CONTRE LE SÉMINAIRE GÉNÉRAL. 9Ô
droite de TÉglide qui avaient eu lieu depuis ravéûement de Joseph II 9 et en particulier contre la nouvelle école de Terreur (!)•
Les membres, de la commission ecclésiastique de Bruxelles se flattaient en vain , par un tel terrorisme , d'étouffer la liberté de la parole contre leur institut impur. Le clergé et les magistrats s'étant aperçus qu'on prenait des mesures si violentes pour leur interdire le recours au trône, adressèrent dès lors directement leurs plaintes aux états, et les constituèrent aipsi les interprètes de leurs désirs auprès du souverain, si indignement trompé par ses propres ministres.
Le magnanime Yan-der-Noot , avocat au conseil souverain dn Brabant , fut celui qui ouvrit la série de CGB nobles champions de la religion et de la liberté de la patrie, et qui démontra, dans un mémoire longue* ment motivé qu^il présenta le 23 avril aux états assemblés de Brabant , combien toutes les deux , liberté et religion , périclitaient par suite des innovations déplorables de l'empereur (2). Animés par son exemple, .les états de Flandre (3) et de Brabant (4) envoyèrent aussi, les 5 et 15 mai^ au sujet des envahissements ecclésiastiques, leurs plaintes à Joseph II , en le conjurant de revenir sur ses actes. Les magistrats de Bruxelles (5), d'Alost (6), de Gand (7) et d'Audenarde (8) firent une
(i) Rec. V, p. 114-136.
(3) Rec. VII, p. 139, 196.
(5) Rec. I, p. 218-227.
(4) Rec. I, p. 247-2Ô0.
(6) Rec. I, p. 168-167.
(6) Rec. IV, p. 18-21.
(7) Rec. I, p. 182-187.
(8) Rec. IV, p. 72-78.
semblable démarche le 30 avril , et les 2, 7 et â3 mai de la même année.
Mais il n'y a rien de plus touchant que les représentations adressées par les élèves eux-mêmes des divers séminaires épiscopaux aux états de leur province, au sujet du séminaire général; représentations dans lesquelles ils dévoilent, en termes saisissants , la conduite odieuse des directeurs et professeurs de cet institut. Tous protestent unanimement de leur volonté de ne plus rentrer jamais dans cette école de séduction , qui ne potivait, disaient-ils, que les conduire au ma-térialisme et à l'athéisme. Voici comme s^expriment les séminaristes de Flandre aux états de la même province assemblés à Gand, dans leur requête du 23 mai 1 798"(1 ) : a Ce sont les élèves des séminaires épiscopaux de la Flandre qui , baignés de larmes , viennent implorer votre protection , en confiant à vos cœurs vraiment sensibles les cruelles alarmes qui agitent, qui déchirent les leurs à la vue des maux qui les accablent, et auxquels ils ne peuvent trouver de remèdes que dans la sagesse de vos conseils et la force dé votre secours.
« Vous n'ignbrez pas, Messeigneurs et Messieurs, qu'arrachés violemment aux séminaires épiscopaux, ces asiles de Tinnocence , ces sanctuaires de la vertu , ces écoles où nous sucions avec tant de plaisir le lait délicieux d'une doctrine également pure et salutaire , oa nous a transportés malgré nous, et malgré nos gémis* sements , nos sanglots et nos pleurs , dans ce qu'on appelle le séminaire général de Louvain , et qui serait bien mieux nommé le séjour universel du chaos, du
(1) Rec. IV, p. I98y et Vœu, etc., pag. 5S.
