LETTRE DU COMTE DE MURRAY
C’est diminuer ce saint respect que de ranger le mariage simplement dans la classe des engagements civils, et d’en attribuer la connaissance entière aux cours les plus subalternes, telles que les cours échevinales des villages; car l’édit des mariages rend cette conséquence nécessaire, depuis qu’il a été reconnu impossible d’établir les nouveaux tribunaux.
a Telles sont, Sire, les humbles remontrances sur les atteintes portées à notre constitution , que notre conviction, notre devoir, comme notre attachement sincère au service de Votre Majesté, nous engagent à déposer dans votre sein paternel, Sire, dans la ferme espérance que Votre Majesté daignera exaucer encore ce dernier vœu, mais universel, de votre bon peuple belgique; manifestez vos volontés, Sire, d’après vos augustes promesses, d’après votro justice et les lois fondamentales du pays. »
Les états de Flandre (1), ceux de Namur (2) et de Tournay (3) s’expliquèrent sur ce sujet d’une manière plus énergique encore les 15, 16 et 19 octobre. Mais ces réclamations de la nation, comme toutes celles qui avaient eu lieu dans cette affaire , demeurèrent pareillement sans effet, et ces prêtres impies ne se donnèrent aucune relâche jusqu’à ce qu’ils eussent conduit à sou terme leur œuvre de perdition. Le comte de Murray enjoignit en effet de nouveau, par une lettre circulaire (4) en date du 10 octobre, à tous les évêques, d’envoyer pour le 1 er novembre leurs élèves au sômi-
(1) Rec. X, p. 241-234.
(2) Rec. X, p. 189-199.
(3) Rec. X, p. 293-302.
(4) Rec. IX, p. 144; Vœu, p. 150.
nairo général de Louvain, et les assura, avec la môme ruse hypocrite qu’avait déjà employée le comte de Belgiojoso l’année précédente, que dans la discipline et dans l’enseignement de cet institut rien ne serait introduit qui pût blesser la pureté de la foi. Comme gage assuré de cette promesse , il leur fit espérer , au nom do l’empereur, que les directeurs de leurs séminaires épiscopaux pourraient être employés en qualité de vice-recteurs au séminaire général. Il les invita môme à lui indiquer des hommes habiles parmi lesquels on pût choisir le futur recteur de cet établissement. Par ces sages dispositions, disait-il, il espérait enlever tout prétexte de plainte contre le nouvel institut; mais les évôques ne se laissèrent plus éblouir par ces promesses trompeuses qui avaient été déjà tant de fois violées, et protestèrent, au contraire, solennellement dans des lettres pleines de dignité adressées à l’empereur, contre la réouverture du séminaire général. Le cardinal se mit encore ici à la tôte de ses vénérables collègues, et écrivit dès le 18 octobre sur cette affaire, à Sa Majesté, la lettre suivante (1) : « Sire, jene saurais assez exprimer à Votre Majesté la douleur et la consternation que je ressens en voyant, par la dépêche du 17 de ce mois que je viens do recevoir, que l’intention de Votre Majesté est encore, toujours, que le séminaire général de Louvain ait lieu , malgré les très-humbles représentations que j’ai mises sous ses yeux , et par lesquelles je crois avoir démontré :
« 1° Que cet établissement est contraire au droit incontestable des évôques d’enseigner les sciences de la
(l) Rec. X, p. 248; Vœu, p. t52.
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religipp , qui leur a corn pété de tout temps, et à la possession légitime d’avoir des séminaires dans la ville de leur résidence, en vertu de la discipline de la primitive Église, confirmée par le concile de Trente, reçu dans oo pays-ci , et y faisant loi d’ptat,
« 2° Combien i| serait dangereux pour la religion , si, après avoir enlevé l’enseignement aux évêques, auxquels Jésus-Christ l’a confié, on voulait le concentrer dans une seule école, au risque, si jamais malheureusement l’erreur s’y glissait, d’infecter tout à la fois la source unique de la doctrine.
« 3° L’insubordination du clergé à l’égard de ses éyôques, qui , se trouvant dans le cas de copnaîlre à peine les jeunes ecclésiastiques élevés loin de leurs ypux, et de n’en être presque pas connus, seraient cependant dans la nécessité de les employer au hasard dans les fonctions les plus essentielles et les plup importantes du saint ministère, sans pouvoir en attendre aucune confiance, ni se promettre cette obéissance si nécessaire à l’ordre hiérarchique de l’Église.
« 4° Les inconvénients d’une si grande multitude de jeunes gens réunis dans la même maison , d’où il est impossible qu’il ne résulte des maux dans l’ordre physique aussi bien que clans le moral.
« Enfin , la destruction entière des ordres religieux et une disette effrayante et peut-être totale du clergé séculier, qui s’ensuivraient immanquablement, si les uns ne pouvaient être admis au noviciat qu’à un âge peu propre à upe telle épreuve , et les autres fussent obligés à demeurer pendant cinq ans ap séminaire général, éloignés de chez eux , entassés en grand nombre dans la même chambre, et dans le cpp encore de devoir,
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en çqrt^nt de jà, rentrer de qouyeau dans les prqçby? tères des évoques; çp qui les dégoûterait nécessairement de l’étal ecçlésiastiqup, et les porterait sans faute à en choisir un autre; et, à cef égard, mes ajqpnes ne spnt qqe trop fondées par les faits les iuipqx qyéfés.
« Toutes ces raisons et ces inconvénients subsistant toujours, malgpé les apaisements sur renseigneront que la dépêche semble vouloir donner aux évêques, en agréant qu’ils envoient au séminaire général leurs présidents en qualité de sous-directeurs (cp qui n’est guère praticable), mon devoir m’oblige et me force à inhérer aux représentatipns que j’ai pris déjà la respectueuse liberté d’adresser à Votre Majpsté , et de les réitérer même avec la plus vive instance, en réclamant les droits incontestables et inséparables de l’épiscopat sur 1’ensejgncment et le dépôt de la foi confiés aux évêques; ceux du chapitre de ma métropole, chargé par l’archeyêque Hovius, conjointement avec les archevêques ses successeurs, do l’administration de ses biens, dont il a constitué son séminaire héritier universel , et la possession non interrompue de deux siècles.
« Je pourrais d’autant moins préjudicier à ces droits de mon siège, qu’à mon sacre et à ma prise de possession , j’ai prêté serment de les maintenir, et que je m’y trouve obligé encore par un autre serment prêté aux états de Brabant; les séminaires épiscopaux étant des établissements constitutionnels conformes aux lois fondamentales de ce pays , comme il conste par des représentations de toutes ces provinces , qui ont porté déjà au pied du trône de Votre Majesté, leurs réclamations contre le séminaire général , comme un établisae-