‹ Jean Henri comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines ... et sa lutte pour la libertéChapitre 42 sur 58 · III. Cà$ de conscience · texte numérisé non relu

III. Cà$ de conscience

1^ Un métropolitain, avec ses suffragants, transfère un de ceux-ci à un siège vacant dans sa province , contre la volonté du pontife romain. On demande s-ils ont un pouvoir suffisant pour opérer cette translation?

2^ Un évéque, pouvant facilement recourir au pontife romain, absout, sans la permission express^ du saint-siége, un de ses diocésains d'un cas public et réservé au pontife de Rome, et le dispense d'un empêchement de consanguinité au second degré, pour qu'il puisse contracter mariage ; l'évéque agit ainsi , appuyé sur des motifs qu'il sait avec certitude devoir être trouvés suffisants. à Rome, si la dispense y était demandée. On demande s'il agit validementen ces deux

cas, ea admettant qu'il n'y ait pas de nécessité, et qua ni cet évéqne ni ses prédécesseurs n'eussent eu la coutume d'en agir ainsi ?

(jLe28aTril.)

1° Le pouvoir de porter dès lois disciplinaires, qui obligent en conscience, compèle-t-il, de droit divin, aux pasteurs de l'Église , sans qu'ils aient besoin que le pouvoir civil les sanctionne par son autorité ?

2® L'Église peut-elle imposer aux fidèles l'obligation de conscience d'adhérer intérieurement à ses décisions au sujet d'un fait dogmatique; v. g. au sujet du sens d'un livre quelconque, et exiger un serment pour confirmer cette adhésion intérieure?

3® Que doit-on penser de la bulle Unigenitus^ et de ceux qui appellent de cette constitution au futur concile général ? ,

Le même jour , le cardinal fit à ces professeurs les questions suivantes, au sujet des livres classiques dont ils se servaient dans leur enseignement :

i° Avéz-vous des livres qui soient ou aient été prescrits à vos disciples , et quels sont-ils ?

2® Indiquez-moi les livres classiques dont vous et vos élèves vous vous servez, ou dont vous vous êtes servis, en spécifiant le nom des auteurs, le lieu et l'aH" née de l'édition , et le nombre des volumes.

3° Dans vos cours , enseignez-vous la doctrine contenue dans les livres susdits, sans y rien ajouter ni retrancher quant au nombre des questions, à l'ordre et à la méthode qui s'y trouvent?

Jt"^ Combien de temps mettez- vous à compléter l'explicatioB entière des livres classiques susdits ?

242 EXiMfiN Fait far

^ tes professeurs envoyèrent^ le l*' mai/ leurs réponses auy dernières questions du cardinal;, et celoi-ci s'en retourna aussitôt à Malines pour les examiner avec soin, et rédiger d'après ces réponses la déclaration officielle au sujet de l'orthodoxie de renseignement tbéologique de Louvain.

Les questions qu'il avait posées ne pouvaient en vérité être mieux choisies pour venip à bout de découvrir les perfides sentiments des professeurs an sujet da gallicanisme, du jansénisme et du fébronianisme , et de démasquer ainsi leur profonde incrédulité et lemépria^ qu'ils professaient pour l'Eglise. II paraît que om messieurs ne furent pas peu tourmentés parles remords de leur conscience, et qu'ils sentirent la honte dont «liait les couvrir l'examen sérieux de leurs réponses. Craignant que le cardinal n'eût la pensée de rendre sa déclaration publique, ils s'efforcèrent de l'en empé* oher, comprenant que cette mesure; les démasquerait pour jamais, et les livrerait au mépris universel âa monde chrétien. Ils se mirent donc à couvert sous raatorité du ministre, en le rendant ainsi l'instrument et l'exécuteur de leurs projets. ïrauttmansdorff, daus uoe lettre autographe et presque insultante, en date (iu 8 mai, défendit en conséquence au cardinal, au qomde l'enipereur (sans pourtant y avoir été autorisé par celui-ci ) , de laisser transpirer la moindre chose de |a marche de son examen de la doctrine da Louvain ; mais il lui enjoignit au contraire , quand il aurait terminé sa déclaration, de la lui envoyer directenoent à lui seul, afin qu'il pût la communiquer aussitôt à l'empereur.

