SÉM1MAIR£S GÉNÉRAUX DE BELGIQUE
meure pour toujours supprimé dans les couvents et dans quelque autre institut que ce puisse être , où ces fideoces auraient été jusqu'alors enseignées.
II« Nul ne pourra revêtir Tliabit, dans, aucun ordre retic^^ux, sans avoir préalablement terminé le cours prescrit dans l'un de ces deux établissements.
lU. Povr pouvoir être admis dans Tun de ces établi»sementa, il faut : l^que l'élève ait reçu les ordres mineurs ; 2^ qu'il ait le consentement de son évêque ; 3^ qu'il ait terminé sa philosophie.
IV. Cette disposition s'applique également aux ordres religieux, lesquels devront en outre exhiber la permi^ion de leqrs supérieurs, et appartenir à un couvait déterminé. Cependant, ils ne pourront commencer ieor noviciat qu'après avoir terminé leurs éludes.
y. Les bourses, fondations, pensions et autres secours qui ont été donnés autrefois dans les différents diocèses, en faveur des étudiants en théologie, devront, dès ce moment, être considérés comme ayant été fondés en faveur des élèves de ces deux établissements, et servir à leur entretien. .
VI. Les collèges fondés à Louvain en faveur des étrangers^ ainsi que les séminaires des évêques dont la jurididion s'étend sur des pays situés hors de notre domination, ne sont pas compris dans cet édit , et Ton pourra y continuer l'enseignement théologique comme par le, passé, mais uniquement pour le3 étrangers. Nql étudiant élevé dans ces établissements, ne pourra prétendre à aucun emploi ecclésiastique dans les provinces belges.
Vn. Tous les élèves de ces deux séminaires généraux auront un habillement uniforme et décent.
50 PEOTBSTÀTION
Yin. Les convenls et autres maisons religieuses devront pourvoir h l'entretien de leurs élèves dans ces deux instituts : les élèves des ordres mendiants seront nourris aux frais de la Caisse de religion (1).
IX. Les élèves qui ont déjà terminé letirs études théologiques y mais sans avoir encore reçu le sacerdoce, pourront se présenter à leur évêque pour être ordonnés ; cependant, s'ils appartiennent au clergé séculier, ils devront passer une année dans Tun de ces instituts pour y étudier la Théologie pastorale (2).
Cet édit impérial est, comme l'on voit, un chef-d'œuvre d'injustice et de despotisme. A peine fut-il connu en Belgique, que les évêques et les états élevèrent courageusement la voix contre lui, à l'exemple du vénérable cardinal, chef de leur Église, et s'efforcèrent de démontrer au souverain les conséquences pernicieuses et pleines de périls qui devaient naturellement découler des deux instituts nouveaux pour l'enseignement tbéolôgique. Ils lui exposèrent, en paroles nobles et éloquentes, que âon dessein de réformer l'enseignement théologique du clergé ne reposait que sur une illusion dangereuse, et qu'au contraire, en procurant la ruine totale de ce même enseignement, il attirerait ainsi les plus grands malheurs sur l'Église. Ils ne lui dissimulèrent pas, en même temps, que tout ce plan ne povh
(1) Tous les biens de TÉglise ayant été absorbés par TËtat:. sous Joseph II, furent par ce prince réunis en une caisse cornmune, et destinés à subvenir aux besoins des cultes. Cette caisse prit le nom de Ckiisse de religion. Note du traducteur.