PROTESTATION DES ÉJUÈVES. 97
désordre et de la confusion ; où il n'y a ni ordre, ni régularitéy ni discipline, ni décence, ni dévotion solide^ oi paix véritable , ni joie pure , ni contentement parfait; où, au lieiu de cet air de piété qu'on respire et qui embaume dans les séminaires ordinaires, on n'est frappé que du souffle dangereux de l'indévotion, de la tiédeur et de l'indifférence pour les pieux exercices qui ont toujours fait les délices les plus chères et les occupationa favorites des plus grands saints de l'Église ; où les directeurs et vice-directeurs , oblig.és par leur place à ne donner que de bons exemples à leurs élèves , ne sont pas toujours dQS modèles à imiter ; où Ton enseigne une doctrine tantôt hérétique, tantôt achismatique , toujours suspecte et inquiétante ; où le religieux, amalgamé avçc le séculier, sans aucune marque de sa profession, se trouve, par ce seul déguiser ment même , soumis à l'excommunication majeure , le plus terrible des anathèmés de TÉglise ; où, enfin, on n^apQrçoit que les plus désolants présages pour l'avenir, et qui ne pourrait subsister un certain nombre d'années sans devenir le tombeau funeste du clergé tant séculier que régulier , et par conséquent de la religion tout entière , dans les provinces belgiques , où elle a fleuri avec tant d'éclat jusqu'aux temps si déplorables que nous voyons de nos yeux.
«Voilà, Messeigneurs et Messieurs, Je précis des
motifs qui nous déterminent à implorer votre assistance,
^ invoquer votre protection et votre secours. Peut-il
donc y en avoir de plus justes, de plus puissants, de
P'^s nécessaires et de plus indispensables tout à la
^^îs? C'est pour tout ce que nous avons de plus cher
^^ inonde, c'est pour la paix et le repos de no^ cons-
ciences , c'est pour le salut de nos âmes que nous embrassons vos pieds en les arrosant de nos larmes, ô pères de la patrie , ô protecteurs de l'innocence Opprimée ! et en vous conjurant de venir à notre secours. Oui , nous vous en conjurons par vos plus chers intérêts , par tout ce qui peut toucher des cœurs sensibles et chrétiens, par tout le sang d'un Dieu votre sauveur et le nôtre : ah! ne différez .pas de nous tendre une main secourable; vous le pouvez, vous le devez, nous ne craignons pas de vous le dire. Faites-le donc : oui, rendez, rendez au plus tôt des disciples à leurs anciens maîtres, des ouailles à leurs pasfeuns , des enfants à leurs pères en Jésus-Christ, les évoques successeurs des apôtres , et juges de la doctrine. »
Les séminaristes de Gand et de Bruges parlent d'^iiie manière également touchante, dans leur requête eiH voyée aussi vers la fin de mai de cette même année aux mêmes États de Flandre. Les premiers nous font admirablement connaître l'esprit impie qui régnait dans le séminaire général;
« Une malpropreté dégoûtante, » disent-ils entre autres choses, « régnait dans toute l'étendue du collège, ainsi qu'un traitement plutôt militaire qu'ecclésiastiqae, que le caractère bizarre et la conduite irrégulière de quelques supérieurs étrangers rendaient encore pins insupportable.
«Ce fut alors, Messeigneurs, qu'un mécontentement amer se saisit de tous les esprits, que des supérieiiir^ maladroits poussaient à bout par des lois puéril»^) par leur ignorance et leur irréligion manifeste, aloi^si
(1) Rec. III, p. 82-89.
que par les dissensions scandaleuses qui ne disconti-^ Duaient pas de s'élever parmi eux : le ridicule qu'ils affectaient éternellement de jeter sur les évoques n'y entra pas pour peu de chose, et malheureusement le mécontentement devint trop général^ il éclata.
« Nous ne' parlerons point) Messeigneurs, des moyens inouïs dont on se servit pour l'étouffer; toute la patrie n'en fut que trop scandalisée : aussi ne purent-ils ne point contribuer à cette méfiance marquée, à ôette aigreur d'esprit, qui furent dans tous les temps des sources intarissables de dissensions et de désordre.
