prétend remédier au mal et parer à tous les inconvénients en proposant aux évêques d’envoyer les présidents des séminaires épiscopaux au séminaire général en qualité de sous-directeurs : précaution absurde s’il en fut jamais une , les présidents des séminaires épiscopaux, chanoines pour l’ordinaire et quelquefois dignitaires dans les cathédrales, hommes d’ailleurs recommandables par leurs lumières et leurs vertus, ne pouvant, sans s’avilir et se dégrader, quitter leurs fonctions et présidence pour aller ramper sous un président du séminaire général ; et quand ils pourraient s’oublier à ce point, leur oubli n’aboutirait qu’à des altercations, à des conflits de juridiction, etc., tout cela aux dépens de la paix, de l’édification et du bon gouvernement des élèves : 1 45 e et 146 e absurdités.

« 8. En supprimant les séminaires épiscopaux, on outrage , on diffame , on calomnie tous les évêques , tous les séminaires et séminaristes do tout le monde catholique, où l'on enseigne la même doctrine quant aux points essentiels, et la même morale de vie, puisqu'on ne les supprime que parce que l’on suppose que la doctrine qu’on y enseigne et que la conduite qu’on y tient sont vraiment vicieuses et corrompues : 147 e absurdité.

Page 1