(2) Ce qu'on appelait Théologie pastorale était une sorte d'ini — tiation aux choses du ministère pratique, telles que les cérém< nies, la manière de catéchiser, etc. Note du iradw:teur\
DE PRANKENBEKG. 81
vait avoir été inventé que par des ennemis de la religion et de la foi, lesquels avaient tenté de surprendre sa religion, au préjudice de la piété et du repos public de ses peuples. Ce fut encore ici le cardinal dé Frankenberg qui prit le premier la parole (i) : « Par la trèshumble représentation, » écrivait-il à l'empereur le 18 novembre, « que j*ai eu l'honneur de remettre à Votre Majesté en date du 23 mars de cette année, Elle peut bien juger que l'édit relatif à rétablissement d'un séminaire général, et l'annonce de la suppression de ceux des évêques, loin d'avoir pu exciter ma gratitude, a dû nécessairement me jeter dans les plus justes alÉJiiiies. Je crois avoir prouvé, dans ma représentatkm, que ce nouvel établissement porterait un préjudice affligeant à la juridiction essentielle des évêques; qu'il produirait en peu de temps une disette effrayante ÙQ ministres, indispensablement nécessaires' dans^ la cure d'âmes^ et qu'il détruirait insensiblement toute subordination hiérarchique, si nécessaire au bon ordre. «J'ajoute à tout cela qii'il est tout à fait impossible que l'enseignement de la théologie, qui est la science de la religion, soit concentré uniquement dans la seule faculté de l'université de Louvain, à l'exclusion des évêques, qui sont essentiellement, de droit divin, les dépositaires de la foi.
« Non, Sire, cet enseignement ne saurait aucunement émaner de la puissance séculière ; mais il appartient par sa nature même à l'Église, Jésus-Christ; son divin époux, ne l'ayant confié qu'à elle seule.
«Cependant la nouvelle université de Louvain, sous- ^^aite déjà à la juridiction du Saint-Siège, d'où elle
(1) Bec. IX, p. 150.
tejiait autrefois le privilège d'enseigner la théologie, rendue ensuite indépendante de la mienne, à laquelle elle se trouve pourtant sujette pour ce qui concerne les études de la religion, du moment qu'elle ne jouit plus de son exemption, serait dans le cas de continuer à enseigner la science de la religion en vertu d'un pouvoir et d'une espèce de mission qu'elle ne pourrait tenir que de Votre Majesté.
ce Or, je manquerais sans doute à tout ce que je dois à mon souverain, à TÉglise et à moi-même, si je ne faisais pas sentir à Votre Majesté, avec toute la force dont je sui3 capable, qu^elle n^a point ce droit, et qu'il faut nécessairement que l'enseignement de la théologie émane de Tautorité, ou du Saint-Siège, ou de celle des^évêques; de sorte que, si Votre Majesté ne veut point que le Saint-Siège influe comme auparavant dans renseignement de la faculté de théologie à l'université de Louvain, il s^ensuit quei, bien loin que cette faculté puissa être la seule enseignante, elle ne pourrait pas même enseigner d'aucune façon sans l'autorité épiscopale, et certainement jamais au préjudice des séminaires des évêques, qui ont été établis par le concile de Trente, reçu dans ce pays par le souverain ; les leçons qui s'y donnent sont des Jeçons publiques, puisquUl y a même dans chaque cathédrale, par ordonnance dudit concile, une prébende théologale à cet effet.
.« L^uniformité de doctrine que Votre Majesté désire peut également se trouver dans les séminaires des évêques, qui peuvent aisâmient convenir entre eux et choisir parmi les théologies spéculatives et morales, et les canonistes, des auteurs connus, sans reproche et orthodoxes, dont on serait obligé de se servir et
DE FRANKfiNBERG. 53
d'expliqner les ouvrages dans fous ces séminaires, aussi bien qu'à Louvain ; et par là la doctrine serait uniforme, et elle émanerait alors de cette puissance légitime à laquelle seule Jésus-Christ l'a confiée.
«c Je ne saurais pas non plus laisser ignorer à Votre Majesté (sans m'attirer tôt ou tard les plus justes reproches de mon silence) que les termes de* saine théo^ lo^ej de véritable droit ecclésiastique^ ÙB pur et rai^ sûrinahle service divin y insérés dans le dernier édit et dans celui du concours, ont fôit la plus vive sensation dans l'esprit de tous les curés et de tout le clergé en général, comme elle l'a vu' par les pièces jointes à ma dernière représentation ; tous craignent, effrayés surtout par quelques thèses soutenues déjà dans différentes universités de la domination d6 Votre Majesté en Allemagne, qu'on ne veuille introduire, moyennant cô Maveau séminaire de Louvain, certains principes qui ont été autrefois les causes funestes des troubles de la religion dans ce pays-ci et en France, et qui ne manqueraient pas de renaître, si on renouvelait ces matières délicates, à Fégard desquelles le silence prudent qu'on a soigneusement observé jusqu'à cette heure nous a valu cette heureuse tranquillité dont nous jouissons.
