LETTRE DE L’ÉVÊQUE DE NAMUR
rent d’une manière non moins énergique à l’établissement du séminaire général, et demandèrent aussi que l’existence des séminaires épiscopaux ne fût pas attaquée. Le dernier de ces deux prélats surtout s’exprima à cet égard, dans sa représentation du 16 novembre a l’empereur et à LL. AA. RR. les gouverneurs généraux des provinces de Belgique, avec un courage vraiment apostolique. 11 y expose sans crainte les vrais principes sur les rapports des deux puissances ecclésiastique et séculière, que Dieu a instituées pour le bien de l’humanité, et montre combien par ses décrets, mais surtout par celui relatif à l’établissement des séminaires généraux, l’empereur avait profondément violé les droits de l’Église, et conjure celui-ci de laissera l’épiscopat la paisible jouissance d’une juridiction qu’il a reçue de Dieu. C’était par ce seul moyen, ajoutait-il , savoir , en laissant intacte la liberté de l’Église , qu’il pourrait acquérir l’amour de la nation, et qu’il serait encore à temps de calmer l’effervescence et l’indignation que ses innovations religieuses avaient excitées dans les esprits du clergé et du peuple. C’est ainsi qu’il s’adresse à l’empereur (1) :
cf Sire ,
« Mes peines et mes alarmes pour la cause de la religion, qui s’augmentent continuellement, sont devenues si vives, que je croirais manquer à mon ministère, et en particulier à ce que je dois à Votre Majesté, si je me contentais plus longtemps de gémir en silence. Mon troupeau participe à mes alarmes, et fait sans cesse entendre les gémissements qui expriment l’amertume
(î) Rec. X, p. 359.
LETTRE DE L’ÉVfiQDE
dont il est pénétré, surtout mes coopérateurs dans le saint ministère, qui, presque tous, m’ont adressé par leurs doyens des remontrances pour verser dans mon sein la douleur dont leurs cœurs sont pénétrés. Cependant le désir que Votre Majesté assure avoir de favoriser les intérêts de la religion doit calmer mes frayeurs, et me faire espérer que , bien loin de vouloir porter atteinte au pouvoir de l’Église, Votre Majesté souhaite d’en voir les droits conservés et respectés, et qu’elle daignera applaudir au zèle d’un pontife qui ose les lui exposer en tout respect. Ces droits, Sire, sont l’œuvre de Dieu même. 11 a établi deux puissances sur la terre; il vous a donné l’empire, et nous respectons tout ce qui émane de celte autorité dans les choses qui sont de son ressort : mais il a rendu son Église également souveraine et indépendante dans son gouvernement spirituel. Et cette humble épouse de Jésus- Christ , lors même qu’elle gémissait sous le joug de ses persécuteurs, portait des lois pour le bon ordre de son empire, jugeait et en punissait les prévaricateurs; ses pasteurs annonçaient à toute la terre la doctrine de vie qu’ils avaient reçue de leur divin maître, sans qu’aucune puissance temporelle pût leur fermer la bouche. Le moyen de croire que son pouvoir soit diminué et ses prérogatives affaiblies, parce qu’elle a conquis les chefs de l’empire à sa foi ? Devenus ses enfants, ils ne sont pas devenus ses maîtres, mais les protecteurs et les défenseurs de ses droits, qui par là devaient devenir plus sûrs et plus éclatants que jamais.
«Mais dès que les princes chrétiens voulurent sortir du rang des ouailles pour s’ériger en législateurs de l’Église, elle se défendit contre des enfants iDgrats avec