AUX ÉTATS DE BRABANT
même où l'onvrage âe consommait , a renversé d^un 80Q£Qe tous les agents de Tiniquité.
«Que pensera la postérité de la génération actuelle, de la chute qu'ont faite parmi les nations d'Europe les lois et les sentiments de rhonneur, quand elle saura que les envoyés de deux grands rois et 6elui d'une puissante république ont essuyé, sans aucune réclamation, la sanglante insulte faite, dans la personne du premier ambassadeur du monde chrétien , à tous les représentants de la puissance souveraine , sans que ni la violation du droit des gens , ni le respect dû au trône, ni l'évidence de l'injustice, ni Tabus du pouvoir, ni les terribles conséquences qui en résultent pour tous les envoyés publics , aient provoqué de leur part une démarche que leurs propres dignité et sûreté rendaient indispensable ? Laissons-les attendre en toute patience qu'un chiffon de papier les congédie l'un après Tautre, et que quelque aventurier, arrivant du fond de la Germanie pour dominer dans ces provinces, trouve bon de leur signifier de se retirer dans huit jours. Mais nous, ô patriotes belgiques ! qu'animent la liberté et ]a justice , après avoir condamné ^ tant d'iniquités , raSf semblé tant de ruines , réparé tant de dégâts , accueilli tant de plaintes, essuyé tant de larmes , répandu partout la consolation et la vie, n'arrêtons pas la vigueur qui agit sur la chose publique, sans que l'envoyé du pontife ail repris sa place parmi nous, sansque la tache de son départ soit effacée des annales de notre auguste souverain. FusBons-nous sourds aux cris de la justice , de la décence et de l'honneur , .ponrrionsnous regarder avec froideur la. dignité d'ambassadeur violée au milieu de nous? Eussions-nous oublié les qua-
lités personneUes dç Thomme respectable qui, w peu de temps, sut si'attacher tous les coeurs , qh arche- ,vôque pers^uté, uu noace apostolique, un envoyé du père commun des chrétiens ne peut nous être îndiffi^-f jent» Tout ^t si catholique autour de nous, que les pierres réclameraient contre notre lâcheté et , contre une espèce, d'apostasie politique qui n^est pas dans notre cceur^ Invité, lors de sa disgrâce, à s'étabUr dans une république qui, par les honneurs qu'elle lui prépa* rait, voulait effacer ses anciens torts envers Rome , cet homme, digne de nos respects et de nos r^rets, a préféré : de s'arrêter sur les frontières de cet État, con« vaincu qu'une injustice aussi violente ne pouvait étra longue chez les Belges. C'est là que nous appellent la voix de la nation, la voix de toutes les nations de l'Earope, pour réparer le scandale dç cet exil incroyable, par l'éclat et la magnificence du retour, d
Cette noble et décisive union du clergé et de la na« tion ne contribua pas peuii intimider le gouvernement et à lui inspirer de sérieuses alarmes. Les habitants de Louvain , et même ceux de Bruxelles, menaçaient d^'i de reconquérir par la voie des armes les droits de leur religion outragée. Ce fut alors que, pour calmer l'effervescençe des. esprits, LL. AA. RR« annoncèrent le 28 juin , aux états de Brabant , la ^résolution <iq -ils avaient prise d'employer leur médiation auprès de Tempereur, afin qu'à l'avenir nulle innovation n'eût plus lieu en matière de religion , et que l'on réparât le mal fiait par celles qui déjà avaient été tentées. Et, ea attendant , pour les convaincre de la sincérité de leurs promesses et du désir qu'ils avaient de voir enfin mettre un terme à cette lutte religieuse , ces mêmes priooes
DU GQUVPIINipMENT. ^\^
fi^rents CQUégQs qui avaieqt été ^qppripiés ^ f^Qnvfûi^, m»\ qu'à œu:; de$ divçr^ séminaires épiscopavi, , dfl reprendre leurs première^ fQqqtions { qq oopç^K 4s iq^Q SiU% ^ncîeqs professeurs (le Tuniversité de Lauy^iq t qui avaieqt été chassés par l^ théQlpgieqs exQs tiques ^t iqerédules , de rouvrir \wv^ cpurs coi^fQriqé-s went à Kancien u^agp« Toutes les ^qtres leçons 46vi(iQq| âtre suspendues provisoirement jusqu'à ee que l'ew pereqr se fût entendu avec la nation; on arrêta méiue les poqstructioqs qui avaient lieu dans l'établ)ssem$int du séminaire général; et enfin oq promit d^ donner de BOnyeau aux évéques les pouvoirs nécessaires pour fAppîr imqiédiatemeqt toug les ancien^ élèves dans }eqr8 sôminaires diocésains (1).