Pendant ce temps-là , la lut(e admirable de l'épiscopat de Belgique contre l'école corruptrice de Loa-

vaiD, ainsi quô pour la défense de la liberté et da la pureté de l'enseignement catholique, excitait enfla Fattention des évéques dans les États héréditaires de rempereur d'Autriche, et fit sortir les meilleurs d'entre eux de leur sommeil de mort. Ils commeneèrent à sen* lir les cliaines honteuses dont ils s'étaient laissé charger, et, impuissants à les rompre, ils voulurent au moins alléger leur douleur en déplorant leur esclavage cjans des plaintes touchantes , et en répandant leurs larmes sur la dévastation du sanctuaire, ainsi que sur la décadence toujours croissante des mœurs,, de la piété et de la foi parmi le peuple et même parmi le clergé de leur patrie.

Quatre illustres princes de TEglise furent ceux qui redressèrent le plus fièrement leur tête devant Timpiété du siècle, et qui opposèrent avec le plus d'énergie leur poitrine aux envahissements du pouvoir; mais leur noble voix fut impuissante à dominer celle du nombre immense de ces hommes , traîtres à rÉglise'et à la religion , qui pullulaient alors parmi le clergé lui-même , non- moins que dans toutes lès autres classes de la sooiété. Ces grands homme», dont la postérité prononcera toujours les noms avec reconnaissance et respect , étaient le cardinal Migazzi , archevêque de Vienne ; le prince Ësterhazy, évéque d'Âgram en Hongrie, prélat dpué de vertus vraiment apostoliques; le comte d'Etling, arpbevéque deGoërtz en Frioul, tous trois élèves du collège germanique de Rome; et enfin l'illustre cardinal Bathyani , archevêque de Gran et primat de H(migrie , un des plus savants et des plus courageux défenseurs de la liberté de l'Église , le seul homme dont eussent peur Joseph 11 , ses conseillers et aes minii^tres,

et que malheureusement la mort ravit trop tôt à l'Église et à la patrie.

Un de ces vénérables prélats, probablement Migazzi, cardinal archevêque de Vienne , exprima au cardinal de Frankenberg, en paroles touchantes , sa douleur au sujet du dépérissement des sciences théologîqnes en Autriche , et de la méthode suivie dans l'éducation des futurs ministres du sanctuaire dans les séminaires généraux de l'empire. Rempli de Tadmiration que lui avait inspirée la conduite du cardinal et de ses collègues les autres évéques de Belgique, il les conjurait de persévérer courageusement dans leur sainte lutte , et de combattre jusqu'à la fin pour l'honneur de la religion et pour le bien de TÉglise j espérant que leur e:xemple exciterait , encouragerait et animerait à marcher dans la même voie Tépiscopat d'Autriche , plongé dans la torpeur et dans la crainte, par les séductions et les menaces du gouvernement. Voici cette pièce remarquable (1) :

« D'après les nouvelles de l'opposition pleine de fermeté des évêques des Pays-Bas contre l'établissement du séminaire général , et la nécessité actuelle où ils se trouvent de justifier <îette opposition pour des motifs suffisants, je me sens pressé, pour Tamour delà religion et pour sa conservation dans ce pays, de prendre la liberté d'adresser à Votre Éminence ces renseignements. Je suis forcé de garder l'anonyme tant sur mon nom que sur mon état, parce que, d'une part, ma lettre pouvant être interceptée , cette découverte me deviendrait funeste, et que d'ailleurs cet aveu eslinu-

(1) Rec* XIII, p. 193-197.

 FRANKENBERG. 245

tile à mon but, vu que je puis me flatter de donner instruction à ma d^nande et d'inspirer de la confiance dans mes dispositions , à raison que j'indique des sources où Votre Grandeur pourra puiser la vérité de ce que j'avance.

a II est certain, d'après les informations prises^ que, dans les séminaires généraux, la religion et les mœurs sont absolument sapées, et que les erreurs les plus pernicieuses y sont non-seulement favorisées , selon le plus ou le moins de dispositions des élèves, mais enseignées même ouvertement. Cela se trouve manifestement vrai à Vienne, Presbourg, Lember^, Prague, Gratz j Fribourg et Inspruck. Je vais citer quelquesunes des propositions qui, dans la plupart de ces endroits, sont formellement enseignées , ou pour le moins accréditées.

al. L'infaillibilité de l'Église n'est crue que par un petit nombre de faibles; elle est douteuse.

tf 2% Le concile de Trente a fait plusieurs dogmes que les théologiens contestent maintenant, qui né sont pas puisés dans l'antiquité. Le concile n'est pas infail- Hble.

« 3. On ne saurait prouver que la confession sent dMnstitution divine.

« 4. L'Église n'a point de pouvoir législatif; du moins ses lois n'acquièrent de force obligatpire que pour autant qu'elles ont obtenu la sanction du souverain.

