‹ Jean Henri comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines ... et sa lutte pour la libertéChapitre 7 sur 58 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

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«issolatlOD^ (16 octobre 1786— 25 Janvier 1787.)

SOMMAIRE

9Vl9titi}(iûii fie la B^giqpe» ^pp^^ Joue^ fntréa, — JQ8|9Qh ^ annome (15 mars 1786 ) sa résolution (Tériger des séminaires généraux popr cet^ pfOTince; surprise générale a cette nouvelle. — Le cardinal (15 mars et 16 ipai) proteste^ coi)ime aussi (31 inai) l'év^ue d'Anvers, ainsi qu^ le hjiiit conseil de Flandre. — Ëdit impérial (16 octobre), au sujet des séminaires généraux de Loiivain et de Luitembourg. — Protestation du cardinal (11 ilovenlire) , des éviques 4'AnTers et^de Namur (16 novembre), e^ du conseil (^Flandre (17 novembre). — Réponse du ministre plénipotentiaire de Beli;iqae (25 novembre). «-^ On se hâte de terminer la construction du sémljMice de Louvaia. — Arrivite du rectpiir pt des autres supérieurs du sénoitnaire gép4r^'~^^'>^"'>î^|o'^ ecclésiastique; son esprit et ses attributions,.*-. Le Plat. — L«s gouverneurs généraux de Belgique, ef leur attitude vis à- vis 4e la comoàission ecblésia^ue. -r- Lm nouveaux professeurs de Louvain, et leur dqctrloe. — Ajlégresse des prot^stanf^ au sujet de o^ nominations. — L'abbé Stôger, de Vienne , incrédule et espèce de bouffon, deviient prçniier ncteur du séminaire général et doyen de la faculté de théologie. — Arrivée )}e$ séminaristes à Louvain (U novembr0), e| ouverture des coprs tt^f^qlogiques. — Sage mesure du cardinal et de Tévôque de jSand, déjouée par l'abbé stôger.'^ Le cardinal assiste à l'ouverture de ce cours ; mécontentement umyerseljipaisé par Ipi. —Doctrine ifupfe de l'^é Sfpger et de ^ cqllègiieg, et leur conduite scandaleuse à l'égard ^es élèvQs. — Esprit abominable des professeurs.— Indignation unanime et révolte des séminaristes, réprimée par la force armé^-- Fpite des séipinacistes (mi-janyier 1767), e| fennetiireda sémlpaire général..— plan des séminaires généraux, et esprit îmPÎQ dfyns lequel ils furent établis. : .

QuQiqoi^ Joseph jil , 6h pron^t eu main les râae3 h gQuvenieiQent des proyincps belges le 1.7 juiU§t n^l , eM jiaré splen^ellement à Bruxelies, en p^^gnce deiJsinatiop, jdiô cp^serv^f ijat^çts ^t, fte 4^%iire les

40 JOTBUSÈ KNTftÉR.

droits, privilèges et libertés de TÉglise et de la nation, il introduisait néanmoins par son édit, au mépris de son serment y dans cette n^me Église et dans la cons* titution politique de la province , les mêmes changements qu'il avait déjà introduits dans les autres États de l'Empire. Ce souverain oubliait ainsi que la Belgique était un État constitutionnel ayant ses lois et ses coutumes particulières. Dès l'époque où les Belges se trouvaient sous la domination des ducs de Bourgogne et de Brabant, ils s^étaient fait octroyer un grand nombre de franchises, qui, s'étant eneore augmentées par la suite des tefiips, avaient fini par devenir utie constitution large et régulière dans Tesprit du moyen ^e. ' Ces droits et libertés religieuses et politiques furent, dans la suite, singulièrement augmentés lorsque la Belgique passa , sous Charles Y, à l'Espagne d^abord , et ensuite à T Autriche; ils s^accrurent , enfin, au point de- former une constitution tout à fait indépendante. En vertu de cette charte , chaque nouveau souverain était obligé de prendre possession de cette province, soit en personne , soit par des gouverneurs généraux investis à cet effet de pleins^ pouvoirs , et de faire en cette pccasion un serment solennel par lequel il s'obligeait à maintenir intacts et confirmait de. nouveau tous les droits et privilèges , tant de l'Église que des diverses provinces. Ces droits furent insérés et énumérés dans une charte qui avait entièrement la nature dMqe constitution , et qui ( à raison de cette circonstance particulièrè que les souverains de Belgique , depuis l'extinction de la maison de Brabant , se trouvaient tous être étrangers à la Belgique , et obligés par couséqaaoït de venir en prendre possession lors de leur avènement)