« L'histoire de ces réfractaires qu'on semble vouloir protéger aujourd'hui est connue à fond dans ces pays, où on ne se souvient que trop encore des piaux qu'ils ont causés; ce qui fait une très-grande différence entre ces provinces et l'Allemagne, où ces disputes ont été presque inconnues, et où, par conséquent, on s'en est moins méfié. Jamais on n'adoptera leurs principes et leur façon de penser, ni des auteurs condamnés par l'Église : les évéques sont dans l'indispensable obli-
54 PROTESTATION DE FRANKENBERG.
gation d'en. préserver l^urs troupeaux, et de les main-tenir ^ autant qu'ils pourront, dans cette juste obéissance et soumission qu'ui\ fidèle catholique doit à toutes les décidions d^ l'Égiise,- sans exception.
ff Toutes ces difficultés, qui ne sont que trop à craindre,, s'évanouiraient aussitôt, si Votre Majesté daignait rendre aux évéques sa confiance, à laquelle ils ont on droit acquis pour tout ce qui concerne la religion, coih fiance que je ne crois pas qu'ils aient mérité de perdre; et si elle voulait en copséquence, loin de leur 6ter renseignement dans leurs séminaires respectifs, qui leur compète par un droit incontestable, inhérent à répiscopat^ et qui eu est inséparable, agir plutôt de concert avec eux à l'égard de renseignement de la faculté de Louvain,jquant au choix des professeurs et des auteurs dont on doit se servir : de cette façon, on enseignerait partout la môme doctrine; les évéques ne manqueraient, point d'ou^ vriers nécessaires pour cultiver la vigne du Seigneur, qui, élevés sous leurs yeux, leur seraient parfaitement connus, et par là plus propres à pouvoir être utilement employés. Les intentions même de Votre Majesté sôraiçnt beaucoup mieux accomplies de cette façon que par un bouleversement total, sujet à bien des difficultés et des inconvénients.
ic Je ne saurais donc assez supplier Votre Majesté de vouloir daigner jeter un œil favorable sur toutes ces réflexions, que le zèle de la religion, les devoirs de mon ministère et Tamour de la tranquillité publique m^ont engagé à soumettre à sa pénétration, d
Les évoques d'Anveirs (1) et de Namur (2) s'opposè-
(1) Rec. vni, Î83.
(2) Rec. VIII, 198; Xjp. 259; Vœu, p. 24.
LETTRE DE, l'ÉVÊQUE DE NAMUR. 55
ml d'ane manière non moins énergique. à l'établisçement da séminaire général j et den^iandèrent aussi que l'existence des séminaires épiscopaux ne fût pas attaquée. Le dernier de ces deux prélats surtout s'exprima à cet égardVdans sa représentation du 16 novembre à l'empereur et à LL. AA. RR. les gouverneurs jg.énérauxdes provinces de Belgique, avec un courage vraiment apostolique. Il y expose sans crainte le^ vrais principes sur les rapports des deux puissances ecclésiastique et séculière, que Dieu a instituées pour le bien de l'humanité, et montre combien par ses décrets, mais surtout par celui relatif à rétablissement des séminaires généraux, l'empereur avait profondément violé les droits (Je l'Église, et conjure celui-ci de laissera Fépiscopat la paisible jouissance d'une juridiction qu'iji a reçue de Dieu. C'était par ce seul mpyen, ajoutait-il , savoir , en laissant intacte la liberté de TËglise i^ qu'il pourrait acquérir Tamour de la nation ^ et qu'il serait encore à temps de calmer l'effervescence et l'indignation que ses innovations religieuses avaient excitées dans les esprits du clergé et du peuple. C'est ainsi qu'il s'adresse à l'empereur (1) :
<c Sire ,
«. Mçs peines et mes alarmes pour la cause de la religion, qui s'augmentent continuellement, sont devenues si.vivesj que je croirais manquer à mon ministère, et en particulier à ce que je dois à Votre Majesté, $i je me contentais plus longtemps de gémir en silence. Alon troupeau participe à mes alarmes, et fait sans cesse entendre les gémissements qui expriment Tamertume
(1) Rec. X, p. 259.