«e Des promesses que firent les supérieurs de soumettre- à l'inspection des évêques au moins tout ce i\m pouvait toucher la pureté de la doctrine, calmèrent bientôt les esprits, les disposèrent à supporter avec la résignation la plus décidée ce que le teste pouvait avoir d'insupportable. Mais que dira-t-Dn, Messeignenrs ? A peineles séminaristes avaient-ils vtt s'écouler quelques jours avec cet esprit pacifique qui fait le caractère de leur état, que tout d'ûti coup ils virertt paraître des règlement» d'un genre tout nouveau qu'on leiir proposait à signer, sous peine de dé* mission.
« Ce fut ici, Messeignenrs, le moment de la crise. Des Allemands, dont la doctrine était évidemment suspecte, proposaient des instituts de doctrine et de discipline.' Jetait-on un coup d'œil sur ces instituts si vantés? d'un côté Ton n'y voyait que des itivectives contre ce qu'on appelait V hydre ultramontainey contre la bigotteriej la momeriey et autre chose semblable, qu'ils voulaient faire paraître n'avoir été que lé partage du clergé de Belgique; d'un autre côté, l'on voyait
exalter la doctrine de plusieurs auteurs reconnus pour dangereux et suspects d'hérésie.
«La discipline ecclésiastique la plus absurde, la doctrine la plus suspecte, proposée par des supérieurs étrangers étayés par des militaires, à de jeunes théologiens arrachés à leurs évêques ; quel contraste d'idées! Ce fut alors , Messeigneurs , qu'il fallut de la prudence et du courage. Ce fut alors que les jeunes théologiens, assaillis de tous côtés par des promesses sans bornes ou par des menaces outrées, répondirent unanimement : Spiritus Sanctus posait episcopos regere Ecclesiam DeL Ce fut alors qu'ils insistèrent plus vivement que jamais à ce que la doctrine fût soumise au jugement des évêques.
«Mais quel fut Teffet de leurs justes demandes ? Les supérieurs, toujours fidèles à leur habitude de ne point teAir parole, s^opposaient plus vigoureusement que jamais à toute relation qu'on désirait avoir avec ceux qui de droit divin devaient juger de tout ce qui pouvait toucher la doctrine et la discipline ecclésiastique. Ils ne cessaient de jeter du ridicule sur le pouvoir qu'on attribuait à ces pasteurs légitimes; ils ne rougissaient pas d^assurer que chaque théologien avait un droit égal à celui des évêques, quant à ce qui concerne le jugement sur l'orthodoxie des livres dont il convient de faire usage. Mille paradoxes de ce genre, aussi contraires aux saints conciles qu'au» bon sens, ne leur étaient malheureusement que tro^ familiers.
« Ce fut à cette époque, Messeigneurs, que des pro — fesseurs très-^ccrédités se crurent obligés de faire ce- ^ aveu étonnant : Qu'on leur proposait à enseig;ner un
doctrine hétérodoxe ! que, partni les auteurs classiques, trois étaient notoirement hérétiques !
ce En fallut-il davantage pour s'apercevoir du danger dans lequel étaient les suppliants? Pouvaient-ils ne pas fuir à grands pas ce lieu de contagion qui n'offrait que des pièges à ceux qui ne se sentaient pas capables d'éluder ces artifices, si propres à rapprocher la chute de ceux qui s'exposent au bord du précipice?
a Le courage des séminaristes l'emporta sur les mandes séduisants, insidieux qu'avait inventés la sagacité perverse des supérieurs allemands : les suppliants se réfugièrent vers leur évéque, vers celui à qui PÊtre suprême avait confié le soin de les instruire, et de les rendre dignes de l'état sacré auquel ils se croyaient appelés.
a Mais" lé croira-t-on , M esseigneurs ? pourra-t-on 86 persuader que ces ouailles dispersées n'aient pas trouvé chez leur pasteur toute la douceur, la consolation et l'asile qu'elles avaient droit d'en attendre à tant de titres ? Il avait plu au gouvernement d'ériger une barrière insurmontable entre les brebis et leur pasteur, de les tenir éloignées à jamais du bercail que la Providence leur avait destiné.
