SÉMINAIRE» GÉNÉRAUX
tées, jusqu’à ce qu’ils eussent dépouillé leur nom de catholique lui-méme. Miller, ami et disciple de Mosheim, et l’un des coryphées du rationalisme protestant; Miller, qui avait toujours à la bouche le mot de tolérance et ne cessait de la prêcher aux catholiques, ne déclare-t-il pas : qu’il est impossible qu’une Église respectable comme l’Église protestante puisse avoir la moindre communion avec dos usurpateurs tels que le sont les catholiques, et qu’on peut donner le nom de religion chrétienne aux croyances mahométane et païenne plus justement qu’à celle que l’on enseigne à Rome?
Les évêques et la nation belges surent apprécier à sa juste valeur l’édit de tolérance de l’empereur; ils s’élevèrent unanimement contre lui, et conjurèrent co prince, lors de la visite qu’il leur fit au mois dejuillol 1781, de le rapporter', au moins pour la Belgiquo. Ils protestèrent non moins solennellement contre la suppression de la bulle Unigenitus.
Les illuminés de Vienne, non contents d’avoir arraché ces deux actes à l’empereur, reconnurent que, pour assurer pleinement le triomphe de l’incrédulité, il fallait dérober à l’Église l’enseignement de la jeunesse séculièro et cléricale. L’empereur trompé se montra désireux de condescendre à leurs desseins, et de mettre ainsi le comble à ses attentats contre l’Église et contre son peuple. Co but fut pleinement atteint par l’érectiou des écoles normales et des séminaires généraux , double institution également pernicieuse qui prit naissance en l’année 1783.
La secte se trouvait ainsi en mesure de saper l’Église calholiquo et de compléter le triomphe de l’in-
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crédulité. Dans ces deux institutions, on n’admettait, comme professeurs, que des hommes do sentiments plus que suspects ; des hommes qui, prêtres et laïques, n’avaient ni conscience, ni foi, ni religion, ni mœurs, et auxquels rien n’était sacré, pas même la dignité humaine. Ceux qui se distinguaient le plus par leur mépris de l’Église catholique , ceux qui attaquaient le plus vivement scs saints dogmes, qui combattaient avec le plus d’ardeur l’autorité du sainl-siége, qui jetaient le plus de boue à l’épiscopat et qui foulaient le plus insolemment aux pieds la piété des peuples, ceuxlà trouvaient le plus facilement une place dans ces instituts nouveaux , et étaient appelés aux plus hautes dignités de l’Église et de l’État.
Ainsi tomba l’institution sainte et salutaire des séminaires épiscopaux ; tous furent supprimés. Les évêques perdirent toute leur influence sur l’éducation des élèves du sacerdoce, et furent contraints de la voir passer aux mains de profanateurs du sanctuaire , stipendiés par l’État.
D’après l’organisation nouvelle , chaque province devait avoir son séminaire général, dans lequel les évêques étaient obligés d’envoyer leurs séminaristes, afin qu’ils y fussent élevés, — ainsi qu’on le disait, — sur un plan uniforme. Déjà, en 1784, il y avait neuf séminaires généraux, savoir : àPresbourg, pour la Hongrie; à Vienne, pour la haute Autriche; à Prague, pour la Bohême; à Olmutz, pour la Moravie et la Silésie; à Lemberg, pour laGallicie; à Gratz, pour la Styrie et la Carinthie; à Inspruck, pour le Tyrol; à Fribourg, pour le Briskau ; et enfin à Pavie, pour la Lombardie. En 1 786 , on en érigea pour les Pays-Bas autrichiens
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un autre, à Louvain; plus, un séminaire filial à Luxembourg.
