‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 41 sur 104 · RÉCLAMATION DES ÉTATS DE BRABANT · texte numérisé non relu

RÉCLAMATION DES ÉTATS DE BRABANT

ment préjudiciable à tous égards aux droits de l’État aussi bien qu’à ceux de l’Église. Je supplie, par conséquent, très-humblement Votre Majesté de vouloir juger elle-même de l’impossibilité dans laquelle je me trouve de pouvoir concourir, ni directement ni indirectement, à la suppression des séminaires des évêques , ni à l’établissement d’un séminaire général à Louvain. »

Le même esprit respire dans les lettres qu’adressèrent au comte de Murray les évêques d’Anvers, de Bruges, de Gand et de Namur (1); et les états de Brabant no se prononcèrent pas moins énergiquement dans leur assemblée générale du 22 octobre. Ils y appuyèrent , de la manière la plus vigoureuse , les saintes réclamations de l’épiscopat. Ils y justifient noblement le clergé contre les calomnies odieuses qu’on avait répandues sur sa moralité , et qui servaient de prétexte pour motiver la création du séminaire général (2) : « Si jamais, » disent-ils , « un clergé a pu se glorifier d’avoir une saine morale et des mœurs pures, c’est bien ici qu’il peut s’en glorifier. La nation entière proteste contre le débordement de mœurs qu’on lui attribue gratuitement dans l’édit sur le séminaire général. L’opposition que cet établissement rencontre , par les concerts de tous les cœurs , de toutes les bouches , prouve invinciblement les mœurs et l’antique probité de la nation. Si elle n’avait plus de mœurs; si, comme le suppose encore l’édit, le clergé était sans énergie, on eût vu adopter le séminaire avec la plus parfaite indifférence. »

La représentation des états de Malines (3) présentée à

(l) Rec. IX, p. 146; X, 250-257; Vœu, p. 155-164.

(a) Rec. X, p. 246.

(3) Rec. X, p. 347-356; Vœu, p. 173-178.

REMONTRANCE DE L’tNIVERSITÉ »E LOUVAIN. 437

l’empereur le S novembre, contre le séminaire général et en faveur des séminaires épiscopaux, démontre combien*eette assertion était vraie.

Les supérieurs des ordres religieux des provinces de Belgique exposèrent de même, aux états de Brabant, en paroles fermes, l’inébranlable détermination qu’ils avaient prise de n’envoyer aucun de leurs novices au séminaire général de Louvain, et les prièrent d’en donner avis à l’empereur ( 4 ).

Nous ne pouvons ici passer sous silence la belle et importante remontrance que les anciens membres de l’université de Louvain adressèrent, également le S novembre, aux états de Brabant, en faveur des séminaires épiscopaux. Le comte de Murray, ainsi que nous l’avons dit plus haut, avait engagé, au nom du gouvernement, ces professeurs à lui exposer tous les vices que présentait la formation d’un séminaire général, et de lui indiquer en même temps les moyens d’y obvier, lors de la prochaine réouverture. Cette invitation était, en vérité, séduisante, et n’avait sans doute pour but que de donner satisfaction à l’opinion publique, et de mettre à profit le témoignage de ces professeurs , quel qu’il fût, avec la ruse qui était familière aux jansénistes. Mais ces hommes généreux, habitués de longue main à discerner les fourberies des illuminés de Bruxelles, préférèrent envoyer directement leur remontrance aux états de la province, en les priant de la transmettre à l’empereur lui-même. Ce n’était que par ce moyen qu’ils pouvaient être sûrs qu’elle ne serait pas retenue dans les bureaux de la chancellerie par la commission ecclésiastique do Bruxelles, et peut-être anéantie. Avec

(1) Rec, XI, p. 106 , 121 ; Vœu, p. 177 - 183 .

138 pEypSTTU^CE

la liberté qui leur était babjtqellp, i|s déyqjlppt toutq l’absurdité de la pouvelle institution, pt dfîinoqtrqpt qu’elle était contraire 4 l’esprit de l’Églisq d<^ tous lps, siècles. Il défendent, avec une gr aride puissance d’érudition, l’existence et la nécessité des séminaires épiscopaux , et font voir avec beaucoup de pénétration que ces saintes institutions restaient toujours indispensables, môme en présence des p(us florissantes universités théologiques. Ils observent, enfin, et démontrent que ces hautes écoles de science théologique ellesmômes avaient de tout temps protégé et favorisé, avec un zèle égal à celui des évôqucs, l’établissement des séminaires épiscopaux. Et c’était là précisément, selon eux, une des plus péremptoires démonstrations de la nécessité de ces institutions, puisqu’elles étaient soutenues par les universités elles-mômes, qui avaient, jusqu’à un certain point, un intérêt naturel à ne souffrir auprès d’elles aucune autre institution rivale d’enseignement théologique. Mais autre chose est le but des universités, autre chose celui des séminaires diocésains : ces deux institutions doivent marcher de concert, chacune dans sa sphère , mais toujours avec une parfaite harmonie. Ils concluaient enfin en priant les étals d’intercéder auprès de l’empereur, afin qu’il daignât restituer à leur université ses droits et ses privilèges, et les remettre de nouveau en possession de celui de nommer les professeurs aux chaires de théologie : car, pour pouvoir remplir ces mômes chaires de leurs incrédules adeptes, les illuminés de Vienne avaient conseillé perfidement à l’empereur, aveuglé, dp dépouiller les évôques et les universités de ce droit sj important de nomination.

Page 1