‹ Jean Henri comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines ... et sa lutte pour la libertéChapitre 10 sur 58 · DIRECTION · texte numérisé non relu

DIRECTION

Le gouvernement de Tempereur poursuivait cependant avec activité la construction du séminaire général de Louvain.On avait affecté pour cet usage le grand collée du Saint-Esprit, agrandi considérablement pour le rendre susceptible de contenir tous les élèves qui devaient l'habiter, et dont le nombre s'élevait environ à trois cents.

Le recteur de cet institut^ l'abbé Stôger^ ainsi que les nouveaux professeurs et tous ceux qui devaient avoir part à sa direction^ étaient presque tous étrangersy et nommés par le préfet de la commission des études à Vienne, le célèbre baron de Swieten. Us arrivèrent à Louvain dans le courant de septembre.

• La direction supérieure de ces deux séminaires généraux était confiée à une commission particulière instituée à cet effet et appelée Jointe ecclésiastique^ e^spèce d^ ministère des cultes qui avait aussi la haute main sur les autres affaires de l'Église dans le pays. Le président de cette commission était un laïque, M. de Stassart de Noirmont, conseiller d'État et fiscal, homme aux sentiments jansénistes, ennemi juré du clergé, audacieux, entreprenant, et qui ne reculait devant aucune mesure violente. Les autres membres de cette commission^ laïques, eux aussi, pour la plupart, étaient des hommes de même trempe. Ennemis déplarés de l'Église, non-seulement ils cherchaient à provoquer contre elle des persécutions , mais encore à favoriser tous les actes de violence du gouvernement. L'âme de ce tribunal ecclésiastique était un certain le Plat, devenu plus tard si tristement célèbre , qui ne tarda pas à entrer en guerre ouverte avec la juridiction épiscopale. Comme il avait été d'abord professeur de droit cano-

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nique à Toniversité de Louvain, il fut chargé des mômes fonctions dans le séminaire général. Il ne manquait pas d'érudition j mais il était à la fois janséniste furibond 9 fébronien et gallican.

D'une pareille réunion d'hommes , placés sous les ordres des illuminés de Vienne» et qui, pour gagner la faveur de leurs maîtres » cherchaient à les surpasser encore en audace et en impiété, dépendait la direction des affaires ecclésiastiques de Belgique. C'est à eux seuls que Joseph II est redevable de l'ineffaçable flétrissure qu^il a reçue au tribunal de l'histdre et de l'Église. Ce furent eux qui le poussèrent à commettre des actes de la violence la plus inouïe, jusqu'à ce que, par leurs flatteries^ ils l'eussent enfin, conduit au point de remettre son propre pouvoir entre leurs mains. Nous donnerons plus bas quelques preuves de la manière honteuse dont ces hommes abusèrent de la confiance de leur souverain pour déshonorer son nom. Cest à eux et à eux seuls, enfin, que l'Autriche doit attribuer la perte de ces belles provinces, qui pèsent d^uQ si grand poids dans la balance de la politique européenne.

Malheureusement pour la Belgique, à la tête du gouvernement se trouvaient deux jeunes princes, Marie- Cbristine, fille de Marié-Thérèse, et son époux Albert, duc de Saxe-Teschen , prince royal de Pologue. Quoique ces deux souverains fussent aussi distingués par lear cœur que par leur piété , il leur fallait , en vertu des ordres de la cour de Vienne, dépendre de ces inembres infâmes de la commission ecclésiastique. Et comment eussent-ils pu s'opposer à leurs me- '^^ impies, même en leur supposant le courage qui

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lear eût été pdur cela nécessaire, et que malheureuse ment ils n'avaient pas? Les ministres plénipotentiaires de cette province y eux aussi , qui se trouvaient pour Fadministration des affaires politiques pUcés auprès de LL* ÂA; RR., recevaient, en matière ecclésiastique, les ordres de cette fnéme commission, et n'en étaient qde les exécuteurs.

Pouf revenir aux professeurs de théologfe du nouveau séminaire général, nous devons dire que c'étaient pour là plupart des espèces de vagabonds ramassés dans tous les pays, et enrôlés sous les drapeaux de PUluminisme. Le seul d'entre eux qui pût prétendre à une sorte de réputation était le Plat, devenu plus tard célèbre par sa collection des actes édités et inédits du concile de Trente.