« Que reste-t-il donc aux suppliants ? Frappés par la force d'un bras trop puissant, éloignés pour toujours du sacré ministère auquel ils s'étaient destinés, ils vont daùs le sein de leurs familles, dans l'amertume et la désolation , perdre ce temps précieux qui était réservé au ministère des autels , ati service de t*ieu et de la patrie ; ils vont arracher à leui*s tendres Parents des larmes qu'ils auraient dû épargner à leur ^ieillesstf ; ils vont se trouver les membres les plus
inntilos de la patrie : chers à la société par les ordres sacrés qu'ils ont reçus, c'est par ces .mômes ordres sacrés qu'ils lui sont plus inutiles ! Contraste singulier ! des citoyens destinés au culte du Très-Haut, des cir toyens respectas dans tous les- âges, seront donc à charge à eux-mêmes, à leurs familles, à leur patrie?
^ Non , non , Messeigneurs. Nous vivons sous an prince juste ; il ne souffrira point que les annales de son glorieux règno soient ternies par le malheur d'aucun de ses sujets ; sa religion est surprise , Messeigneurs; c'est à vous à l'éclairer, c'est à vous à concilier ses vastes projets avec les constitutions nationales et le bien de TÉglise, Si le concile de Trente est solennellement reçu dans ce pays, si ce saint concile a ordonné les séminaires épiscopaux, si ces établissements ont leur propriété et leur existence* civile, si leur utilité est incontestable, comment cet objet échapperait-il à vos soins paternels ?
ce C'est à ces causes , Messeigneurs , que les suppliants prennent la respectueuse liberté de vous conjurer, par tout ce que la religion et l'État peuvoAt y avoir d'intérêt, de. leur, accorder votre puissante protection, de leur ouvrir cet ancien asyle où, à l'abri de la contagion du siècle, ils puissent être élevés et formés au saint ministère ; c'est sur cette illustre assemblée que toute la patrie fixe actuellement ses regards ; — la protection qu'elle accordera aux suppliants ne manquera pas de faire époqqe dans l'histoire.
«Non, Messeigneurs, vous ne souffrirez pas que les suppliants aient pour partage le sort le plus déplorable et le plus affreux, ainsi que le^plus inutile à la chère patrie; vous poursuivrez vos glorieux desseins, vous
PROTESTATION DES ÉLÈVES. ,i03
ferez voir à la postérité la plus recalée qu'il ne peut y avoir des malheureux sous un prince éclairé p^r 1^ sagesse de nos états. »
Les- séminaristes deNamur se prononcèrent plusénergiqupment encore dans la remontrance qu'ils adressèrent, le 4 juin, aux députés des trois étals de cette province; et ils y considèreat la suppression des séminaires épiscopaux comme une violation ouverte xie la constitution du pays.
« Vous le savez, leur disent-ils, pères chéris de la patrie, de toutes les lois la plus sacrée, la plus inviolable, c'est celle du pacte constitutionnel que le prince a juré lors de son ascension ^u trône.
ce C'est de cette loi fondamentale qu'il est écrit au psaume 81, f S, qu'en la violant on ébranle les fondements de la terre, après quoi il ne reste plus que la chute des eujpires.
« Faut-il s'en étonner? la religion et la justice n'en sont-elles point l'unique objet ? et sans ces deux choses, la constitution du corps de l'État, qu' est-elle^ sinon un fantôme?
« Il est donc de l'intérêt du priqce autant que du ^)onheur des peuples que ce pacte reste inviolable; et lorsque Vos Seigneuries travaillent avec fermeté pour le maintien de la liberté civile et ecclésiastique, cin^entées sur ce pacte inaugural , ne rendent-elles pas au monarque qui nous ^ouv.erne le service le plus important? N'obvient-elles pas à l'infraction d'un serment qui doit être la base , l'appui le plus certain du trône, de l'État et des lois? N'empéchent-elles pas
(1) Rec. IV, p. 185-189*
i04 PROTESTATION DES ÉLÈVES.