56 LBTTRE DE L^ÉVÊQCE
dont il est pénétré 9 surtout mes côopérateurs dans le Saint ministère , qui , presque tous , m'ont adressé par leurs doyens des' remontrances pour verser dans mon sein ta douleur dont leurs cœurs soiït pénétrés. Cependant le désir que Votre Majesté assure avoir de favoriser les intérêts de la religion doit calmer mes frayeiirsy et me faire espérer que, bien loin de vouloir porter atteinte au pouvoir de l'Église, Votre Majesté souhaite d'en voir les droits conservés et reâpectés , et qu'elle daignera applaudir au zèle d'un pontife qui oâe les lui exposer en tout respect. Ces droits, Sire, sont l'œuvre de Dieu même. H a établi deux puissances sur la tQrre; il vous a donné l'empire, et nous respectons tout ce qui émane de cette autorité dans les choses qui sont de son ressort : mais il a rendu son Église également souveraine et indépendante dans son gouvernement spirituel. Et cette humble épouse de Jésus- Christ , lors même qu^elle gémissait sous le joug de ses persécuteurs, portait des lois pour le bon ordre de son empire, jugeait et en punissait les prévaricateurs; ses pasteurs annonçaient à toute la terre la doctrine de vie qu'ils avaient reçue de leur divin maître, sans qu'aucune puissance temporelle pût leur fermer la bouche. Le moyen de croire que son pouvoir soit diminué et ses prérogatives affaiblies, parce qu'elle a conquis les chefs de l'empire à sa foi ? Devenus ses enfants, ils ne sont pas devenus ses maîtres, mais les protecteurs et les défenseurs de ses droits, qui pbr là devaient devenir plus sûrs et plus éclatants que jamais. «Mais dès que les princes chrétiens voulurent sortir du rang des ouailles pour s'ériger en législateurs de rÉglise, elle se défendit contre des enfants ingrats avec
DE NAMOR. 57
autant dé vigaeur que contre des ennemis étrangers, ic Ne vous ingérez point dans les affaires ecclésiastiqnes, « disait le célèbre Osius , évéque de Cordoue , à Tem- « pereur Constance. Ne prétendez point nous donner « des ordres en ces matières; apprenez-les plutôt dé « nous. Dieu vous a donné l'empire et nous a confié « f Église. De même que celui qui entreprend sur votre « puissance contrevient à Tordre de Dieu , craignez « de vous charger d'un grand drime si vous tirez à Vous « ce qui nous regarde. » C'est la doctrine de tous les âècles j sur laquelle les évéques et les empereurs vraiment cbrétiens ont toujours été d'accord; la simple raison en découvre Tévideûce. Jamais, depuis l'établissemeiit de TÉglise , il n'a été permis de la méconnaître; et, malgré mille artifices employés par les novateurs pour l'obscurcir/ elle ne besse de briller de la plus lumineuse clarté.
« D'après ces maitimes^ aussi sûres que constantes , touchant l'autorité de l'Église et de ses pasteurs, j'ose espérer que Votre Majesté me permettra de lui représenter que je ne puis envisager plusieurs de ses ordonnances sans être consterné ;* car elles enlèvent aux pasteurs de l'Église la puissance de la gouverner, et radtorit6que Dieu leur a exclusivement attribuée dans les matières spirituelles.