Ces hommes étaient précédés d^une détestable réputation. Les protestants saluèrent leur venue comme l^aurore d'un renouvellement de la science catholique^ et entonnèrent des hymnes d'allégresse lorsque Jo seph II leur confia l'éducation du jeune clergé dans les séminaires généraux de Belgique. Stôger brillait paraii eux par sa méchanceté : cet homme, sans religion et sans mœurs, n'était, dans toute la force du terme, qu'un charlatan théologique. Il avait déjà , lorsqu'il n'était que professeur d'histoire ecclésiastique à l'uni* versité de Vienne, composé un Manuel de l'histoire, qui u'est qu'une satire continuelle de la religion et des instituts de l'Église, et où se trouvent ramassées toutes les fangeuses calomnies des protestants et des autres ennemis de la foi contre le catholicisme. La secte avai " su si bien s'y prendre, que cet ouvrage devait être in trQdttit dans tous lea séminaires épiscopaux de l'em

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pird) si le noble arehevêqu^ de Vienne, le cardinal Mi« giâây n*eùt pofté ses plaintes à 4a pieuse itnpéralrice Mttîe^Tliârèse, qni interdit aussitôt oe manuel ^ enleva Il ohaire à son auteur^ et enfin le chassa de roni-^ raniité.

Rien n'était donc plus naturel qtte les illuminés dé Vienne, une fois arrivés au pouvoir sous Joseph II^ tftcbassentde récompenser, autant qu'il leur était pos<- »ble| ce héros de l'illuminisme pour les persécutions qu'il avait endurées, et de s'en servir à Taccomplisse*^ ment de leurs desseins. Ils ne pouvaient, certes^ choisir un homme plus capable que Stôger pour diriger, suivant leurs vues, ce nouvel établissement corrupteur âa clergé de la Belgique.

Ce fut à contre-cœur que les évéques envoyèrent leurs élèves au séminaire général de Louvain. Le car^ dinal retarda jusqu'au dernier moment. Le comte de Bdgiojoso, ministre plénipotentiaire de Belgique, fut même obligé, pour le décider, de l'y exhorter au nom de LL. AA. RR. les gouverneurs généraux^ dans une dépêche en date du 15 novembre de la même année^ en s'eflbrçani à cette occasion de le rassurer au sujet des craintes qu'il avait manifestées à l'empereur. G^tte lettre est un chef-^d^œuvre de ruse janséniste^ et dut être nécessairement rédigée par les membres de la corn* mission ecclésiastique (i) : « La piété de Sa Majesté, dit entre autres choses ce ministre , doit être un sAr garant qu'elle ne permettrait jamais qu'on y enseigne aucune erreur préjudiciable à la foi. On ne s'éloignera d^ailleurs jamais de donner à Votre Éminence tous les ttlHdsements qu'elle pourra désirer pour la tranquilli*-

(i) !tec.IV, p. 141.

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ser surla pureté d6 cet enseignement, et d'établir à cet effet ie concert si désirable entre le gouvernement 6t répiscopat, pour parvenir à la réforme salutaire dont le dergé en général a un besoin si reconnu^, tant du côté des mœurs et de la discipline , que du côté de Tinstruction. » — ^^Et pour mettre le comble à son iro* me, il ajoute : « Il dépendra donc de Votre Éminence d^envoyer quelqu^un de sa part à Lou vain pour s'aboQr cher avec Tabbé Stôger, que Sa Majesté a nommé recteur du séminaire général et directeur de la faculté de théologie , à laquelle Sa Majesté n'a fait d'ailleurs aucun changement, .Cet abbé donnera, ainsi qu^il yiesA d'en, être chargé, au député qui se présentera chez lui de la part de Votre Éminence , toutes les notions et tous les éclaircissements qu'elle désirera sur Tordre ei le régime du séminaire, et sur renseignement de la théologie qu'il est chargé de diriger; et si, ensuite, Votre Éminence trouve quelques observations à y faire^ elle peut compter qu'on y fera la plus grande attention, et que le gouvernement s'empressera à accueillir tout ce qu'elle pourra proposer à Teffet d'établir un concert parfait pour remplir le but. et les intentions pures de Sa Majesté. »

On ne pouvait pousser plus loin l'hypocrisie. Voyons maintenant comment ces messieurs, depuis le ministre plénipotentiaire jusqu'aux professeurs de Louvain, tinrent leur parole.

Les élèves des divers séminaires arrivèrent donc à Lou vain le 16 novembre; et, le i^'* décembre, s'ouvrirent les cours de théologie. Le cardinal et révoqua de Gand, Ferdinand-Marie, prince de Lobkovits avaient fait accompagner leurs séminaristes par des e(^-

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{; clésiastiqaes de confiance, auxquels ils avaient «enjoint de rester dans cet établissement en qualité d'élèves , et d'assister aux cours des professeurs, afin de pouvoir plus facilement connaître leurs véritables sentiments, ainsi que ceux du recteur de cet institut. Mais Stôger et le Plat pénétrèrent bientôt la pensée de ces dignes pasteurs, et surent si bien manœuvrer auprès du gouvernement de Bruxelles, que ces deux ecclé^astiqaes ne tardèrent pas à être renvoyés du séminaire généraL