Quelle génération de prêtres pouvait sortir de ces institutions ? Et doit-on s’étonner que l’incrédulité marchât à pas do géant? C’est avec une grande et légitime douleur que le célèhro auteur du Voyage en Allemagne , le baron de Riesbeck, se plaint de ce que l’illuminisme avait jeté ses racines particulièrement parmi le haut clergé catholique, et c’est avec raison qu'il s’exprime en ces termes : a Le clergé porte en son sein un serpent qui lui donnera la mort. Ce serpent , c’est la philosophie, qui, sous l’apparence de la théologie, s’est glissée môme jusqu’au trône épiscopal. Un grand nombre de jeunes ecclésiastiques sont déjà, dans les universités, infectés de son poison. »
Tandis que les évéques d’Allemagne , si l’on en excepte un petit nombre, contemplaient avec une honteuse indifférence , ou môme favorisaient ouvertement co scandale de la dévastation du sanctuaire; tandis que trois princes de l’Église, savoir, l’électeur de Mayence, celui de Cologne et l’archevêque de Saltzbourg, primat de l’Église d’Allemagne et, de droit, légat a latcre du saint-siège, donnaient au monde catholique le détestable spectacle d’une rébellion ouverte contre l’Église et son chef, les évêques belges, sujets eux aussi do l’empereur , unis à leur métropolitain Jean-Henri de Frankenberg, cardinal -archevêque de Malines et primat do Belgique, s’opposèrent seuls avec énergie à ces envahissements do l’impiété et de l’incrédulité philosophique.
Cette grande et sainte lutte qu’ils soutinrent pour la liberté de l'Église , et , en particulier , pour le main-
tien (les séminaires épiscopaux, leur a acquis non-soulement l’admiration, mais encore la vénération de tous leurs contemporains et du monde chrétien tout entier, et la leur assurera jusqu’à la postérité la plus reculée. Les habitants de Belgique , surtout , prononceront à jamais avec une juste fierté le nom et béniront sans cesse la mémoire do ce grand prince de l’Église, qui, toujours le premier au combat, marchait à la tète de ses vénérables collègues , par la grandeur de son zèle non moins que par la fermeté de son caractère. Qu’il nous soit pçrmis de donner ici une esquisse rapide de la vie de ce grand homme, autant que l’exige le but de notre ouvrage.
Né le 18 septembre 1726 , à Grossglogau , en Silésie , de parents catholiques , le comte Othon-Venanee de Frankenberg, et Françoise, née comtesse de Kunberg, cet enfant plein d’espérances montra, dès sa première jeunesse, une grande aptitude aux sciences et à l’état ecclésiastiques. Ses dignes parents , modèles de piété et de toutes les vertus domestiques, bien loin de mettre aucun obstacle aux desseins de Dieu sur lui, s’efforcèrent au contraire, avec un soin vraiment chrétien, de développer les précieuses qualités de leur fils, et le confièrent aux RR. PP. de la compagnie de Jésus, qui avaient un collège à Grossglogan; il y fit toutes ses études jusqu’à la philosophie, qu’il continua à la célèbre université de Breslau, également dirigée par les jésuites , et entra au collège des nobles, qui portait le nom de collège Saint-Joseph, dans la même université. Son inclination pour l’état ecclésiastique croissait de jour en jour, et il se décida à l’embrasser dès qu’il eut terminé son cours de philosophie. Les progrès rapides et
admirables qu’il avait faits dans les sciences aussi bien que dans la piété, engagèrent le prince-évêque de Breslau à lui conférer, avec les quatre ordres mineurs, un canonicat dans l’église cathédrale de cette ville. Le jeune Frankenberg se rendit à Rome, d’après le conseil de cet évêque, pour y achever ses études théologiques au séminaire germanique , cette célèbre pépinière d’où sont sortis tant de grands hommes qui ont illustré l’Église d’Allemagne. Il y entra le 14 décembre de l’année 1745, à l’âge de dix-neuf ans. Cinq ans plus tard , le 5 septembre 1750, il en sortit après y avoir reçu le sacerdoce et le doctorat en philosophie et en théologie. Pendant son séjour dans cet établissement, il y avait servi do modèle aux élèves, et avait été pour ses maîtres l’objet de la plus grande édiücation. Il y avait fait de si brillantes études, qu’il pouvait soutenir des disputes publiques sur toutes les questions concernant la théo* logie et le droit canonique, et dans lesquelles il recueillait non-seulement les éloges , mais encore l’admiration de tous les assistants. Sa thèse publique sur le droit canonique fut par lui dédiée à Benoit XIV, et soutenue devant ce même pape, dans l’église de Saint-Ignace, au Collège-romain. L’habileté avec laquelle il sut la défendre et la grande science qu’il y déploya frappèrent tellement le souverain pontife, que lorsque le jeune Frankenberg descendit de la chaire , le Pape fut à sa rencontre et l’embrassa avec joie, en présence de tous les cardinaux et des prélats qui s’y trouvaient. S’adressant ensuite à tous les assistants, il prononça ces paroles prophétiques : « Dans sa personne, l’Église aura un jour un grand homme. »
Depuis ce temps, Benoît XIV lui porta tant d’afieo-
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tion, qu’il le faisait souvent appeler en sa présence pour s’entretenir avec lui des intérêts de l’Église d’Allemagne. Ce fut sur le désir du même pontife qu’il fit, le jour de la Toussaint 4749, le discours d’usage devant le sacré collège, réuni dans la chapelle papale.