JOTEUSB ENTRÉE. 41

rait reça lé nom de Lœtus ingressus ou Joyeuse en^ irée. Aucun souverain n'y pouvait faire nul changement sans Tassentiment des trois ordres du clergé ^ de la noblesse et de la bourgeoisie. Dans toutes les afâires importantes y le même assentiment était pareillement requis. Tous les décrets du gouvernement avaient besoin, avant d'avoir force de loi, d'être communiqués an haut conseil de Flandre, lequel le^ acceptait et les promulguait ensuite, s'il y avait lieu. Le gouvernement de ces provinces était, d'ailleurs, purement monarchique ; les Belges considéraient et vénéraient la Joyeuse entrée comme le palladium de leurs libertés , et elle leur rendit souvent, il est vrai , dans les cas de conflit avec le gouvernement impérial, de signalés ser- Woes.

Aucuns droits n'étaient spécifiés dans ta Joyeuse entrée avec plus de soin que ceux qui concernaient TÉglise. Cette circonstance démontre assurément , de la manière la plus évidente et la plus glorieuse, le grand attachement que les Belges ont toujours porté à la foi et à la religion de leurs pères. Ils se firent octroyer ces droits et privilèges de l'Église par Charles V et Philippe n, son fils, dans la crainte que, par la suite des temps, leur province ne vint à tomber entre les mains d'on souverain protestant. Et, en effet, nul n'ignore combien, depuis la réforme, les ducs d'Orange et de Nassau ambitionnaient le gouvernement de ces magnifiques provinces, et combien de fois elles furent le théâtre de sanglantes guerres de religion occasionnées par oe déplorable schisme.

Dqniis Charles V jusqu'à Joseph II , tous les souverains avaient considéré comme un devoir spécial d'aug-

4â JOJEUSE EKTBÉE.

monter ces privilèges ecclésiastiques , taqt ceax qui étaiept particuUeFs aux évéques, que ceux qui se rapr portaient à Tintégrité des droits de TÉglise et à l'adqiiil|stration de ses biens , des possessions des couvents, et autres pieuses fondations. Ils suivaient ea ce)^ aut^pt leur attachement réel à la reljgiopi que des motifs puisés (}^qs les inspirations d'uqe sage politique. Ce n'était que par cjs seul moyep qu'ils pouvaient se concilier efficacement TaffectiAn de ce noble peuple , si pi6a:i^,.9i généreux, et si légitimement jalqux de la cpqservation de ses antiques privilèges.

loseph II était donc vis-à-vis (les Belges , sous Ip double point de vue religieux et politique , lié p^ de^ engagements sacrés ; mais il en fît peu de cas, et porta une main également coupable sur la constitution politique et religieuse de la Belgique, pour les violer toutes les deux à la fois.

La Joyeuse entrcçy depuis son origine^ n'avait peptetre jamais repdu aux Belges d'aussi émiuents services que sous le règne de Joseph II : ce fut alors que, pour la première fojs , ils se virent obligés d'y appeler poar sauvegarderjeurs droits religieux et les libertés de leur Église. Mais combien il était douloureux de devojr l'opposer à un souverain catholique, et à un souverain pareil! à un souverain chef du saint empire romain ; k un souverain qui , en sa qualité de protecteur et de défenseur de TÉglise, était obligé , par la force des plus saints . concordats passés entre le saint-siége et l^Empire, de défendre les droits contre tous ses ennemis extérieurs et intérieurs !

Ainsi rÉglise de Belgique elle-même ne fut pas épargnée lors de rétablissement corrupteur des sémi-

LE SÉMINAIQJB G)ÊMÊRA{i BE LOUVAIN. 43

m^ géniaux. L'empereur aqnonça, le iS mars

i786, à Tépiscopat de cette province, la résolution

fq'il 9v^it piise de réunir dans un séminaire général

OBi^e , e( qui devait être fondé à Louvain , tous les

jiraiiei^ étudiants des séminaires épiscopaux de Bel-

gûfue { il enjoignit de plus aui^ jèvéques de lui envoyer

le catalogue des nogis de tous les élèves qui existaient

alûrq dans leurs séminaires respectifs.