Le cardinal voulut assister lui-même en personne à l'ouverture des cours ; Stôger le reçut à la porte du séminaire, et en soutane, vêtement que, depuis son flCfOur à Louvain, il n'avait encore jamais porté. Tous las élèves, à la présence de ce digne prince de TÉglise, élevèrent unanimement la voix pour lui demander d'élre rendus à leurs évêques, et arrachés à cet odieux asile; tant leurs esprits étaient déjà profondément in« dignes des discours que leur avait tenus cet .impie, pendant un si court espace de temps ! Mais le cardinal de Frankenberg s'efforça de les calmer, et les exhorta, dans des termes pleins -d'affection, à se soumettre, en les assurant que l'épiscopat prendrait les mesures nécessaires pour prévenir tous les inconvénients, et qu'il défendrait sans crainte et sans faiblesse leuts intérêts spirituels et matériels contre qui que ce fùt qui tentât d'y porter atteinte.

Ce que ces prêtres pervers se permettaient envers feurs élèves était, en vérité, incroyable ; et les principes ^vec lesquels ils cherchaient à infecter leurs âmes et 'eiars cœurs étaient plus impies encore. On rie peut lire ^ns une indignation profonde la relation que nous en

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a laifisée un témoin oculaire.: qu'il nous soit permis d'eu donner un court aperçu (i )^

Stôger s'était entouré de deux prêtres qui parte» geaient ses sentiments et ne se distinguaient de loi que par une plus profonde ignorance , sayoir^ les sienn Yonck, Autrichien, et la Joie, Savoyard, lequel, à cause- de ses principes pervers ^ avait été antérieurement chassé du Piémont, et, de plus, souillé parla re* commandation que Tambjarini, chef des jansénistes d'Italie et recteur du séminaire général de Pavie, avait faite de lui à la commission d'études de Vienne. Un troisième individu^ nommé Gopin, janséniste français, entra bientôt dans leur société* Ces trois hommes devinrent les vice-recteurs du- nouvel institut, et favorisèrent tous les desseins de Stôger.

Même dans leurs rapports extérieurs avec les élèves, ces personnages étaient brutaux ; et il ,ne pouvait en être autrement, dénués qu'ils étaient de toute ombre d'éducation scientifique, et moins encore chrétienne. Lorsque les jeunes élèves se plaignaient des mauvais traitements qu'on leur faisait subir, on leur répondait : « L'institut n^a pas besoin de vous, il faut que vous vous soumettiez : ainsi le demande la loi, ainsi le veut le gouvernement. ^ Ces messieurs se raillaient de tout, et épiaient chaque occasion d'étouffer dans les tendres cœurs de ces jeunes gens toute étincelle de dévotion et de piété chrétienne. Ils interdisaient même, à ceux qui avaient reçu le sQus*diaconat et le diaconat f la ré-

(1) Relation fidèle des troubles arrivés au séminaire général de Louvaîn en 1786 et 1787, dressée par un témoin oculaire. Rec. II, p. 171-208 j et III, p. 67-67.

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citation du bréviaire , bous prétei&te qu'ils pouvaient employer ce temps plus utilement à l'étude. Ills abc4irent de même la louable coutume de porter la barette dans la maison, et ils lui substituèrent, pour ceux qui ne voulaient pas demeurer la tète nue, une casquette à l'usage des laïques. Ces messieurs* avaient honte du rigne de la croix, et se moquaient de ceux qui, parmi les pieux élèves, se revêtaient de ce respectable et an^ tique signe du chrétien avant et après les repas , au commencement et à la fin des classes, à l'entrée et à la sortie de la chapelle, ou en toute autre occasion. La Joie croyait quMl suffisait de faire le signe de croix miquement à la messe On supprima toutes ^es grand'messes solennelles, chantées avec diacre et souS'diacre, sous le prétexte qu'elles duraient trop longttmpâ, et que cette assistance ne signifiait rien ; ensuite ou introduisit l'usage de n'avoir que des basses mèsseSt et on en chargeait particulièrement des prêtres qui s'en acquittassent dans le plus court espace* de teod]^ possible. On abolit même l'usage de la confession hebdomadaire, on la rendit mensuelle ; et Ton tâchait encore de persuader aux jeunes prêtres de ne célébrer la messe que les jours de dimanche et les fêtes, prétendant que cela était^ plus conforme à l'esprit de la primitive Église.

Quant à la juridiction, ils n'en faisaient nui cas. Un jour, un jeune prêtre voulant se confesser avant de célébrer la sainte messe , et désirant pour cet effet se rendre avec un de ses condisciples à i'église» paroissiale voisine, Stôger le lui défendit- en lui disant qu'il I)oavait s'adresser à son compagnon, prêtre lui-même; Qt , sur l'observation que celui-ci n'avait pas reçu de

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