ÉDIT DE TOLÉRANCE
De quel côté était donc l’intolérance, de celui des catholiques ou de celui des protestants ? Les premiers avaient-ils tort quand ils pensaient que l’édit de tolérance de Joseph II portait au catholicisme un préjudice d’autant -plus grand, que les gouvernements protestants d’alors, non-seulement ne leur faisaient aucune concession nouvelle, mais qu’ils cherchaient encore à restreindre de plus en plus les privilèges dont ils étaient . en possession ? Pouvait-on donc trouver mauvais que les catholiques considérassent cet édit comme une victoire que l’incrédulité cherchait, sous le large manteau du protestantisme, à remporter contre leur Église, et qu’ils le combattissent, dans cette légitime persuasion, avec d’honorables armes ?
Les protestants, de leur côté, et les incrédules saluèrent cet édit comme le précurseur de la ruine inévitable du catholicismo, et se flattèrent que l’empereur, allant plus loin encore, ne tarderait pas à lui porter le dernier coup. Ayant été déçus dans leur attente, ils déchargèrent sur Joseph II touto leur colère ; les illuminés de Berlin poussèrent dans cette circonstance leur audace au delà de toutes les bornes , et furent jusqu’à publier contre lui et contre ses mesures do demi-réforme ecclésiastique une satire des plus virulentes, sous le titre do : le Singe (le trente-deux ans. Dans cette brochure, ils s’expliquent ouvertement au sujet des espérances qu’ils avaient fondées sur ce prince: ils pensaient, disaient-ils, qu’il allait purger l’Église catholique do toutes scs erreurs en matièro de dogme, et qu’il la mènerait doucement par une pente insensible sur les hauteurs du rationalisme actuel, afin de pouvoir lui donner plus tard, sans fatigue et sans
ÉDIT UE TOLÉKA.NCE.
péril, un simple déisme pour base : « Mais, s’écriaientils, ce singe orgueilleux, insensé et rêveur, voulait, contre toutes les lumières de la raison, créer entre le catholicisme et le protestantisme, entre le noir et le blanc, un ridicule juste-milieu qui devait néanmoins toujours demeurer catholique romain. » Il arriva donc à Joseph II ce qui est arrivé à tous les autres héros de l’illuminisme catholique de ce temps: aucun d’eux, avec quelque véhémence qu’il se déchaînât contre les * prétendues erreurs de son Église, no put , jusqu’à ce qu’il se fût entièrement dépouillé du dernier vestige de catholicisme , trouver grâce devant l’arcopage de l’incrédulité. Rien ne leur servait de s’abaisser, en dépit de toute espèce de bon sens et do pudeur, jusqu’aux plus honteuses et aux plus stupides flatteries devant le protestantisme rationaliste. — Voici, entre mille, un exemple de ces platitudes: — Un certain M. Herft, chanoine de la cathédrale d’Osnabruck, prêchant dans cette même église, ne craignit pas d’avancer que les catholiques étaient bien inférieurs aux protestants en matière do livres de piété. «Je ne veux pas dire, «c’est ainsi qu’il s’exprime dans un de ses étranges sermons,
« que la substance de nos livres de dévotion ne s’approche pas des leurs, car il y a bien de la morale religieuse dans les uns et les autres; Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Massiilon, Thomas à Kempis, saint Jean Chrysostome, s’en approchent bien quelque peu, il est vrai ; mais cependant ils restent bien au-dessous des leurs. » Pour comble de honte , ceux de ces hommes qui n'avaient du catholicisme que le nom, quand ils voulurent tendre au protestantisme une main amie, virent toujours leurs avances orgueilleusement rejo-