‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 75 sur 127 · MESURES VIOLENTES · texte numérisé non relu

MESURES VIOLENTES

ne se trouve dans aucune secte dès qu’on ne tient plus par des liens sacrés à l’influence immédiate et suprême du saint-siège et des évêques. Dès que l’enseignement leur est soustrait, l’unité de la foi et de la morale, l’uniformité du culte , ne dureront pas longtemps intactes dans un tel État ; la religion divine , le culte céleste ne sera bientôt qu’une affaire de politique. Chaque souverain dictera ce qui lui sera le plus convenable. La doctrine, de même que l’enseignement, sera exposée aux changements et aux variations que pourrait éprouver la religion du prince; elle deviendra insensiblement arbitraire, et le peuple fidèle n’aura plus de croyance fixe et immuable, elle sera toujours flottante et incertaine. L’enseignement, en outre, le corps enseignant, l’école même ne sera plus catholique, comme étant destituée do la mission de Jésus- Christ, qui ne compète qu’aux évêques.

« C’est au seul corps de l’Église, c’est-à-dire au vicaire de Jésus-Christ et aux évêques, que l’enseignement est confié; c’est par eux seuls que tout professeur et docteur en théologie doit être envoyé, autorisé et délégué; l’enseignement, par le seul défaut de mission, ne sera qu’un enseignement profane, un établissement politique, une école civile; les grades académiques, qui se sont toujours donnés à Louvain en vertu d’une commission expresse du saint-siège, ne seront plus que des fantômes, du moment que, par des dispositions souveraines, cette influence n’y sera plus reconnue. »

Mais l’empereur persistait toujours dans son malheureux aveuglement. LL. AA. RR., gouverneurs généraux de Belgique, publièrent en son nom une

COSCESSIOS DES ÊVÊQIES.

dépêche aux états do Flandre, en vertu de laquelle on ordonnait aux évêques de se soumettre, sans aucun délai, à la volonté impériale, et on leur interdisait, de la manière la plus rigoureuse, ainsi qu’aux états do toutes les provinces, de se permettre à l’avenir aucune représentation semblable à celles qui avaient eu lieu déjà contre le séminaire général.

Les évêques, touchés des douloureuses conséquences qui résulteraient de leur opposition, et prévoyant les excès auxquels un peuple aigri allait probablement se porter dans le cas d’un conflit entre l’épiscopat et le gouvernement, crurent devoir donner une dernière preuve de leur soumission et de leur condescendance envers l’empereur, et envoyèrent, dans les premiers jours de février, leurs séminaristes à Louvain, rassurés du reste parles récentes promesses de l’empereur, par lesquelles celui-ci s’était engagé à leur abandonner la surveillance entière de cet institut, et à n’y laisser professer aucune doctrine contraire à l’enseignement de l’Église. Par cette conduite ils désarmaient leurs adversaires , dissipaient toute espèce de soupçon qu’on eut pu concevoir à leur sujet, et trouvaient une entière assurance de leur future victoire.

Toutefois, quoiqu’ils y fussent excités par les plus puissants motifs, cette concession fut toujours un grand sacrifice de leur part, et s’ils s’y résignèrent, ce ne fut pas moins à cause des circonstances déplorables dans lesquelles ils se trouvaient placés, qu’à raison de la violence qui leur était faite. Mais le gouvernement pouvait-il se flatter d’avoir, par ses actes arbitraires, tranché le nœud gordien dans cette affaire, et fermé pour jamais la bouche à l’épiscopat et à la

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