«Quant aux séminaires épiscopaux, dont la suppression est annoncée comme très-prochaine ^ j'ose avancer qu'il n'est pas possible de trouver un établis^ fuient plus canonique et plus ôonforme à TeâpHt de ^'%li8e dans tous les temps. L'histoire en donne des preuves aussi évidentes que multipliées. On les y voit Pi^esque aussi anciens que l'Église ; ils se sont conservés
58 LETTRE DE l'ÉYÊQUE
Ipngteiops d^s leur première splendeur; et lorsque daps les siècles postérieurs le malheur des temps en avait causé le dépérissement , TÉglise s^est fortement occupée de leur restauration : le saint concile de Trente, marchant sur les traces de la respectable antiquité, en fit im décret'très-exprès faisant loi d'État dans le pqys, qui consola tellement les Pères qui y assistaient , que plusieurs avouèrent que leurs travaux immenses pour les intérêts de la religion seraient assez compensés quand même ils n'auraient procuré d'autre bien que celui de l'érection des séminaires* Les évéques d'alors et ceux qui leur ont succédé , nommément ceux de ce pays, animés du même esprit, comprenant l'importance de ces établissements et se conformant à la règle qui leur était prescrite, ont travaillé avec le plus grand zèle pour consommer cet ouvrage désirable. Des personnes pieuses sont entrées dans leurs vues, et \^ Providence a montré corahjien elle les approuvait en répendant partout une. bénédiction abpndante. L'Église a aijyourd'bui la consolation de voir ces établissements mis sur un pied respectable ; elle les regarde comme sa gloire et sa couronne, et on voudrait les lui ravir! Sans m'arrêter aux maux que causprait la suppression des séminaires partout où elle s^exécuterait , je dois faire observer à Votre Majesté que la perte du mien causerait à mon diocèse une effrayante disette de ministres, tant par la pauvreté de plusieurs cantons qui ne pourraient fournir aux dépenses du séminaire de Louvain , que par l'idée peu avantageuse qu'on a conçue généralement de ce nouvel établissement.
« Que Votre Majesté daigne encore réfléchir qiD^e l'institution du clergé compète essentiellement aux év ^-
DE KAMCR. S9
ques; qii'ilsen sont les précepteurs naturels, établis par léçus-Christ. Pourrait-çUe donc vouloir priver les évoques de cette institution pour la confier aux soins de ceux qui n^y sont commis ni par devoir, ni par vocation , ni par ce saint intérêt que donne la sollicitude pastorale?
« D'ailleurs on ne peut nier que renseignement de l^écriture sainte et de la théologie, étant. le fondememt de la prédication et de Tadministration des sacrements, ne rassortisse de la puissance de l'Église. La facu]té de théologie de Louvain n'exerce ses fonctions qu'en ?erUi d'une commission émanée du chef 4e TÉglise , par l^aatorité duquel se sont toujours donnés les grades en théologie.
« Nous ne voyons donc pas comment nous pourrions reconnaître pour légitime un établissement pour la théologie, où les directeurs et les règles pour les écoliers, les professeurs et la doctrine seraient à la disposition du prince, sans qu'il y intervienne ni l'autorite du Saint-Siège, ni celle des évêques, ni même leur inspection. On. découyre au premier aspect dans un td établissement une subversion totale de Tordre ; car il s'ensuivrait que la religion du prince devrait régler cellQ du clergé, et conséquemment celle du peuple.
« Votre Majesté déclare que les motifs qui la portent à rétablissement d'un séminaire général sont d'y former les élèves plus parfaitement à la. vertu et à la cure d'âmes, et pour avoir partout l'uniformité de doctrine ; mais la diversité des mœurs qu'on trouve dans les dififérentes provinces de ce pays et la multitude des étudiants qu'il y aurait dans ce séminaire général nuiraient infailliblement à la régularité, et il.ne seraitpas possible
60 PHOTESTATION
au directeur de connaître le caractère d'un chactm, et de les diriger tous selon l'exigence de ce caractère; taudis que dans nos séminaires épiscopaux les étudiants, inoins nombreux, imbus tous -moralement de mêmes mœurs , sont dirigés par des maîtres prudents et vertueux du pays , qui en connaissent le génie et les usagés des habitants^ et par là sont plus propres à diriger leurs élèves pour leur avantage et pour celui des peuples vers qui ils seront envoyés. Quant à runiformité de doctrine , tlne assemblée des évèques de la nation , que Votre Majesté daignerait permettre, et qui est si conforme aux saints canons, pourrait arranger cet artide , qui cependant jusqu'ici n'a donné aucune itiquiétude dans les séminaires épiscopaux. La corruption dont parle Votre Majesté paraît même exiger cette assemblée, et plus encore l'Bsprit de nouveauté, d'hétérodoxie, qui se propage clandestinement, et qui mérite toute l'attention de Tépiscopat.
