‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 64 sur 127 · DD CHAPITRE DE MALINES · texte numérisé non relu

DD CHAPITRE DE MALINES

rappelant ce concile, de se souvenir que le soin d’administrer et de bien gouverner les séminaires leur est imposé, et qu’en conséquence ils sont tenus trèsétroitement de les surveiller avec la diligence la plus ponctuelle.

« En effet, qu’y a-t-il de plus naturel et de plus conforme à la droite raison, que l’évêque préside luimême à l’éducation de ceux qu’il engendre à Jésus- Christ d’une manière toute particulière, et qui sont ainsi par excellence ses enfants spirituels ? et s’il y aurait de l’injustice de vouloir soustraire indistinctement tous les enfants à l’éducation que leurs parents voudraient leur donner par eux-mêmes ou par d’autres, sous leurs yeux, sous prétexte de leur en procurer une plus parfaite, que dira-t-on, en voyant, sous le même prétexte, arracher du sein des évêques et confier à des mains étrangères leurs jeunes clercs, l’espoir le plus précieux de la propagation et du maintien de l’Église de Jésus- Christ dans leur diocèse pour l’avenir ?

a Outre ces raisons qui regardent plus directement le droit incontestable qu’ont les évêques de présider à l’enseignement et à l’éducation de leur clergé, nous avons les motifs les plus pressants de supplier Votre Éminence d’exposer à Sa Majesté le danger auquel la pureté de la doctrine serait exposée, si tous les élèves du clergé étaient obligés de puiser leurs principes dans une seule et unique source qu'on propose : car, sans parler du défaut de mission, qui se rencontre dans le directeur et dans les professeurs de la théologie, et de l'impuissance, ou, si l’on veut, de la difficulté presque insurmontable, dans les évêques, de veiller efficacement à la pureté et à l’orthodoxie de la doctrine, et de re-

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dresser ce qui pourrait s’y glisser de contraire, ou n’écartéra jatnais le péril qu’on y court, de voir infecter tout le pays de l’hérésid, Ou de principes pervers, si malheureusement l'erreur s’y introduisait : pour lors on verrait bientôt tout le Pays-Bas etnpoi-* sonné par ce souffle contagieux, sans qu'il y eut moyen d’en arrêter le progrès ni la malignité; la pépinière entière du saint ministère étant pénétrée de ce levain destructeur, la corruption s’en répandrait bientôt dans tout le pays : la grandeur de ce danger a été exposée avec tant de clarté et d'énergie dans la célèbre représentation du conseil de Flandre contre l’édit du séminaire général, que nous croyons devoir en rappeler à Votre Éminence le passage dans son entier, et le citer ici en note. Et qu’on ne nous dise pas qu’ôn a écarté ce danger, en accordant aux évêques l’inspection sur la doctrine : en supposant même qU’on leur promette sur ce point toute la liberté et tout le pouvoir qü’ils sont en droit de prétendre, que feront-ils, les évêques, dans lé cas oit quelque professeur enseignerait non des hérésies ouvertes, mais seulement des propositions suspectes dont on peut former les systèmes lès plus absurdes et les plus pernicieux? Les auteurs de ces erreurs soutiendront opiniâtrèment que telle proposition, tel point, n’est pas article do foi, qu’on le peut soute - 1 nir sans danger; et ils trouveront des partisans auprès du prince, dont ils surprendront la religion : on imposera silence aux évêques, et l’erreur continuera im* punémenl de se répandre, et, après avoir corrompu lé clergé, se communiquera à toute l’Église Belgique.

« Nous ne toucherons pas ici, Monseigneur, le danger auquel serait exposée une nombreuse jeunesse rassein-

DU CHAPltRE DÉ SALINES.

b!éé bous un même toit : l’expérience démontre tous les jours les inconvénients de pareils établissements, tant pour le physique quo pour le moral : qu’une maladie contagieuso pénètre dans le séminaire général, qU’un vice s’y introduise et fasse quelques progrès, voilà toute la pépinière du clergé éxposée aux ravages d’une mortalité ou d’une corruption , voilà la religion dans le péril le plus imminent de se voir privée de ministres, ou d’en recevoir de corrompus.

a Non , Monseigneur, il n’est pas possible de croire qu’on ait mis sous les yeux de Sa Majesté l’empereur ces remontrances aussi énergiques quo respectueuses que Votre Kminencc et messeigneurs les évêques du pays, do même que messeigneurs les membres des états de la Belgique, l’université de LouVain, le conseil de Flandre, les théologiens même de la plupart des séminaires, lui ont adressées contre un établissement absolument destructif du clergé séculier et régulier de ces provinces, contraire aux droits les plus incontestables des évêques et des particuliers, et qui exposera tôt ou tard au danger de perdre la religion catholique un pays où cette précieuse religion régné par conviction et par sentiment plus que partout ailleurs; il n’est pas possible, disons-nous, que Sa Majesté ait vu les raisons péremptoires qui ont alarmé toutes les personnes sages qui sont à même d’en prévoir les suites, et qui aiment assez la religion pour en concevoir toute la crainte : nous sommes trop convaincus de l’amour et de l’attachement de notre auguste souverain pour la religion catholique, pour croire qu’il aurait pesé ces raisons Sans en avoir été touché; et tout nous engage à penser quo les grandes affaires qui dë-