« 5. L'Église n'a pas le pouvoir d'établir des empêchements de mariage.

ce 6. Le célibat n'est pas plus parfait que l'état du mariage.

A FRAKRBNBRRG. S47

^les ÉM'S d'yéu/riche^ se prcsente^t-il si peu th ikdaUpourle sacerdoce ? écrii d'un bon caiholique, )Bi pourra donner beaucoup de lumières. 4"^ Que Ton tUète le régime de ces séminaires généraux, et iWta qu'ils sont entièrement soustraits à la surlu^ des évéquesy et que les directeurs de ces lissements modernes, institués par la puissance •i- d'après les principes dominants, ne sont plus ndants de la juridiction épiscopale dans le but pritdeces instituts. On verra que, dans les bibliothô* de ces maisons , il se trouve une multitude d'aui^protestants , et qu'ils y sont les plus accrédités ; exemple ; Bahrt, connu suiBsamment. Yillaumo a lé entre autres : Philothei^ ou Eléments de la rcfipour les enfants. Il a fait non-seulement l'apoi des différentes erreurs ^ mais il va jusqu'à anéanreligion naturelle; car il dit : «c Dieu est trop grand . que nous puissions Thonorer. Avant l'âge do on douze ans, un enfant ne doit point entendre oncer le nom de Dieu. On ne doit point prier Dieu. €St l'auteur de tout mal j même du mal moral. moue n'a point de libre arbitre, etc. » Ce livre^ avec ires qui ne valent guère mieux^ est principalement nmandé aux maîtres et aux catéchistes des écoles lales; il est prescrit et prôné par les professeurs âlèves du séminaire général de Vienne, où il a été imé*. 5^ Que l'on fasse attention aux livres qui priment à Fribpurg, Vienne; etc., sans obstacle . part de la censure. 6^ Que l'on fasse attention aux ripes qui dominent dans les livres ^ règlements, 38, etc., et à rimpression qui en reste dans ceux )iil été instruits dans les séminaires généraux.

<f Si Votre Éminence entreprend Texamen de renseignement de Louvain; elle n^aura pas encore atteint le but proposé ; car, 1^ le venin ne se répand pas^ans lés chaires^ mais il sMnsinue dans les répétitions, examens y conférences familières. 2^ Supposé même jqne les mattres et professeurs se soumissent à un examen rigoureux, connaissant trop bien ce qui est orthodoxe, ils sauraient fort bien éviter les propositions trop oavertement choquantes, comme l'expérience l'a prouvé dans la conduite de plus d'un élève lors de l'examen subi devant l'évêque, avant de prendre les ordres. De là il s'ensuit, 3*^ que si jamais Votre Éminence se laissait entraîner à consentir au séminaire général , aux dépens des mœurs de ses élèves, elle n'évitera jamais, quelque vigueur qu'elle mette dans l'examen , d'ordonner bieù des sujets indignes. 4^ Si Votre Éminence cède présentement, elle aura d'autant moins de prise plus tard sur ces directeurs , si puissamment soutenus; et s'il arrivait qu'un des candidats du sacerdoce trahit imprudemment ses mauvais principes dans l'examen devant l'évêque, celui-ci, en lui refusant les ordres, courrait risque d'être traduit en justice^ et autant de fois que le cas se renouvellerait. Quand Votre Éminence aura bien pesé ces réflexions , je la conjure par Jésus- Christ le souverain pontife, par la vocation del'Esprit- Saitit, qui a établi les évêques pour gouverner l'Église et conserver le dépôt de la foi dans son intégrité , de juger s'il est possible de consentir à l'établissement du séminaire général ; si l'Église ne doit pas plutôt s'y opposer sans ménagement, sans se laisser intimider par aucune oppression ni violence , à l'exemple des Ambroise, des Athanase, des Chrysostorae, dés Martin, et de tant d'autres saints pasteurs.

À FRANKENBËKG. 249

«r A quoi bon ces séminaires généraux ^ là surtout où il s'en trouve déjà d'établis selon les lois et sous la direction de l'Église^ et selon que Texige la nature des choses? Je ne crains point de me tromper en avançant que les yeux de plusieurs évêques de TAutriche sont fixés sur ceux des Pays-Bas. Ils n'ont pas manqué non plus dé faire des démarches pour le soutien de la religîon; il y a même un espoir fondé que l'évidence manifeste du danger imminent qu'elle court leur fera prendre des mesures plus efficaces pour y obvier.

