‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 56 sur 127 · LETTRE DU CARDINAL A L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LETTRE DU CARDINAL A L'EMPEREUR

naire général de Louvain, et les assura, avec la même ruse hypocrite qu’avait déjà employée le comte de Belgiojoso l’année précédente, que dans la discipline et dans l’enseignement de cet institut rien ne serait introduit qui pût blesser la pureté de la foi. Comme gage assuré de cette promesse, il leur fit espérer, au nom do l’empereur , que les directeurs de leurs séminaires épiscopaux pourraient êtro employés en qualité de vice-recteurs au séminaire général. Il les invita même à lui indiquer des hommes habiles parmi lesquels on pût choisir le futur recteur de cet établissement. Par ces sages dispositions , disait-il, il espérait enlever tout prétexte de plainte contrôle nouvel. institut ; mais les évêques ne se laissèrent plus éblouir par ces promesses trompeuses qui avaient été déjà tant de fois violées, et protestèrent, au contraire, solennellement dans des lettres pleines de dignité adressées à l’empereur, contre la réouverture du séminaire général. Le cardinal se mit encore ici à la tête de ses vénérables collègues, et écrivit dès le 18 octobre sur cette affaire, à Sa Majesté, la lettre suivante (I ) : « Sire, je ne saurais assez exprimer à Votre Majesté la douleur et la consternation que je ressens en voyant, par la dépêche du i7 de ce mois que je viens de recevoir, que l’intention de Votre Majesté est encore, toujours, que le séminaire général de Louvain ait lieu, malgré les très-humbles représentations que j’ai taises sous ses yeux , et par lesquelles je crois avoir démontré :

« 1° Que cet établissement est contraire au droit incontestable des évêques d’enseigner les sciences de la

( 1 ) Rec. X, p. 248; Vœu, p. 152.

134 VSTTRE DU CARDIKAU

religion , qui leur a çorppélé de tout temps, et à la possession légitime d’avoir des séminaires dans la ville de leur résidepce, en vertu de la discipline de la primitive Église, confirmée par le concile de Trente, reçu dans ce pays-ci , et y faisant loi d’État.

« 2° Combien j| serait dangereux pour la religion , si, après avoir enlevé l’enseignement aux évêques, auxquels Jésus-Christ l’a confié, on voulait le concentrer dans une seule école, au risque, si jamais malheureusement l’erreur s’y glissait , d’infecter tout à la fois la source unique de la doctrine.

« 3° L’insubordination du clergé à l’égard de ses évêques, qui , se trouvant dans le cas de connaître à peino les jeunes ecclésiastiques élevés loin de leurs yeux, et de n’en être presque pas connus, seraient cependant dans la nécessité de les employer au hasard dans les fonctions les plus essentielles et les plus importantes du saint ministère, sans pouvoir en attendre aucune confiance, ni se promettre cette obéissance si nécessaire à l’ordre hiérarchique de l’Église.

« 4° Les inconvénients d’une si grande multitude de jeunes gens réunis dans la même maison , d’où il est impossible qu’il ne résulte des maux dans l’ordre physique aussi bien que dans le moral.

« Enfin , la destruction entière des ordres religieux et une disette effrayante et peut-être totale du clergé séculier, qui s’ensuivraient immanquablement, si les uns ne pouvaient être admis au noviciat qu’à un âge peu propre à une telle épreuve , et les autres fussent obligés à demeurer pendant cinq ans au séminaire général, éloignés de chez eux , entassés en grand nombre dans la même chambre, et dans le cas encore de devoir,

a |/e3U>kriïi'r. 133

en sortant de |à , rentrer dp nouveau dans les prqsbyr tères des évites; ce qui les dégoûterait nécessairement de l’état ecclésiastique, et les porterait sans faut^ à en choisir un autre; et, à cet égard, mes alarmes ne spnt que trop fondées par les faits les pncux avérés.

« Toutes ces raisons et ces inconvénients subsistant toujours, malgré les apaisements sur l’enseignentpnt que la dépêche semble vouloir donner aux évêques, en agréant qu’ils envoient au séminaire général leurs présidents en qualité do sous-directeurs (ce qui n’est guère praticable), mon devoir m’oblige et me force à inhérer aux représentations que j’ai pris déjà la respectueuse liberté d’adresser à Votre Majesté, et de les réitérer même avec la plus vive instance, en réclamant les droits incontestables et inséparables de l’épiscopat sur l’enseignement et le dépôt de la foi confiés aux évêques; ceux du chapitro de ma métropole, chargé par l’archevêque Ilovius, conjointement avec les archevêques ses successeurs , de l’administration de ses biens, dont il a constitué son séminaire héritier universel , et la possession non interrompue de deux siècles.

« Je pourrais d’autant moins préjudicier à cos droits de mon siège, qu’à mon sacre et à ma prise de possession , j’ai prêté serment de les maintenir, et que je m’y trouve obligé encore par un autre serment prêté aux états de Brabant; les séminaires épiscopaux étant des établissements constitutionnels conformes aux lois fondamentales de ce pays , comme il conslo par des représentations de toutes ces provinces , qui ont porté déjà au pied du trône de Votre Majesté leurs réclamations contre le séminaire général , comme un élablisse-

Page 1