qu'on né rende vain ce qa^il y a de plus sacré parmi les hommes?
a Convaincus quHI ne faut chercher le fondement solide de rÉtat que dans la véritable religion, vous avez toujours considéré cette religion sainte comme Tobjet le plus cher de nos constitutions , vous en faites encore la partie la plus intéressante de vos soins paternels, et par là vous nous donnez la flatteuse espérance du rétablissement prochain du séminaire' épiscôpal de cette ville.
ce Ce ïi'est point de notre monarque que ' provient la suppression fâcheusô qui en a été faite : c^est Touvrage de ces hommes pervers , remplis de maximes pernicieuses, qui , depuis longtemps , cherchent à en infecter nos contrées.
« Pour parvenir au but que l'esprit de ténèbres leur avait dicté, ils usèrent d'artifices pour surprendre Ja religion de notre monarque; et, sous prétexte qu'il ne fallait qu'une même école, qu'un niéme enseignement pour mettre fin au^x disputes, toujours, selon -eux, contraires au bien de l'État, ils l'engagèrent à porter le décret de suppression des séminaires épiscopaux, et à ordonner que tous les candidats seraient rassemblés dans un même lieu pour y être enseignés.
<c Vous avez vu , Messeigneurs , quelles ont été lés alarmes, la douleur des évêques et des vrais fidèles, à la vue de l'édit émané à ce sujets cependant on ne prévoyait point encore que des hommes suspects tirés du fond de l'Allemagne auraient la direction de renseignement. Ce fut un surcroît de douleur et de consternation quand on s'aperçut qu'ils étaient imbus d'un^ doctrine téméraire et schismatique, et que, par un»
PROTEiSTATION DES ÉLÈTtS. 105
conjoration formée contre TÉglise Romaine, ils^ répandaient à pleines mains le poison^ de Terrear ; erreur dont ils auraient bientôt infecté les provinces belges, si les candidats eux-mêmes, qui dans des sources pures avaient déjà puisé les connaissances de la vérité, n'eussent découvert la malignité de leurs systèmes, s'ils n'eussent averti par leur fuite la pairie et l'Église des périls qui les menaçaient, et du sort qui les attendait.
«c Mais* sera-ce en vain que les Pères du concile de Trente ont fait tant d'instance pour l'établissement des séminaires épiscopaux, quUls en ont prescrit la forme et les règlements ? Sera-ce en vain que, par les érections de ces écoles de science et de vertu, tant d'ilfusfres prélats, d^accord avec le prince , ont fait renaître et refleurir de toutes parts Tesprit principal du sacerdoce, cette piété solide, cette charité subliine, ce zèle ardent pour le salut des âmes , qui firent le bonheur de rËglise, la félicité des États et le soutien du trône? <c La suppression fatale du séminaire de cette ville, et le décret qui prescrit aux candidats de se rendre à celui de Louvain, porte les atteintes les plus funestes au pacte constitutionnel de cette province. Notre monarque a juré, à la face des autels, de garder les églises et suppôts d'icelles en leurs droits, coutumes et usages anciens et ïouables ; et, par son édit , il ôte à l*évêque la direction de l'enseignement de ceux qui doivent être ses coopératèurs dans le saint ministère; '^ le prive du droit le plus sacré, d'un droit qu'il a dé- ^'aré lui-même , dans ces édits, être d'institution di- ^îue, inhérent au caractère épiscopal.