Dès que le jeune Frankenberg fut de retour à Vienne, le comte Al temps, alors vicaire apostolique, et depuis premier archevêque de Goritz , le prit pour son coadjuteur, à la suite de quoi il obtint encore plusieurs hautes dignités ecclésiastiques. La grande sagesse qu’il fit paraître partout à s’acquitter de ses difficiles devoirs engagea la pieuse impératrice Marie-Thérèse à l’élever, le 27 janvier 4759, au siège primatial de Belgique, et à le nommer en même temps conseiller intime d’État. Confirmé par le saint-siège le 27 mars de la même année, le nouvel élu fut sacré par le cardinal-archevêque de Vienne le 45 juillet , jour auquel l’Église célèbre la fête de saint Henri, son patron. Le 27 septembre, il fit son entrée solennelle à Malines, et prit possession de son siège.
Dès le premier jour do son pontificat, il s’occupa avec un zèle infatigable du bien de son troupeau. Il n’avait rien plus à cœur que l’éducation morale du clergé et des fidèles de son diocèse. Il prêchait plusieurs fois par an en langue française, notamment aux solennités et aux fêtes principales de l’Église , et parlait souvent aussi en langue latine à son clergé, pour l’exhorter et l’instruire des devoirs du saint ministère. Au milieu de ses occupations multipliées, il se montrait un vrai père des pauvres; il leur distribuait environ vingt mille florins (à peu près 50,000 francs) par an, sans comprendre dans cette somme les secours abondants qu’il
donnait aux établissements pieux de son diocèse. La splendeur de ses vertus et son zèle ardent pour l’Église lui méritèrent les honneurs de la pourpre, dont il fut revêtu par Pie VI, dans le consistoire secret du 1" juin 1778 (1). Joseph II lui-méme le vénérait profondément à cause de ses éminentes qualités , et voulut avoir la satisfaction de l’appeler à Vienne pour lui donner de ses propres mains le chapeau de cardinal. Cette solennité eut lieu le 20 décembre de la même année, en présence de toute la famille impériale , du cardinalarchevêque de Vienne, du célèbre Garampi, nonce apostolique , de la plus grande partie des évêques et
(l) Le vice-recteur du college germanique de Rome ayant écrit à Frankenberg pour le féliciter de sa promotion au cardinalat, celui-ci lui répondit la lettre suivante, que nous avons extraite des archives de ce même collège :
• Johannes Henricus, archiepiscopus Mecblinensis, D. D. Odendes pro-præsidenti S. P. D. — Gaudium et oblectamentum , quod coliegium germanicum, uti ex tuis littcris intellexi, de mea ad cardinalatum elevatioue perseusit, et majori animi voluptate me affecit, quo profundius adhuc dum cordi meo inhæret, seraperque inbærebit grata collegii hujus memoria, utpote qui ibidem a præclaris infclicis extiuclæ societatis viris sedulo nutritus, non tantum virtutis ac scientiœ, sed vei ipsius etiam vitæ ecclesiastieæ elementa hauserim ; ita ut quidquid a me laude aliqua dignum actum fuerit, quidquid faustum mihi accident, imo ipsa demum purpura nisi ingratissimus hominum sim, iisdem accepta referenda sint. Quæ quidem æquissima grati animi mei sensa non infructuose forsitan alumnis hodiedum in collegio hoccc degentibus a te manifestanda forent ; ut sciiicet juvenes illi, qua coactantur, disciplinam, tamquam bonorum omnium, tam spiritualium quam temporalium fontem, minus ægre fuerant, imo vero hilariter amplectantur. Vale. — Mechlinæ, XI cal. jul. 1778. »
de la haute noblesse de l’Empire, ainsi que du corps diplomatique, accourus pour cette solennité. Dès les premiers jours de février 1779, le nouveau cardinal quitta Vienne pour se rendre à Malines.
JOYEUSE ENTRÉE