LETTRE DE FRA.NKENBERC
Quant à cette dernière disposition qui donnait aux évêques le droit apparent de pouvoir examiner les élèves formés au séminaire général , elle n’était qu’un piège grossier où l’on voulait les prendre, afin de les engager dans une voie de concession , et une dérision évidente et amère de leur puissance et de leur autorité. •
Si, en effet, nul élève ne pouvait, à moins d’avoir été élevé dans cet institut , prétendre au sacerdoce , les évêques se trouvaient par là même placés dans l’alternative également inacceptable, ou de les repousser tous, ce à quoi le gouvernement n’eût jamais consenti, ou de les approuver tous , ce que ne leuf permettait pas leur conscience.
Ce fut donc avec raison que le vénérable cardinal répondit, le 19 juillet, à celte dépêche vraiment révoltante, par une lettre adressée à LL. AA. RR., et conçue en ces termes (1) :
« Madame, Monseigneur, je ne saurais dissimuler à YY. AA. RR. la douleur que j’ai ressentie en lisant, dans la dépêche qui m’a été adressée en date du 17 juillet de cette année, et qui, rendue publique par l’impression , se trouve entre les mains de tout le monde, que les représentations aussi fondées que respectueuses des évêques sont taxées d opiniâtreté, d! entêtement, et de clameurs projires à exciter dans f esprit du peuple des méfiances sur les intentions de S. M.,
, et à mettre tout le monde en mouvement ; tandis que les évêques ont tous constamment protesté qu’ils n’ont jamais douté de la droiture des intentions de Sa Majesté, et que, se trouvant dans l’obligation in- •
(1) Rec. XII, p. 259 et suiv. ; Vœu, p. 339-347.
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dispensable de mettre sous les yeux de leur souverain le danger évident d’une seule et unique école de théologie, les préjudices affligeants portés aux droits essentiels et inhérents à l’épiscopat qui en résulteraient, et leur devoir de conserver et de soutenir ces • droits inaliénables de leurs sièges, en vertu de leur serment, ils ont toujours pris avec confiance leur trèshumble recours à Sa Majesté par les voies ordinaires de son gouvernement, exemptes certainement de tout danger de causer du trouble ou de l’émotion dans le peuple; de sorte que j’ose espérer que Sa Majesté, en rendant à cet égard justice aux évêques, voudra bien exiger des auteurs de pareilles calomnies des preuves d’une imputation aussi hasardée qu’odieuse.
a De ces représentations des évêques, il est constaté qu’ils ne sont point convaincus que le seul point sur lequel tout mule se réduit uniquement à la question : Si la doctrine qu’on doit enseigner aux théologiens dans le séminaire, général est orthodoxe ou non. Cette question d’ailleurs ne pourrait jamais être décidée par un séjour passager des évêques à Louvain , ni par leur présence à quelques leçons, ce qui (outre qu’il no parait guère convenable à leur dignité) ne suffirait pas pour les rassuror sur l’avenir, et pour calmer les justes alarmes que leur ont causées certaines thèses publiquement soutenues par des théologiens du séminaire de Pavie (qui doit servir de modèle à celui de . Louvain), et qui ont été insérées dans quelques feuilles publiques; thèses qui renferment nombre de proposi- • lions équivoques, suspectes, et même condamnées,
à l’égard desquelles il serait impossible aux évêques de se laisser imposer un silence perpétuel, trop con-
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traire aux devoirs essentiels et principaux de leur ministère, qui les oblige de préserver leur troupeau, nonseulement de toute doctrine ouvertement hétérodoxe ou formellement hérétique, mais aussi de ces opinions dangereuses, tendantes au schisme, et qui, par leur nouveauté et leur hardiesse, ne sont propres qu’à exciter des troubles et des dissensions dans l’Église. Une décision si importante ne saurait donc tomber sur quelques leçons passagères, qu’on aurait soin sans doute de diriger de façon qu’on n’y trouverait rien à redresser : elle devrait plutôt avoir pour objet les livres et les auteurs dont on tirera lo corps de la doctrine. A savoir après cela qui devrait porter làdessus un jugement définitif? Ce ne serait point certainement l’autorité civile ; l’enseignement do la religion no lui étant point soumis, il faudrait donc pour cela un concile provincial ou national de l’Église de Belgique, ou bien en dernier ressort le jugement du saint-siège, comme le centre de l’unité et le souverain juge de toute controverse en matière de foi; et il ne faut aucunement douter que les évôques n’acceptent volontiers l’un ou d'autre de ces deux moyens pour terminer la difficulté.
« Mais, indépendamment des dangers de la doctrine, * qui seront toujours inévitables dans le plan d’une seule et unique école de.lhéologie, et en la supposant môme parfaitement orthodoxe, le point capital de toutes les réclamations des évêques ne porte point uniquement sur la pureté do la doctrine, mais bien plus encore sur la vérité et la solidité des principes suivants, que j’ose mettre de nouveau en abrégé sous les yeux de W. AA. RR., avec d’autant plus de confiance que
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Sa Majesté elle-même, dans la susdite dépêche, désire que les évêques lui communiquent leurs lumières sur ce qu'ils auraient trouvé n’étre pas exactement conforme aux vrais principes de l’Eglise. Ces principes sont :
«1° Que Jésus- Christ n’a donné sa mission pour tout ce qui concerne la religion qu’à saint Pierre, aux apôtres et à leurs successeurs, et non pas aux princes de la terre, et que par conséquent il ne peut appartenir à l’autorité souveraine d’ériger, d’organiser et d’administrer une école où soit enseignée la science de la religion, à ceux surtout qui se destinent à la cure d’âmes et au saint ministère, puisqu’alors une telle école, faute de mission légitime, ne dériverait plus de cette source divine et unique, d’où doit sortir tout enseignement des vérités de la religion.