«c D'ailleurs, par là même que cet édit est attentatoire
106 protbstahon dbb Éi^àvBS»
aux décrets du coacile de Trente, il renvenie eiioore les. constitutions de cette province; car ces décrets de rÉglise universelle ayant été promulgués à dUnstanoe du souverain^ ils sont^tout à la fois loi d'Ëglise et d^É* taty que le concours seul des deux puissances peut abolir. - ^
« Vous fûteï^ effrayés sans doute , Messeigneors , de la fatalité que cet édit renferme dans son principe ; mais la ruine totale de la religion , qui en est la suite, a bien de quoi vous consterner davantage. Déjà la plos noble portion du troupeau de Jésus-Christ est errante et dispersée ; déjà ceux qui étaient destinés à être la la* mière du itionde et le sel de la terre par leur doctrine et la sainteté -de leurs mœurs, sont déclarés inhabilu aux ordres sacrés et au ministère apostolique , s'ils ne sont imbus de maximes prouvées suspectes , témé** raires et schismatiques , par le père commun des fidèles.
a Tout nous annonce donc la perte de la foi^ la désolation du sacerdoce; et la fin du règne du Seigneur est certaine pour ce pays, si Vos Seigneuries ont moins d'ardeur et moins de force pour la défense des droits de l'épiscopat que pour le maintien de la liberté civile.
(c Vous ne les perdrez point de vue , MesseigneurS) ces droits sacrés : ce sont les principaux de nos constitutions , notre monarque a juré de les garder, vous en êtes les défenseurs ; c'en est assez pour nous convaincre du rétablissement prochain du séminiaire et du rappel des théologiens dispersés. »
Au séminaire filial de Luxembourg, on enseignait une doctrine no^ .moins scandaleusement impie qu'à Louvain. Le pieux et savant abbé J. J. Havelange,^ui,
PROTESTATION DS8 ALÈYBS. 107
depuis quatorze ans j enseignait avQc honneur la dogmatique au séminaire épiscopal, ne put plus longtemps soofTrir ea silence ca scandale ; il s'en plaignit fortement, dans une représentation (1) en date du 10 mai, à IX* AA. RR. les gouverneurs généraux des Pays- Bas autrichiens, et leur envoya, dans le cas auquel sa représentation ne recevrait pas un accueil favorable, sa démission, qui fut acceptée sur-le-champi.
Los élèves de ce séminaire démasquèrent également, en termes aussi touchants que forts, les' tendances perfides de ces docteurs de Tincrédulité, et demandèrent, dans leur représentation adressée à ces mêmes AA. &R. le 10 juin, qu'ils fussent déposés, et qu'on supprimât tous les livres hérétiques et suspects qui avaient été introduits dans cet instituX. Ils déclaraient, en OQtre, que si l'on refusait de satisfaire promptement à leur juste demande , ils suivraient bientôt l'exemple des séminaristes de Louvain , et ne tarderaient pa3 à quitter, tous, le séminaire de Luxembourg (2).
Le haut clergé et les États joignirent leurs représentations à celles de ces jeunes théologiens. Ce fut le dergé du diocèse de Bruges qui fit le premier pas décisif en cette circonstance, en protestant solennellement, dans son assembléa du 22 mai, contre toutes les ordonnances émanées de l'empereur depuis sou avènement au trône jusqu'à ce jour, au préjudice des droits de l'Église et de l'épiscopat; ce fut lui qui engagea les états de Flandre (3) à appuyer, par tous les
(1) Ree. II, p. 214-228.
(2) Rec. IV, p. 178-184; Vœu, p. 77-85.
(3) Rec. III, p. 71-80 ; Vœu, p. 85-90,
i08 MOnSTATlON DES ÉTATS.
moyens dont ils pouvaieht disposer, ledr légitime désir auprès de Sa Majesté.
Les députés d'Audenaar se prononcèrent avec une égale franchise , dans l'assemblée des étals de Flandre, le 2? mai, contre les innovations malheureuses que Joseph II, aveugle conduit par d'autres aveugles^ avait essayé d'introduire dans la constitution religieuse et politique de Belgique ; et ils conjurèrent l'empereur d'abandonner ses déplorables tentatives. Ils lui rappelèrent, en cette circonstance , le serment solennel qu'il avait prêté pour le maintien de ces droits sacrés toujours si chers aux cœurs des Belges, et qui avaient été de nouveau et tant de fois confirmés depuis que ceux-ci avaient eu le bonheur de passer sous la domination autrichienne.
