‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 10 sur 104 · DE N AMER · texte numérisé non relu

DE N AMER

autant de vigueur que contre des ennemis étrangers. « Ne vous ingérez point dans les affaires ecclésiastiques, « disait le célèbre Osius , évêque de Cordoue , à l’em- « pereur Constance. Ne prétendez point nous donner « des ordres en ces matières; apprenez-les plutôt de « nous. Dieu vous a donné l’empire et nous a confié « l’Église. De même que celui qui entreprend sur votre « puissance contrevient à l’ordre de Dieu , craignez a de vous charger d’un grand crime si vous tirez à vous « ce qui nous regarde. » C’est la doctrine de tous les siècles, sur laquelle les évêques et les empereurs vraiment chrétiens ont toujours été d’accord; la simple raison en découvre l’évidence. Jamais, depuis l’établissement de l’Église , il n’a été permis de la méconnaître ; et , malgré mille artifices employés par les novateurs pour l’obscurcir, elle ne cesse de briller de la plus lumineuse clarté.

« D’après ces maximes, aussi sûres que constantes , touchant l’autorité de l’Église et de ses pasteurs, j’ose espérer que Votre Majesté me permettra de lui représenter que je ne-puis envisager plusieurs de ses ordonnances sans être consterné ; car elles enlèvent aux pasteurs de l’Église la puissance de la gouverner, et l’autorité que Dieu leur a exclusivement attribuée dans les matières spirituelles.

« Quant aux séminaires épiscopaux, dont la suppression est annoncée comme très-prochaine, j’ose avancer qu’il n’est pas possible de trouver un établissement plus canonique et plus conforme à l’esprit de l’Église dans tous les temps. L’histoire en donne des preuves aussi évidentes que multipliées. On les y voit presque aussi anciens que l’Église; ils se sont conservés

58 LETTRE DE l’ÉVÊQUE

longtemps dans leur première splendeur; et lorsque dans les siècles postérieurs le malheur des temps en avait causé le dépérissement , l’Église s’est fortement occupée de leur restauration : le saint concile de Trente, marchant sur les traces de la respectable antiquité, en fit un décret très-exprès faisant loi d’État dans le pays, qui consola tellement les Pères qui y assistaient, que plusieurs avouèrent que leurs travaux immenses pour les intérêts de la religion seraient assez compensés quand même ils n’auraient procuré d’autre bien que celui de l’érection des séminaires. Les évêques d’alors et ceux qui leur ont succédé, nommément ceux do ce pays, animés du même esprit, comprenant l’importance de ces établissements et se conformant à la règle qui leur était prescrite , ont travaillé avec le plus grand zèle pour consommer cet ouvrage désirable. Des personnes pieuses sont entrées dans leurs vues, et la Providence a montré combien elle les approuvait en répendant partout une bénédiction abondante. L’Église a aujourd’hui la consolation de voir ces établissements mis sur un pied respectable ; elle les regarde comme sa gloire et sa couronne , et on voudrait les lui ravir ! Sans m’arrêter aux maux que causerait la suppression des séminaires partout où elle s’exécuterait , je dois faire observer à Votre Majesté que la perte du mien causerait à mon diocèse une effrayante disette de ministres, tant par la pauvreté de plusieurs cantons qui ne pourraient fournir aux dépenses du séminaire de Louvain , que par l’idée peu avantageuse qu’on a conçue généralement de ce nouvel établissement.

« Que Votre Majesté daigne encore réfléchir que l’institution du clergé compète essentiellement aux évê-

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