‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 81 sur 127 · ARTIFICE DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

ARTIFICE DU GOUVERNEMENT

mais se contenta d’écrire à son chapitre qu’il n’enverrait jamais ses séminaristes à Louvain , quoi qu’il en pût arriver.

Le décret impérial du 5 avril avait produit dans tout le pays une consternation générale: les évêques, les états des provinces, les magistrats des villes, et même les tribunaux civils, les citoyens en masse, et les élèves de tous les diocèses, protestèrent contre lui de la manière la plus énergique. Les ondes du mécontentement et de la discorde religieuse et politique allaient toujours grossissant, et menaçaient de renverser l’édifice gouvernemental lui-même. Malgré les réclamations universelles , le gouvernement poursuivait toujours sa tâche, et s’opiniâtrait de plus en plus dans la voie malheureuse où il s’était engagé. II ordonna (1) de nouveau, le 3 mai, au cardinal et aux autres évêques, au nom et par ordre de l’empereur, de lui envoyer un catalogue contenant les noms , prénoms et lieux de naissance de tous leurs séminaristes, en y indiquant leur âge et leur temps d’études; mesure qui montre clairement qu’il n’avait renoncé en rien au projet d’ouvrir le séminaire général.

11 n’y avait quelques élèves qu’au seul séminaire de Luxembourg ; mais les artifices qu’on avait employés pour les y retenir étaient incroyables. Pour justifier entièrement cet institut aux yeux du public, de l’épiscopat et du gouvernement lui- même , on avait gagné à prix d’argent, et par do brillantes promesses d’avancement, quelques-uns de ces élèves faibles, corrompus et ambitieux, et on les avait ensuite forcés de faire l’é-

(1) Rec. XIII, p. 286; Vœu, p. 310.

loge du séminaire au nom de leurs condisciples, quand l’occasion s’en présenterait, de vive voix , et môme par écrit dans les journaux subventionnés par le pouvoir.

Mais cet ignoble artifice fut dévoilé par les élèves eux-mêmes , qui , dans une courageuse protestation adressée aux étals de Luxembourg, s’en plaignirent en ces termes (1 ) :

« Nous avons l’honneur de vous assurer que les séminaristes n’ont aucune part à ce panégyrique, quel qu’il puisse être. Nous protestons même contre tout ce qu’on pourrait avoir tramé en notre nom et à notre insu. Nous ne révoquons et ne révoquerons jamais les justes plaintes que nous avons formées contre le recteur Mayence. C’est bien à contre-coeur que nous sommes asservis à sa direction. Nous ne désirons rien tant que d’être affranchis du joug d’un homme qui a donné des preuves irréfragables du dessein qu’il a conçu de nous infecter d’une doctrine pernicieuse.

« A Dieu ne plaise que nous donnions un témoignage de notre contentement dans une maison où , contre les pieuses intentions de Sa Majesté, on enseigne impunément une doctrine analogue à celle que le père commun des chrétiens vient de frapper d’anathème, dans sa bulle contre Eybel.

« Tels sont, Messeigneurs, les vrais sentiments des soussignés , qui ne doutent nullement que leurs confrères ne soient dans les mêmes dispositions, qu’ils ne pourront s’empêcher de laisser transpirer dès qu’ils croiront pouvoir le faire en sûreté, à l’exception peut-

(i) Rec. X1U, p. 287 j Vœu, p. 311.

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