tt Telles sont. Sire, les considérations que j'ai cni devoir exposer à Votre Majesté, dans l'espérance qu'elle daignera y faire attention, et qu'elle ne désapprouvera pas la liberté d'un évêque qui rie cherche que la conservation de Tautorité que Dieu lui a cdnfiée, et dont il n'est pas le maître de disposer. Je supplie doi^c Votre Majesté de maintenir l'usage canonique et régulier des concours annuels , de laisser à mon séminaire toute sa liberté et ses avantages ; enfin, de ne pas troubler la paisible jouissance de la juridiction et des droits que Dieu a donnés à Tépiscopat, dont la puissance séculière peut bien gêner l'exercice, mais doxit elle n'abolira jamais les titres. »
Les états, par l'organe du haut conseil de FlandK^e,
se proDoncèreiit d'une manière non moins courageuse que les évéques dans leur représentation du 1 7 novembre à Tempereur^ dans laquelle ils lui disent ouvertement que Tespérance qu'il révoquerait son édit sdr les séminaires généraux les avait, seule^ engegés à le rendre public, lis protestent unanimement contre ces deux établissements, qui ne pourraient que procurer les plus grands malheurs à rÉglise, et exciter le mécontentement et même Tindignation générale du peuple. Ils ajoutaient que les dispositions de cet édit feraient une aussi profonde blessure aux droits de rÉglise et à ^eux de l'État qu'à la constitution ellemême du pays, et qu'il était de leur devoir de faire connaître franchement à Sa Majesté les justes appréhoisions et les plaintes légitimes du peuple. Ils continuent ensuite en ces termes (1) : « Le premier coup de cette révolution frappe sur ces pieu^ et salutaires établissements j qui ont fait bénir la mémoire des Pères du concile de Trente, qui ont été reçus avec transport ^^ns toute TEurope catholique, auxquels les écrivains ecclésiastiques ont prodigué les plus grands éloges, et que nous avons vqs subsister dans ce pays avec les succès les plus heureux et les plus constants. »
Les états examinent ensuite les motifs allégués psir l'empereur dans son édit au sujet de la nécessité de l'érecticm des séminaires généraux; et, après avoir démontré leur peu de consistance et fait voir qu'ils ne pouvaient lui avoir été inspirés que par des calomniateurs ennemis de l'Église et de la nation belge, ils s'expriment ainsi : « On sent aisément que pour
(1) Bec. Vn, p. 364, 280; et IX, p. 146, 167.
parvenir à la raine de ces bons établissements , et pour induire Votre Majesté aux prétendues réformes Qu'on a en vue, Ton doit avoir grossi étrangement à vos yeuxies maux de ces provinces. La préface de redit le fait ^ssez voir : on y dépeint les mœurs de nos habitants comme parvenues au dernier débordement. Heureusement, comme nous l'avons déjà observé , cela n'est pas ; nous sommes obligés d'en informer Votre Majesté. Mais ce qui est d'autant plus malheureux et affligeant pour la nation, c'e^ que ce prétendu débordement sert de prétexte à la terrible révolution qui va la dépouiller de son plus grand bien, en dépossédant nombre de personnes d'un état qui leur appartient par une juste récompense de leurs travaux, et dans lequel ils avaient droit de compter de finir tranquillement leurs jours; qui vd frustrei* les parents des espérances qu'ils s'étaient formées pour l'établissement de leurs familles, ^t déranger une infinité de gens dont la fortune' tient plus .on moins aux administrations qui vont subir la réforme.