« 2° Que bien moins encore cette même autorité, pour favoriser cette nouvelle institution, pourrait abolir les écoles de théologie dans les séminaires épiscopaux, institués et administrés en tout temps par l’autorité de l’Église, et dont l’usage constant, qui date de la plus haute antiquité, a été renouvelé et confirmé par lo concile sacré de Trente; ce qui forme pour le droit des évêques une possession légitime, incontestable et immémoriale.
« 3° Que le plan du séminaire général vise à renverser tous les d/vits du sacerdoce et rie /’ épiscopat, en réduisant tout le ministère des évêques, quant à l'enseignement, d’actif qu’il est essentiellement, à une influence purement passive, inopérante et inefficace, et en faisant des juges de la doctrine de simples surveillants et des délateurs de l’erreur à la puissance
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séculière, dont il ne leur est pas permis de reconnaître le tribunal comme compétent sur ce point.
« 4° Que ce plan confondrait l’ordre hiérarchique établi dans l’Église, autorisant les évéques à surveiller la doctrine dans le diocèse de Malines, où le séminaire général se trouverait, et d’y redresser par eux-mémes les professeurs qui s’écarteraient de la vérité, tandis qu’un tel droit ne peut appartenir à l’ordinaire seul, les autres évéques ne pouvant exercer aucun acte de juridiction hors des limites de leur diocèse, excepté dans le cas d’un concile canoniquement convoqué. D’un autre côté, en conservant à l’archevêque de Malines son droit, on blesserait la juridiction des autres évêques, qui, obligés d’envoyer leurs étudiants en théologie à Louvain, hors de leur diocèse, ne pourraient plus juger par eux-mêmes de la doctrine qu’on leur enseignerait.
« 5° Qu’enfin les évêques ne peuvent concourir à un établissement qui les priverait du droit radical, et inséparable de l’épiscopat, d’enseigner la science de la religion dans toute l’étendue de leurs diocèses, et qui détruirait en même temps leurs séminaires, fondés pour la plupart par la générosité de leurs prédécesseurs, pour l’avantage de leurs diocésains; sur lesquels les chapitres de leurs cathédrales, aussi bien que les boursiers qui y étaient entretenus dans leur propre pays, à portée de leurs parents, ont des droits incontestables, que les évêques, à leur sacre et en prenant possession de leurs sièges, ont promis de conserver et de soutenir, sous serment.
a Ce sont là les principaux obstacles (et non pas uniquement le danger de la doctrine) qui empêchent
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les évoques de concourir à rétablissement du séminaire général, auquel ils ne pourraient se prêter sans se laisser enlever le dépôt sacré de la foi qui leur a été confié , et le transmettre à la puissance séculière sans renoncer par ce fait au droit de l’enseignement, qui est inhérent à l’épiscopat, et sans se rendre coupables envers leurs églises et leurs successeurs, en no leur conservant pas des droits et des prérogatives qu’ils*ont juré de maintenir.
« Quant à la conduite que les évêques des provinces de Belgiquo ont tenue, l’année 1786, à l’égard du séminaire général , en y envoyant leurs élèves eu théologie; cette conduite est d’abord une preuve do leur empressement à aller au-devant des intentions do Sa Majesté , dont on pressait alors vivement l’exécution, ce qui produisit en eux une espèce do porplexité qui les empêcha de faire au même instant toutes les réflexions dont la matière était susceptible; et ils se bornèrent uniquement pour lors à la recherche des moyens d’assurer la pureté de la doctrine, moyens que, selon la lettre que M. le comte de Belgiojoso m’avait adressée, ils crurent avoir trouvés dans l’influence qu’on leur promettait dans cette lettre, nonseulement sur l’enseignement, mais sur toute l’administration do cet établissement, qui, conformément à ledit même, semblait devoir se faire par le concours des doux puissances et l’agrégation volontaire des évêques.
a Mais l’expérience ne tarda pas à leur montrer que la puissance civile ne l’entendait pas ainsi ; qu’au contraire les droits inaliénables du sacerdoce y étaient compromis, puisque tout cet établissement, l’enseigne-
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ment y compris, devait être dirigé et administré par la seule autorité souveraine, en ne laissant aux évêques qu’une surveillance qu’on paraissait accorder également à tous les fidèles , aussi intéressés, disait-on, que. les évéques, à ce qu'on n'enseignât point f erreur. ün commença bientôt à débiter des définitions nouvelles et inusitées , cl des propositions équivoques , qui firent craindre qu’on ne voulût renouveler la doctrine d’une secte qui avait causé autrefois tant de troubles dans ce pays : de là résulta une aversion générale du clergé et du peuple pour cet établissement, qui occasionna une multitude de réclamations et de représentations de tous les ordres de l’État, qui y remarquèrent des dangers de toute espèce, et qui le regardèrent même comme impossible dans le principe aussi bien que dans le fait. Il n’est donc pas surprenant que les évêques des Pays-Bas, après avoir donné des preuves do leur déférence aux volontés de Sa Majesté, n’aient pas pu, dans la suite, prêter leur concours à cet établissement, qui était devenu visiblement préjudiciable à leurs droits, et un objet d’aversion pour toute la nation.
v Quant à moi, je n’ai aucune difficulté d’avouer quo les différentes représentations des évêques, des états et des chapitres de ces provinces m’ont fait faire plusieurs réflexions essentielles qui m’avaient échappé, en me mettant sous les yeux des devoirs indispensables do mon ministère à remplir et des droits inaliénables à soutenir; d’où j’ai tiré une entière, conviction , et la plus intime persuasion de ma conscience, que, malgré mon désir sincère de témoigner en toute occasion à Sa Majesté la plus parfaite soumission à ses ordres,