Cette sage mesqre produisit partout la plus favorable inipressiqui et personne n'en éproqva une joie plu^ vive que les professeurs , le recteur et le sénat do l'aq- (âenne université de Louvain. Ce^ nobles défenseurs de la foi annoncèroqt de suite , dans un remarquable programme en date du 2 juillet (2)^ la réouverture de leuf^ cours y et invitèrent leurs élèves à y intervenir en grand nombre. .
Joseph II lui-même sembla commencer à conipren-* dre qu'il était temps de satisfaire aux justes dé3irs des 9elges. Il invita , le 6 juillet , les états à lui envoyer, à Vienne, une députation d^hommes qui fussent entière^ ment digqes de leur confiance , afin qu'il put se concerter aveQ eux sur }ç3 moyens Igs plus propres à ar^
(1) Ree. T, p. 94; Ym^ p. M9.
(2) Rec. V, p. 3^.
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river à la pacification politique et religieuse de leur province. LL. AA« RR. reçurent , en mémo temps, ordre de venir assister aux conférences qui devaient avoir lieu à cet effet dans la capitale.
Les députés arrivèrent à Vienne le 12 août, et forent reçus par Fempereur et le grand chancelier de Tempire y le princie de Kaunitz, de la manière la plus bienveillante. On leur fit les plus belles promesses. Ces hoïnmes respectables, remplis de joie, quittèrent Vienne, rapportant aux états de Filandre Tespérance que l'empereur leur avait donnée de voir bientôt , conformément aux désirs des évéques , le plan dû séminaire général entièrement changé ; ils reprirent ainsi pleins de satisfaction leur route vers lëtir patrie, le 25 du même mois.
Mais les implacables ennemis de la religionà Vienne et à Bruxelles tentèrent de nouveaux efforts pour faire changer de sentiments à l'empereur. Craignant, et non sans raison , que, par cette concession, leur institut ne vint à tomber aussi dans les autres provinces de Tempire, et qu'ils ne se vissent ainsi déçus danâ leurâ és^ pérànces d'arborer sur les ruines du christianisme le drapeau de l'incrédulité, ils firent entendre au prince, avec aiutant d'habileté que de malice , qiie l'honneur de la majesté impériale souffrirait grandement , non-senlement aux yeux de ses provinces , mais encoW à la face de toute l'Europe , s'il consentait à condescendre ainsi aux désirs importuns d'un peuple aveuglé par la superstition ncm moins que par le fanatisme , et à renoncer à l'établissement du séminaire général , établissement qui , disaient-ils , serait la pks belle et la plus remarquable institution de son règne.
DES CONCESSIONS. i21
' Les inuminés dé Louvain et de Broxelles lavaient déjà ptévenu ceux de Vienne , et su obtenir du comte de Murray (qui avait succédé au comte de Belgiojoso en qualité de ministre plénipotentiaire) qu'il retirât et annulât jusqu'à un certain point les concessions qu^avaient accordées , le 28 juin, LL. AA. RR. aux états de Brabant. Joseph II ^ dans une dépêche datée de Vienne le 16 août, chargea ce ministre de faire entendre aux Belges que, malgré qu'il ne fût aucunement éloigné dé tenir aux promesses qu'il avait faites à leurs députés, il ne pouvait cependant y satisfaire avant qu'on eût fait disparaître jusqu'à la dernière trace de toutes leô violences qu'on s'était permises contre sa personne et contre son autorité depuis le 1*** avrif de cette année jusqu'à ce jour ; et qu'en conséquence , toutes les affaires ecclésiastiques devaient rétrograder au point où elles se trouvaient le 1*"^ avril.