« Pour donner du relief au nouvel établissement qu'on vent substituer aux séminaires épiscopaux, on prône surtout « l'uniformité de doctrine qtf on y en- « seignera, et la grande étendue de connaissances que « le clergé sera à même d'y acquérir, v
« Quant à l'uniformité de doctrine, Torl pourrait se faire les demandes suivantes :
« Trouve-t-on dans nos séminaires épiscopaux une diversité de doctrine? Cette diversité, si elle existe, est-elle dénature grave? A-t-elIe du rapport â quelques points de dogme ou de .controverse? A-t-elle jusqu'ici
produit quelque mal ? Fait-elle craindre on mal- peut* l'avenir ? Si la réponse à ces questions ponvait ^tre dontease, et'si ce doute ponvait être de conséquence, il est du moins certain qu'il ne serait pas plus difficile d'introduire une uniformité de doctrine et de morale dans le petit nombre de nos séminaires diocésains, que de la fixer dans les deux séminaires nouveaulc, éloignés l'un de l'autre dMne quarantaine de lieues. On n'aurait qu'à charger les évêques d'agir de concert, de dresser de cotnmune main une instruction pour servir de règle à tous les professeurs deâ différents séminaires ; on pourrait même au besoin prendre recours à un synode national, ainsi qu'il a été en usage des la naissance de l'Église. Les synodes de Cambrai et de Malines, tenus sous les auspices de nos souverains, publiés par leurs ordres ; et observés jusqu'à présent, sont une prouve manifeste qu'oïl peut' les employer avec succès pour régler la discipline de PÉglise belgique.
«t Quant à ce qui concerne cette instruction plus éclairée, et cette plus grande étendue de connaissances qu'on promet aux élèves des nouveaux séminaires, il est Sans doute digne d'un grand monarque d'encourager les arts et les sciences^ et de faciliter les moyens d'y faire des progrès ; cela contribue à civiliser les mœurs «t h illustrer une ûation; Noua ajouterons que rignorance du clergé peut être funeste à l'État et à la reKgion ; mais aussi nous sommes assurés qti'on ne pourrait sans injustice taxer notre clergé d'ignorance. Nos jeunes ecclésiastiques puiseàt dans nos séminaires le fonds de doctrine et de morale convenable et suffisant pour remplir avec succès les devoirs^de leur état.
64 l>ROTESTATiOt4
L'expérieoce a démontré même qii'ils sont communeinent plus propres à la charge d'^ii^^s que ceux qui possèdent une érudition supérieure. Nous avons tous vu constamment que les élèves de nos séminaires ont rempli les fonctions pastorales avec plus de succès que les élèves de l'université , quoique ceux-ci possédassent communément un plus grand fonds d'érudition. Une expérience aussi constante et si opposée aux apparences doit avoir une cause morale ; il est probable qu'elle se trouve dans cette érudition supérieure même, qui fait naître un amour-propre et donne certaine vanité qui ne s'accommode guère avec cet esprit d'humilité, avec cet amour pour la paix et la concorde, qu'un bon pasteur doit prêcher autant par son exemple que par ses paroles, et qui sont la^rant le plus sûr du succès de son ministère. D'ailleurs, plus cette érudition est grande, plus elle met de distance entre le pasteur et les fidèles ; elle rend par conséquent moins facile cette communication charitable et familière qui doit les unir, et qui fait que le ministre d'une paroisse entre avec plus de ferveur dans ces offices répugnants auxquels son devoir l'appelle saqs cesse, quand il s^agit de courber la tête sous le toit des chaumières pour visiter les pauvres , donner aux malades le Qourage et la patience nécessaires , assister les mourants, consoler une veuve de la perte de son mari, les enfants de celle de Jeur père ou mère. C'est dans ces tristes m^oments où la charité chrétienne est si nécessaire , qu^on distingue particulièrement ces pasteurs h^mbles , élevés dans la simplicité et modestie chrétienne , et imbus d'un fonds de doctrine ^ de morale /et de pratique proportionné au poids de leur charge.
« Toutes ces considérations sont de natnre à jeter du moins quelques doutes sur le succès brillant qu'on se promet du nouvel établissement.' Il y en a d^autres d'une nature plus grave; elles portent sur le fond de l'édit même.
« Il semble au premier abord résXilter de Tédît que les évoques û*ont plus le pouvoir d'enseigner ou de faire enseigner la théologie , ni d'ordonner d'autres sujets que ceux que les professeurs royaux auront trouvés capables; mais nous avons jugé combien cette disposition serait frappante si l'édit devait être ainsi entendu : ce serait peut-être la première fois que cela se voit dans le monde chrétien.
