RÉCLAMATION DES ÉTATS DE BRABANT
ment préjudiciable à tous égards aux droits de l’État aussi bien qu’à ceux de l’Église. Je supplie, par conséquent, très-humblement Votre Majesté de vouloir juger elle-même de l’impossibilité dans laquelle je me trouve de pouvoir concourir, ni directement ni indirectement, à la suppression des séminaires des évêques , ni à l’établissement d’un séminaire général à Louvain. »
Le mémo esprit respire dans les lettres qu’adressèrent au comte de Murray les évêques d’Anvers, de Bruges, de Gand et de Namur (1); et les états de Brabant ne se prononcèrent pas moins énergiquement dans leur assemblée générale du 22 octobre. Ils y appuyèrent , de la manière la plus vigoureuse , les saintes réclamations de l’épiscopat. Ils y justifient noblement lo clergé contre les calomnies odieuses qu’on avait répandues sur sa moralité , et qui servaient de prétexte pour motiver la création du séminaire général (2) : « Si jamais , » disent-ils, « un clergé a pu se glorifier d’avoir une saine morale et des mœurs pures, c’est bien ici qu’il peut s’en glorifier. La nation entière proteste contre le débordement de mœurs qu’on lui attribue gratuitement dans l’édit sur le séminaire général. L’opposition que cet établissement rencontre , par les concerts de tous les cœurs , de toutes les bouches , prouvo invinciblement les mœurs et l’antique probité de la nation. Si elle n’avait plus de mœurs; si, comme le suppose encore l’édit, le clergé était sans énergie, on eut vu adopter le séminaire avec la plus parfaite indifférence. »
La représentation des états de Malines (3) présentée à
( 1 ) Rcc. IX, p. 146; X, 250-257; Vœu, p. 156-164.
( 2 ) Rec. X, p. 246.
(3 J Rec. X, p. 347-356; Vœu, p. 173-178.
REMONTRANCE DE l’üNIVERSITÉ DE LOUVAIN. 137
l’empereur le 5 novembre, contre le séminaire général et en faveur dos séminaires épiscopaux, démontre combien cette assertion était vraie.
Les supérieurs des ordres religieux des provinces de Belgique exposèrent de mémo , aux états de Brabant, en paroles fermes, l’inébranlable détermination qu’ils avaient prise de n’envoyer aucun de leurs novices au séminaire général de Louvain, et les prièrent d’en donner avis à l’empereur (1).
Nous ne pouvons ici passer sous silence la belle et importante remontrance que les anciens membres de l’université de Louvain adressèrent, également le 3 novembre, aux états de Brabant, en faveur des séminaires épiscopaux. Le comte de Murray, ainsi que nous l’avons dit plus haut, avait engagé, au nom du gouvernement, ces professeurs à lui exposer tous les vices que présentait la formation d’un séminaire général, et de lui indiquer en môme temps les moyens d’y obvier, lors do la prochaine réouverture. Cette invitation était, en vérité, séduisante, et n’avait sans doute pour but que de donner satisfaction à l’opinion publique, et de mettre à profit le témoignage de ces professeurs, quel qu’il fût, avec la ruse qui était familière aux jansénistes. Mais ces hommes généreux, habitués de longue main à discerner les fourberies des illuminés de Bruxelles, préférèrent envoyer directement leur remontrance aux états de la province, en les priant de la transmettre à l’empereur lui-mômo. Ce n’était que par ce moyen qu’ils pouvaient être sûrs qu’elle ne serait pas retenuo dans les bureaux de la chancellerie par la commission ecclésiastique de Bruxelles, et peut-être anéantie. Avec
(î) Rec. XI, p. 106, 121 ; Vœu, p. 177-183.
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la liberté quj leur était habituelle, jls dévQjlppt toutq l’absurdité de la nouvelle institution, et déipoqlropt qu’elle était contraire à l’esprit de l’Églisp dp |ous Ie§ siècles. 11 défendent, avec une grande puissance d’é^udilion, l’existence et la nécessité des séminaires épiscopaux , et font voir avec beaucoup de pénétration que ces saintes institutions restaient toujours indispensables, même en présence des plus florissantes adversités théologiques. Ils observent, enfin, et démontrent que ces hautes écoles de science théologique ellesmêmes avaient do tout temps protégé et favorisé, avec un zèle égal à celui des évêques, l’établissement des séminaires épiscopaux. Et c’était là précisément, selon eux, une des plus péremptoires démonstrations de la nécessité de ces institutions, puisqu’elles étaient soutenues par les universités elles-mêmes, qui avaient, jusqu’à un certain point, un intérêt naturel à ne souffrir auprès d’elles aucune autre institution rivale d’enseignement théologique. Mais autre chose est le but des universités, autre chose celui des séminaires diocésains: ces deux institutions doivent marcher de concert, chacune dans sa sphère , mais toujours avec une parfaite harmonie. Ils concluaient enfin en priant les étals d’intercéder auprès de l’empereur, afin qu’il daignât restituer à leur université ses droits et ses privilèges, et les remettre de nouveau en possession de celui de nommer les professeurs aux chaires de théologie : car, pour pouvoir remplir ces mêmes chaires de leurs incrédules adeptes , les illuminés de Vienne avaient conseillé perfidement à l’empereur, aveuglé, de dépouiller les évêques et les universités do ce droit si important de nomination.