Des réformes politiques passant aux réformes religieuses, ces dignes représentants s'exprimaient ainsi, dans un mémoire adressé à LL. AA. RR. (i): ce Reste à nous occuper, disent-ils, des précieux devoirs que nous ^ devons à la religion, à cette sainte mère, dans le sein de laquelle et S. M. et VV. AA. RR. ont le bonheur inappréciable d'avoir été nés et élevés. Nous voyons nos évêques, nos chefs d'ordres, nos curés, alarmés, abattus, consternés) l'archevêque appelé à trois cents lieues de son diocèse, pour rendre, à ce que l'on croit (car tout est mystère), raison de sa conduite; lui en qui les Pays-Bas révèrent un prélat aussi distingué par ses mœurs que par sa piété. Et notre évêque, non moins exemplaire et recommandable par sa fermeté apostolique, a été menacé d'exil, et
(1) Rec. rv, p. 71 s.
des chefs d*ordre3 ont été arbitrairement relégués sans procès^ sans sentence. Quelle en est la cause? Hélas! le séminaire général que l'on construit à Louvain, et la doctrine que l'on y enseigne; doctrine qui déjà se répand sur les principes de notre législ^ttion ; doctrine enfin que tout le clergé des Pays-Bas réprouve, que cette université célèbre n'a jamais enseignée^ et que le clergé de France, qui n'est pas, reconnu pour ultramontain, n'admet pas pour la sienne. Quelle est donc la voix: que le peuple, que les États, que VV. A A. RR.,que S. M. elle-même, pqisaent suivre en qualité d'ouailles, si ce n'est pas celle de leur pasteur? Ne pourrait-on pas, sérénissimes princes, demander à ceux qui sont Imposés pour rintroduction de ces nouvelles maximes, de qui ils tiennent leur mission ? De Tempereur, répondront-ils, qui a seul le droit d'édicter en fait de discipline ; et dans tout ce que nous v faisons il n'est question que de celle-là ; on n'entend pas toujours au dogme, qui est invariable. Mais, avant de recevoir leur mission de S. M. , lui ont-ils dit que ce principe, qui range, sous ce rapport exclusif de la puissance civile, la discipline, le culte et la liturgie, est un principe. nouveau, inconnu aux prédécesseurs de S. M., souverains de ces provinces ; que ceux-ci, au lieu d'édicter sur ces matières, reconnurent qu'elles étaient du ressort de l'Église, comme on peut le voir par les actes d'homologation de nos synodes provinciaux? Ces assemblées ecclésiastiques réglaient, motivaient et décrétaient ces ordonnances; et nos princes, à l'exemple de Charlemagne , n'y concour faient que pour tant mieux pouvoir mettre en exécution iceux décrets. Voilà la vraie borne que nos
110 PROTESTÂttON DES ÉTATS.
princes ont gardée entre le sacei^doce et Tempire; lis reconnurent qne l'Église seole a le pouvoir de statuer dans les matières disciplinaires, et que le souverain, comme protecteur, y ajoutele pouvoir de contraindre. L'Église n'a que des peines spirituelles à infliger; si on les méprise, le souverain vole à son secours, et par le pouvoir coactif, qui appartient à lui seul, il fait respecter les lois de sa sainte mère. Quelle différence de cfeci à ce qui se passe tous les jours sous nos yeux! Le clergé n^est pas seulement consulté^ mais il réclame contre les innovations^ comme dangereuses et tendantes au schisme; pas moins s'exécute, et puisque Ton ne peut pas vaincre la fermeté du clergé, que Ton ne peut pas lui faire adopter ces nouvelles maximes, Toii décrie ses mœurs et sa science, tandis qu'il peut passw à ces deux égards, comme à bien d'autres, pour le modèle de toute l'Église ; l'on supprime toutes les leçons de la théologie, tant dans les séminaires particuliers que dans les couvents ; Ton concentre tous les jeunes élèves dans un même séminaire, et l'on commence par leur enseigner une doctrine qu'ils refusent d'adoptc»*, et que les plus savants