On comprend sans peine toute la malice de la trame ourdie par ces mauvais prêtres contre l'em'pereur et contre la nation belge. C'était au mois d'avril que la nation et le clergé avaient sérieusement élevé la voix pour protester contre les violences sans nom faites à la religion et à l'Église. Toutes leurs nobles et fermes représentations étaient donc donsidérées par la dé^ pêche comme autant d^attentats de lèse-majesté. Il n'en faut pas davantage pour se convaincre que cette dépêche était l'œuvre de ces ecclésiastiques impies ; car après les assurances formelles que Joseph II avait données aux députés de la province de Belgique, ce prince n'était pas homme à se jouer ainsi à la face du monde de sa parole et de ses promesses. Les Belges pénétrèrent bien la trahison dont on voulait les rendre victi-
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mes ainsi qm Famperour lui-mâma; il^ protestèrent bautement, \q 38 août, par l'organei dei; étatii d^ Bri^*bant , contre 1q maintien du séminaire général i cléela* rant nettement, en même temp^ , que jamais ils nç m prêteraient plus, ni directement ni indirectement, è la moindre action qui pût porter préjudice à Jenra intérêt» religieux , et $e réservant le droit de renouveler , w cas de besoin i l^urs représentations av@c la mèm^ Y iguenr qu'ils l'avaient fait jusqu'alors,
Le gouvernement, qui subissait stupidement. Tin^ fluencede ces apôtres de l'incrédulité i garda le pins profond silence sur cet acte si solennel de la nation* Alors les états de Brabant, justement indignés d'une conduite aussi vile et aussi lâche, adressèrent do Bruxelles , dans leur assemblée générale du 20 septembre, aux états de@ autres provinces, une invitation énergique de s'opposer de toutes leurs forces à l'établissement du séminaire général , et de demander sa suppression à l'empereur comme une condition indispensable de la pacification politique et religieuse de la province.
De son côté , le peuple appuyait les paroles de ses représentants. Tout Bruxelles était squs les armes ; plus de cinquante mille hommes de la campagne et des villes voisines étaient accourus à leur aide, Murray reconnut alors le danger prochain qui le menaçait , et la nécessité de le prévenir. Il ordonna dans un même jour à la nouvelle faculté théologique de Louvai^, qui, contre l'usage, et au mépris des résistances de la nation , voulait ouvrir les cours du séminaire général dès le l®*" octobre, de proroger cette ouverture jusqu'au
1®' novembre suivant. Et comme cette mesuré na»'-
jMdt pas wcora suffisamment le penple , i) pi]^Ua , au nom dô Tempereur, le matin du jour suivant, ime or-* donnancQ qqi contenait en substance que les constitutions , privilèges, principes et libertés , ainsi que la Jo/euse entrée , étaient et devaient demeurer iutaots en matière ecclésiastique et civile t conformément à Tacte d'inauguration de Sa Majesté,
Quani^à la violation de la Joyeuse entrée^ qui avai^eu lieu antérieurement j il statuait qu'on s'entendrait avec les états , ainsi qu'on Taveit demandé ; qu'en consé^ quence, toutes les représentations faites à ce sujet seraient accueillies, et que Sa Majesté prendrait les mesures nécessaires qui lui seront suggérées pai\ son équité, sa justice I et par les. lois fondamentales de ces pro** vinces.
Cette prudente disposition , quoiqu'elle fût arrachée par des circonstances impér jeused , ne contribua pas peu à calmer les esprits et k dissiper l'orage qui s'était élevé avec tant de violence contre Joseph II et contre son gouvernement. La confiance en l'empereur com<mença à renaître en Belgique, et les Belges lui témoignèrent la plus vive reconnaissance pour les concessions qu'il leur avait faites, en rassurant de leur fidélité et de leur sincère attachement. Us le prièrent en même temps de consentir, comme gage d'une sincère réconciliation religieuse et politique, au retour de LL* AA. {IR«, qui étaient encore retenues à Vienne .^
On ne peut lirç sans une émotion profonde et sans éprouver une juste admiration pour ce noble peuple réimpression de ses sentiments (1), manifestés parles
* (4 B€c. IX, p. 154.