« Mais la divine Providence a spécialement réservé à Votr^ Éminence et aux évêques des Pays-Bas de prévoir de plus loin le danger , et de joindre l'héroïsme de la fermeté à la sagacité de la prévoyance- Votre illustre exemple , Monseigneur, et cette constance inébranlable, au-dessus de toute crainte humaine, qui fait Tespoir de toute TÉglise, animera encore le zèle d^autres pasteurs pour s'opposer aux entreprises aussi illégales que funestes, et aux dispositions les pluâ destructives, qu^une ligue puissante a fait adopter àTautorité civile, au détriment du sacerdoce et de la croyance catholique. »

La lutte désespérée ponr maintenir les séminaires généraux fut indubitablement l'œuvre de ces misérables prêtres et des illuminés qui s'étaient ligués ensemble contre l'Église et le trône, plutôt que celle dô l'empereur; il semble même que celui-ci voulait rétrograder dans cette voie, comme le démontre unie lettre de Vienne adressée probablement par le même cardinal Migazzi au cardinal de Frankenberg^ vers le commencement de mai : « On dit ici, » c'est ainsi que s'exprime l'auteur de la lettre, « que les réclamations

SUi(> DÉCLARATION

des évéques^ des états^ du clergé .et des jeun^ théologiens contre les séminaires généraux^ au lieu d'irriter Terapereiir^ ont plutôt fait une boûxiB impression sur son esprit et ont éclairé sa justice, de aorte que ces instituts commencent déyà à lui devenir suspects; et il pourrait facilement arriver qu'avant peu de temps nous vissions leur totale suppression, non-seulement dans. les Pays-Bas^ mais aussi dans les autres provinces de ses États héréditaires. ^

Ces deux lettres y qui circulèrent d'abord manujh crites et sous main, furent livrées à la publicité dans le courant du mois de mai ^ et insérées ensuite daoi presque tous les journaux de Belgique^ Messieurs de liOuvain poussèrent de grandes clameurs, criant à la trahison; et^ croyant savoir déjà entièrement démas^ qués par la publication de ces pièces , ils en demandèrent satisfaction. Feignant d'être animés d'un saint zèle pour les prérogatives du trône, et voulant^ sous ce masque , selon Tusage qui fut familier aux hérétiques de tous les âges, fouler plus librement S)ux pieds les droits de l'Église aussi bien que ceux du gouver* nement lui-même, ils prétendaient que Thonneur et la dignité de Sa Majesté étaient attaqués et violés de la manière la plus évidente, et que cette-audace méritait une sévère répression. Trauttmansdorff ne manqua pas de transmettre aussitôt ces plaintes à la cour de Vienne, et l'empereur ordonna immédiatement an cardinal , dans une lettre autographe du. 6 juin^ de lai envoyer, dans les vingt- quatre heures qui suivraient la réception de cette même lettre , sa déclaration au sujet de renseignement de Louvain, afin de pouvoir (c!est ainsi qu'il s'exprimait) calmer l'agitation du peu-

ple^ A peine Tratittmansdorff eutril reçu cette lettre^ qu'il appela aussitôt le cardinal à Bruxelles pour la lui remettre. Gelui*ci arriva dans cette ville le le., et s'en retourna immédiatement à Malines pour rédiger la réponse. Dès les six heures du matin, le jour sui-*yant, un courrier du cabinet s'était rendu près de lui pour la prendre ; elle était conçue en ces termes (1 ) :

a Jean -Henri de Frankenberg et de Schellendorff^ par la miséricorde de Dieu, cardinal-prétre de la sainte Église romsdne, archevêque de Malines, primat des l^ays-Bas, grand-rcroix de Tordre de Saint-Ëtienne roi de Hongrie, conseiller d'État intime actuel de Sa Msyesté Tempéreur et roi, etc., etc., etc.

(c A tous ceux qui les présentes liront ou entendront, salut en Notre-Seigpeur.

«Nous trouvant requis et pressé,. par Sa Majesté l'empejreur et roi, de lui déclarer dans la journée d'au- JQurd'hui le résultat de Texamen doctrinal que nous avons fait à Louvain , nous déclarons que, après avoir mûrement délibéré^ tant sur les réponses qui nous ont été données par les professeurs sur les questions que nous leur avions proposées , que sur les livres classiques, nous avons trouvé sur ces deux objets plusieurs chefs de répréhensibilité très-notables, de sorte que nous sommes forcé de regarder l'enseignemept de celte école comme non orthodoxe, comme nous le ferons constater par les détails et les preuves que nous ne tarderons pas d'en donner. Fait à Malines, le i6juiu

Dix jours après^ le cardinal avait terminé ce pénible

(!) RecXIV, p. 1.

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