jCeUe ipesura produisit 9 parmi les évéques et les états de. BçlgiquQ^ une consternation universelle. La qais4îpal de Frauk^nberg , en sa qualité de primat de reliée de Belgique, fîit le premier à élever la voix dans pett0 importante cirponstanx^, et ne tai^da pas à i^d^es^ar au souverain les plus vives remontrances. Dès le 99 mars dç la n^éipe aunée, il lui envoya la lista désirée des étudiants de son sémiqaira, et lui exprima en celte occasion toutes las craintes dont le remplissait rérectiou de cet institut nouveau (1). « Serait-il possible, Sire, lui écrivait-il, que Votre Majesté voulût mattre les évéques dans Timpossibilité de pouvoir enseigner par eux-mêmes à leur clergé la science, la plus essentielle^ et qui, renfermant les fondements de toute la religion ^t touchant directement à la foi , leur appartient de droit divin ?

c Ja sais .que > depuis longtemps , les universités ont eale privilège d^enseigner aussi la théologie^ mais ce ne fut jajDais à l'exclusion des évéques, qui de. tout temps , mais surtout dapuis le concile de Trente, ont eu

(l) Becueil des représentations, protestations et réclamations faites à S. M. L par les représentants des états des provinces des Pays-Bas autrichiens , etc.; Liège; de imprimerie des NatioQg, 1787-1790 ; tom. IX, p. 148.

des écoles particulières de théologie dans leurs sémiuatreâ respectif, suivant les désirs et les plus vives instances dés Pères de ce concile général , et en vertu du droit incontestable sur la doctrine qui leur compète, de façon qu^il ne saurait pas même être séparé de Tépiscopat : aussi les évêques de ces provinces belgiques ont usé paisiblement de ce droit pendaat près de deux siècles , malgré les privilèges accordés à l'université de Louvain , qui ne pouvait jamais y déroger. I^ailleurs , comment les évêques pourraient-ils fournir les mimstres nécessaires à la cure d'âmes , dont la nécessité se présente tous les jours, sMls n'avaient point dans leifrs séminaires un/onds toujours subsistant de prêtres en état de pouvoir être envoyés sur-le-champ dans les endroits où les besoins spirituels des peuples réclament leur ministère ?

« Il est certain que moi en particulier ( ayant- dans mon diocèse, outre plusieurs villes qui exigent un nombre considérable de prêtres , encore environ cinq cents cures de villages, qui pour la plupart ne peuvent se passer de vicaire) je ne pourrais aucunement suffire à un si grand nombre d'ouvriers que l'étendue de mon diocèse rend indispensable , si je ne trouvais plus dans mon séminaire les mêmes ressources qui, jusqu'à cette heure , m^oùt donné la facilité de pouvoir aisément et promptement remplacer ceux des vicaires, desservants ou coadjuteurs qui viennent à manquer à l'imprévu. En outre, connaissant parfaitement 1^ talents, les mœurs, ^les caractères et autres qualités des jeunes ecclésiastiques élevés dans mon séminaire, comme aussi les qualités des curés de mon diocèse, dont le plus grand nombre en est sorti , j'ai toujours pu

A iOSEPH 11. 45

choisir les sujets avec disceraçment ,. et selon les circonstances des personnes avec lesquelles ils devaient vivre y de l'étendue des paroisses quUls devaient desservir, et du fardeau dont ils devaient être chargéSt Or tous ces heureux avantages, si utiles à l'Église, si propres à conserver la paix et la bonne intelligence entre les curés et leurs vicaires, si nécessaires enfin pour éviter bien des difficultés , des dissensions et des scandales, me seraient enlevés d'un seul coup, si j'avais jamais le malheur de voir mon séminaire supprimé ou désert 9 et que je fusse par conséquent obligé d'employer des sujets qui , n'étant point élevés sous mes yeux y me seraient presque inconnus, et desquels je ne pourrais guère me promettre une obéissance et une subordination qui est cependant si essentielle au bienêtre de rÉglise^.et à la bonne administration de la cure d'âmes dont les évéques sont principalement chargés par TEsprit-Saint lui-même. C'est pourquoi j'ose me flatter que Votre Majesté daignera mettre en considération ces réflexions , qui font les justes causes de mes alarmes, et qu'elle voudra bien me donner quelque éclaircissement consolant sur un changement dans lequel j'entrevois, du premier coup d'œil,.un préjudice affligeant du droit des évéques sur l'enseignement, une diminution effrayante du clergé nécessaire au saint ministère , et une espèce dMndépendance des .jeunes ecclésiastiques à l'égard de leurs premiers pasteurs, qui ne saurait manquer de déranger le bon ordre établi dans la hiérarchie de l'Eglise. »

