TABLEAU DE L’ÉPOQUE
son origine les principes bâtards les plus vulgaires et les plus impurs de son siècle, et se traînait à leur remorque contre l’Église, et en faveur de gouvernements aveugles qui favorisaientses prétendues lumières, au détriment du catholicisme et de leur propre intérêt. Fille malheureuse de la réforme, la franc-maçonnerie, qui était alors en faveur, et qui, semblable à un polype immense, cherchait à étouffer dans ses étreintes meurtrières le protestantisme et le catholicisme k la fois , ne s’efforçant de les unir que pour les vaincre et les détruire ensemble; la franc-maçonnerie, disons-nous, lui servait de large base.
La réforme avait frayé la route au jansénisme par ses propres fondateurs, Luther, Zwingle et Calvin. C’était elle qui, par son alliance avec le philosophisme impie du dix-huitième siècle et le maçonnisme , cherchait à détruire dans ses fondements et à renverser le catholicisme. Semmler et Bahrdt furent les premiers à attaquer directement et systématiquement la divinité de Jésus-Christ ; mais comme la croyance en l’autorité de l’Église était pour ces coryphées de l’impiété l’obstacle le plus puissant qui s'opposât à leurs désastreuses tentatives, ils employèrent tous les moyens de la séduction et de la perfidie pour semer dans le champ de l’Église catholique la semence empoisonnée du rationalisme, sous les apparences trompeuses de la science et d’une fausse lumière qui se devait bientôt transformer en incrédulité déhontée, et, après s’être insinuée dans les sommités gouvernementales, descendre, de la personne des souverains et de leurs ministres, jusque dans les plus basses régions de l’ordre social.
Bientôt, lorsqu'elle eut pour instrument et pour ap-
ÉDIT DE TOLÉftAttCÈ.
pui un clergé dépravé, ambitieux et courtisan, son triomphe ne fut plus douteux.
Pour hâter cette victoire de l’incrédtilité dans le sein même du catholicisme, la secte janséniste et illuminée, ayant à sa tête le célèbre Van-Swieten, Hollandais de naissance, janséniste et incrédule, et devenu ensuite recteur de l’université de Vienne et ministre de l’instruction publique, conseilla à l’empereur de supprimer dans tout son empire la constitution Unigenitus , et non-seulement de proclamer une tolérance générale de toutes les sectes religieuses , mais encore de les placer avec le catholicisme sur le pied d’une égalité entière dans les ordres religieux et civil. Le jeune prince débuta donc dans son gouvernement par ces deux actes à jamais malheureux et déplorables. La suppression de la bulle Unigenitus renversa d’une manière irrémédiable le mur de séparation qui divisait le catholicisme et le jansénisme; et ce dernier, avant-coureur certain du rationalisme et de l’incrédulité , se trouva ainsi transplanté sur le sol de l’Église catholique. Pour bien apprécier les effets terribles que produisit l’édit de tolérance de Joseph II , il faut se reporter à l’esprit de cette époque, et considérer les mutuels rapports sociaux du protestantisme et du catholicisme dans les pays catholiques et protestants. Pour tout observateur impartial , il sera hors de doute que cet édit de tolérance porta le coup le plus terrible à l’Église catholique, surtout en Autriche; qu’il favorisa le protestantisme, et conduisit les peuples ù la monstrueuse conséquence de l’indifférence en matière de foi ; conséquence qui devait naturellement aboutir à la négation définitive de tout christianisme positif et ré-