« Les évoques , que Dieu a établis pour gouverner son Église , sont , par la nature de Tépiscopat, chargés de l'instruction des fidèles ; c'est leur devoir essentiel, il est consigné dans différents préceptes de l'Évangile : leur ôter cette charge , c'est détruire leur caractère , c'est anéantir Tépiscopat , c'est vouloir faire rentrer dans la classe commune des fidèles ceux qui sont établis pour les gouverner. C'est la même chose de l'ordination des clercs de l'Église ; le concile de Trente est décisif à cet égard.
a Des lois aussi précises nous ont fait conclure qu'il fallait de toute nécessité donner un autre sens à l'édit, et que cet autre sens devait être que toutes les dispositions de l'édit n'auraient lieu que pour autant que les évêques y consentiraient. Aussi ne trouve-t-on dans l'édit aucune ordonnance ni défense à charge des évêques, mais seulement une supposition, par laquelle on s'attend que les évêques accepteront avec gratitude le nouvel établissement; et, dans cette supposition, on
déclare dam quoi rétablissement va consister. Ce n'est aussi que par ces motifs que nous avons pu nous résoudre à publier Tédit avant de faire nos représenta* tions au trône, »
Ils passent ensuite à défendre l'ancienne université de Louvain , et demandent le rétablissement d'une institution. qui n'avait jamais cessé d'être un des plus beaux ornements de l'Église et une des plus grandes gloires du pays, et que le nouvel institut ne pourrait jamais remplacer. Ils dévoilent avec sincérité les in* convénients tant physiques que moraux du séminaire général , et les préjudices qui devaient en résulter pour l'Église.
« Si nos évêques acceptent l'édit, » disent-ils avec juste raison, «tous les écoliers en théologie vont élre rassemblés dans un même édifice, entre les mômes murs, sous le même toit, pour y recevoir la même éducation; un petit nombre de personnes nommées par le gouvernement, sans l'influence des évêques, présidera à leurs instructious ; point d'enseignement de théologie ailleurs ; tout le dépôt de la doctrine de la religion sera remis enXre leurs seules mains.
« Lorsqu'on jette un coup d'œil sur l'histoire des différents événements de l'Eglise , et surtout lorsqu'on fait attention à la facilité avec laquelle cette multitude d'hérésies , qui ont tant infecté le monde chrétien, a pris naissance , et à la rapidité avec laquelle ce inaL s'est répandu , on a bien de la peine à voir d'un œi^ tranquille confier tout le dépôt de la foi à un seul corp^ qui ne serait pas même surveillé par les supérieurs i^ rÉglise ; car si malheureusement l'esprit d'hétérodoxî. c s'empare de ces professeurs, et si le poison passe die
DES ÉTATS Dfi BELGIQUE. 67
leurs senUmants dans leurs leçons académiques,, la contagion fera des progrès terribles ; tout d'un coup cette multitude de jeunes élèves , seule pépinière et unique espérance de l'Église belgique, se trouvera infectée, et le mal sera sans remède.
. ce Lorsque renseignement de la théologie est partagé en différentes écoles et sous l'inspection des évalues , le mal est moins à craindre : on a vu naître des sentiments dangereux àLouvdin, sans que les séminaires épiscopaux. ou d'autres écoles de théologie s^en soient ressentis; le bajanisme n'a pas passé les murs delà ville. Tandis que tout était en trouble dans l'université à Poccasion du jansénisme, jusque-là que, pour ex* lirper le mal, il a fallu expulser plusieurs de se^ membres , le calme régnait dans les séminaires. »
Ils se plaignent encore au sujet de la suppression a^ bitraire des bourses et autres pieuses fondations faites par les Belges en faveur des séminaires épiscopaûx ; suppression contraire à la volonté des testateurs et à leur destination primitive, et qu^ constituait la violation la plus flagrante qu^on pût imaginer du droit sacré de propriété.
« Yoilà, Sire, » c'est ainsi qu'ils terminent iQur représentation , a les considérations que nous avons cru devoir mettre sous les yeux de Votre Majesté, au sujet et à Toccasion de l'édit des séminaires. Nous n'avons pas moins procédé sans délai à sa publication. Cette prompte déférence est une marque certaine de la pureté de nos intentions ; notre devoir et zèle pour le tien du royal service et de la patrie ont dicté nos p4- ^^les , qui ne sont dans le fond que la voix , les cris et ^®8 voeux du peuple en général. »