Lé cardinal manifesta encore^ le 16 mai, les mêmes craintes , non-seulement à l'égard du séminaire génépi 9 ooais encore au sujet de la suppression annoncée

4B ÉDIT Dfe L'EMPteRkUR.

des sétbihairës diobéisisdbë , et côfajura rettipët*etir dé rétaoncer à xxnè aussi fktale mesure. Le pieux et savant évêque d'Anvers , Col'héliusrFratiçoîs de Nélis , Ijtii mérita si bien de l'histoire ecclésiastique , unit ses efforts à ceux de Frànkenbei^, et, comme lui, exposa en paroles fortes et touchantes, le 31 mai, au comté diB Belgiojoso , ministre plénipotentiaire de Belgique;, le danger et Tim possibilité d'un semblable établissement , et le pria en même temps de transmettre ses observations à Sa Majesté (1).

Les étals ne tardèrent pas non plus à se préoccuper deTaffaire dû séminaire général, et à se plaindre en même temps des autres empiétements que se permettait Joseph II au préjudice de TÉglise. Le conseil de Flandre s'exprime à ce sujet de la manière la pRtt értergiqué dans sa représentation du 13 juin, adressée à l'empereur , dans laquelle il signale , avec une franchise admirable, toutes les fausses mesures de celui-d envTBrs l'Église ; ajoutait que s'il continuait à marctteir dans cette voie ^ il ne tarderait pas à perdre totitë la confiance de la nation (2). '

Enfin , le 16 octobre dé cette même antiée, parut lé dèlèbre édit de l'empereur au sujet des deux séminaires généraux de Belgique, dotit l'un devait être érigé- à Louvain pour la province belge, et l'autre à Luxertibourg pour le duché de ce nom. Ce derniek* devait être sous la dépendance de celui de Louvain , et rieçut'pour dette raison le nom de séminaire filial. L'un et l'autre

(1) Rec. VIIÎ, p. 181; Vœu du peuple belgique contre le séminaire général de Louvain; Louvain^ de Timprimerie de la Religion j 1788, pag. 14-16.

(2) Rèb. IV, 96-103.

SÉMINAIRES &ÉN]£RAlix Se BELGIQUE. il

fiireht 0hVëi*ts té 1*^ ûovètnbrd, joutduqiiel avait été fiiée 4-etiirée des jeunes étudiante dé théologie dans cfts deux établissements (1).

Pài" ce blême édîl , furent irrévocabtement stippriàiééy iibii^seulemeiit la célèbre université de Louvaih, cô ferme boulevard du catholicisme , mais encore tous léb séïiiitiailres diocésains de la province , avec toutes les pieuses fondations qui y étaietit annexées.

Si le seul fait de l'érection de cet institut suffisait pour indigner toufe lés cœurà honnêtes, le langage hypocrite aVbc lequel on cherchait à motiver une innovation pareille était dé nature à les révolter bien plus encore. Datis le préamblile de cet édit , on lit en effet que le débordement de mœurs et Tignôrance étaient si grands cB Belgique parbai le peuple et lô clergé, et s'augnien- Uient telleitaent de jobt* en jour, que rehlpeteilr se vttyait, pbur le bien de ses sujets, contraint dé porter VA ^roiD]pt reôiède à ces maux ; qu'on ne pOÙVait y obvier d'une mahière plus efficace qti'en réunissant la jetttaeâse diôstinée à l'état ecclésiastique dans un étàblisseméiit unique, sous l'inspection d'hommes vertueux et savants, afin qu'ils y fussent mieux élevés, et plus pbofbndéioilsnt instruits qùé par le passé dans les aâô&Céis ecclésiastiques, et d'après un système uniforme^ qtie ce serait uniquement alors que le jéunë clergé pourrait unir à l'étude dfe la théologie celle d'autres sciences utiles, et la pratique de la pieté, des ver- ^ tas chrétiennes et des œuvres de charité ; qu'alors seulement , réunissant avec ces brillantes qualités une plus grande élévation et supériorité intellectuelles , il

(t) Vcw, pag* 1-8.

Cf

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