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mandent maintenant toute l’attention de Sa Majesté, ne lui auront pas laissé le loisir nécessaire d’examiner la force des motifs de nos justes alarmes, et nous prions Votre Éminence d’employer ses bons offices auprès de Son Excellence le comte de Trauttmansdorff pour qu’elle daigne appuyer nos raisons auprès de notre auguste souverain : nous ne doutons pas, d’après la confiance que Sa Majesté a placée à juste titre dans la sagesse et dans les lumières de ce digne ministre, et d’après l’affection que Son Éminence témoigne pour le bonheur de notre pays et pour la conservation de notre précieuse religion, qui en fait la base; nous ne doutons pas, disons-nous, que Sa Majesté ne reconnaisse la justice de nos réclamations, et ne confirme aux évôques et au clergé la jouissance paisible et complète de leurs droits les plus sacrés et les plus essentiels.

« Nous ne pouvons encore nous persuader que Sa Majesté continuerait de considérer le rétablissement du séminaire général comme faisant partie des préalables, si elle avait vu les représentations qu’on lui a adressées sur cette matière. L’existence d’un tel séminaire n’en peut faire l’objet, puisqu’elle est diamétralement opposée à l’autorité des évêques, qu’elle tend à leur ôter une des prérogatives les plus inséparables de leur dignité, qu’ils ont, de droit divin, d’enseigner et de faire enseigner toutes leurs ouailles : les évêques no pouvant renoncer à ce droit, personne ne peut les y contraindre, et nulle crainte des calamités qui pourraient résulter de leur refus ne doit et ne peut les y faire consentir. D’ailleurs, les séminaires épiscopaux érigés près des églises cathédrales, ayant été approuvés par les souverains, sont des établissements légaux, et jouis-

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sent conséquemment, aussi bien que tout autre établissement ou propriété quelconque, de la protection de Sa Majesté, de la protection des lois et de la garantie de la constitution.

« Tel est, Monseigneur, l’avis de votre chapitre métropolitain, que vous avez cru devoir consulter sur un objet que nous envisageons tous comme de la dernière conséquence, pour la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine, dans les Pays-Bas.

&En qualité de sénat de votre église (selon l’expression du concile de Trente), et conséquemment le clergé de votre diocèse, nous nous sommes crus obligés, Monseigneur, de vous déclarer, ingénument et avec franchise, que nous croyons qu’il y a, nous ne disons pas des inconvénients, mais une impossibilité parfaite d’établir légalement, et sans les suites les plus fâcheuses, le séminaire général, qui entraînera immanquablement avec lui la ruine complète du clergé , et conséquemment do l’instruction chrétienne, de l’administration des sacrements, et, en un mot, de notre sainte religion, du maintien de laquelle nous sommes, après les évôques, les premiers comptables. »

Le chapitre de la cathédrale d’Anvers s’exprime à ce sujet d’une manière non moins éloquente, et peutêtre plus énergique encore, dans son avis doctrinal du 5 janvier (1) : « Pénétrés du respect le plus profond, » c’est ainsi qu’il parle dans le préambule de cette pièce remarquable, « et de la plus haute vénération pour notre auguste maître et souverain, dont nous nous faisons honneur et gloire d’étre les très-fidèles sujets;

(!) Rec. XI, p. 61, 7G; Vœu, p. 243-262.

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sensibles, d’autre part, au devoir sacré de notre ministère, qui exige uüe franchise loyale et mesurée, surtout dans les circonstances où l’évéque nous honore de sa confiance, et nous demande notre opinion dans des cas embarrassants; nous protestons, Monseigneur, et protestons devant Dieu, que nos déclarations, fruité de la réflexion et de la méditation, n’auront d’autre but que la vérité, d’autre guide que la droiture, ni d’autre principe que celui que nous tenons de la vérité môme : Rcddile ergo qtuv sünt Cæsaris Ciesnri, et quæ saut Dei Dco.

o En conséquence, nous avons l’honneur de vous dire : que nous avons principalement fixé notre attention sur trois objets, sur la nature desquels doit porter l’avis que vous nous avez demandé, et que nous sommes obligés, en notre qualité et en vertu du concile de Trente, de vous donner, lorsque vous trouverez bon de l’exiger.

« Ces objets sont :

« 1° Le séminaire général considéré en lui-môme.

a 2° Les séminaires épiscopaux tels qu’ils sont dans nos provinces.

« 3° Le pouvoir et le dovoir des évêques en cette matière. j>

Après avoir démontré avec une grande force de raisonnement la perversité de cet institut sous ce triple point de vue, ils continuent en cos termes :

« Ce séminaire général a déjà donné une preuve de fait de son insuffisance, et il ne faudrait qu’une seconde scène semblable à la première pour ruiner pour un siècle et davantage tout le clergé tant régulier que séculier, et mèmè pour achever la ruine totale de nos

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