théologiens réprouvent. A-t-on dit à VV. ÀA. RR., a-t-on dit à S. M. que dans les autres réformes et dans les autres démarches qui se font sans lé concours et sans l'autorité des évêques, sous prétexte de rendre la discipline plus pure, laquelle, par sa fia, tient aux dogmes et au culte de la religion, a-t- on dit qae ces réformes et ces démarches ont tant d'analogie avec celles que l'on a vu employer, passé deux siècles, pour établir la doctrine d'une secte ennemie de nos autels? «t Assurément on n'a rien fait connaître de tout cela. L'empereur et VV. AA. RR., qui ne veulent qu'ajoa-
PROTESTATION DES ÉTATS. iH
ter da Instre à la religioû héréditaire dans la maison d'Autriche, n'auraient jamais voula donner les mains à Texécution d'un système que le clergé regarde comme destructif de la religion de nos pères ; et cependant tout y* concourt de plus en plus : l'humiliation de Tu- Diversité de Louvain, une des plus célèbres du monde^ et un des boulevards de la foi; l'anéantissement virtuel dn pouvoir des évêques, et le projet d'une nouvelle distribution des paroisses, lesquelles devront être pourvaes de sujets imbus des nouveaux principes.
«Sérénissimes princes, quel calme heureux ne verrezvous pas renaître dans ces provinces alarmées, si l'on permet aux évêques d'exercer l'autorité qui leur côm- (ète, avec la liberté qu'ils exerçaient sous le glorieux ligne de votre auguste mère ! »
Les magistrats de Bruges parlèrent à ladite assem^- Uée dans le même sens.
Les vénérables membres de l'université de Louvain (1), qui avaient été expulsés par ces nouveaux venus, élevèrent aussi une voix courageuse, et présentèrent aux états de Brabant, le 24 mai, un important mémoire, où ils démasquent avec autant de zèle que d'éloquence la perverse doctrine de ces hommes. Les magistrats et le clergé de la West-Flandre s'associèrent à eux, etenvoyèrent directement, les 2 et S juin, de semblables mémoires à l'empereur. Ils protestent solennellement contre tous les empiétements qui avaient été faits en son nom contre l'Église, les pieux usages des fidèles, l'immunité ecclésiastique, les fondations religieuses; et demandent que tout soit remis sur l'ancien
pied, comme sous le règne de l'impératrice Marie- Thérèse; mais surtout ils réclament l'immédiat rétablissement des séminaires épisçopaux : « Daignez (1), Sire, » c'est ainsi que le. rapport se termine, « accueillir avec bonté nos très-humbles représentations : que y. M. ne consulte que sa religion et sa justice; et nous sommes persuadés que bientôt nous verrons renaître l'ordre Qt la décence dans les affaires ecclésiastiques. Il est r^ervé à votre sagesse de remettre la joie et la tranquillité dans le cœur de vos fidèles Flamands; nous Tattendons d'un roi juste et bienfaisant^ et nous espérons que la postérité verra, avec reconnaissance, que Joseph II, héritier des vertus de Marie- Thérèse, a réparé lui-même les torts qu'on nous avait faits sous son nom, et essuyé les larmes de l'Église belgique éplorée. »
Les États réunis de Brabant et de Flandre, encouragés par la nation, prirent aussi la parole pour la défense des droits de l'Église et du clergé , et demandèrent d'une voix unanime , dans leurs représentations des 5 et 6 juin, la dissolution du séminaire général, et le rétablissement des séminaires épisçopaux et de l'université de Lguyain. Ils renouvelèrent ces mêmes représentations, en termes plus énergiques encore, le 22 juin de la même année. Les états de Luxembourg firept, le 15, une semblable démarche, qui fut suivie de celle que tentèrent à leur tour^ le 23 juin, les états du Hainaut.
Le vénérable chapitre métropolitain de Malines présenta pareillement le 22 juin, à LL. AÂ. RR., unmé-
(i) Rec. IV, p. 191.