‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 42 sur 104 · DE L’UNIVERSITÉ DE LOUVAIN · texte numérisé non relu

DE L’UNIVERSITÉ DE LOUVAIN

Mais çetto remoptrance est d’une telle gravité et tellement propre à dissiper tous les préjugés qui pourraient exister contre l’existence simultanée des séminaires épiscopaux et des universités, que nous croyons devoir l’insérer ici dans son entier (1) :

« Messeigneurs, l’institut des séminaires généraux, dont on a youlu faire l’essai l’année dernière dans l’université de Louvain, au lieu d’opérer le bien selop les vues et les intentions bienfaisantes de Sa Majesté, n’a produit quo des maux affreux, et a fait, en six mois de temps, une plaie si profonde aux études ecclésiastiques età la discipline de l’université, que plusieurs années suffiront à peine pour la guérir et pour remettre les choses au môme point dont on est parti.

« Cet institut, en tant qu’il devait opérer, qu’il présupposait môme la destruction des séminaires épiscopaux, et celle de tous les collèges de théologie «à Louvaip , ainsi que le bouleversement d’un nombre infini de fondations particulières; fondations et collèges qui tous, sans exception, ont été établis avec l’approbation du souverain, et sous la garantie de lois, et en faveur desquels enfin nous ne pourrions empêcher les administrations respectives de protester devant les tribunaux, conformément aux lois et constitutions du pays, confirmées par la déclaration souveraine du 21 septembre dernier : cet institut, Messeigneurs, considéré sous ce point de vue, est non-seulement contraire au droit de tout le monde, et nommément à celui des évêques, mais encore à l’esprit de l’Église, aux usages les plus anciens comme les plus respectables, et enfin

(1) Rec. X, p. 276-287 ; Vœu, p. 187, 201 .

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aux dispositions formelles du concile général de Trente, reçu avec empressement et en pleine vigueur sur ce point dans toute l’étendue des provinces belgiques.

«Cet institut, en contradiction avec tout, contrarie encore le résultat uniforme d’une expérience de trois siècles, qui a prouvé constamment que le bon ordre et le maintien de la discipline de l’université, ainsi quo le grand intérêt de conserver la pureté des mœurs parmi les élèves du clergé, exigeaient indispensablement de ne pas concentrer un trop grand nombre d’écoliers sous un même toit et sous une seule et même direction. On a été de tout temps si persuadé de cette vérité à Louvain, qu’à mesure que le nombre d’écoliers y croissait, et que les fondations des bourses et d’autres secours s’y accumulaient, on a préféré de bâtir successivement deux nouveaux collèges, plutôt que d’étendre ou d’agrandir ceux qui existaient déjà. On a fait plus : on on a démembré même, lorsqu’ils devenaient trop vastes, et c’est ainsi que le plus ancien collège de théologie se trouve avoir été partagé en deux, en 1561 , sous le célèbre Jean Hessels (dit Heselius), docteur en théologie, qui en était le président; le même que le roi Philippe II envoya peu de temps après au concile assemblé à Trente. C’a été de cette séparation que sont venus les noms de grand et de petit collège, sous lesquels ils sont connus jusqu’au jour d’aujourd’hui. Ce sont là, Messeigneurs, des faits et des raisons certaines, sur lesquelles il serait inutile de s’appesantir plus longtemps , surtout après une foule de représentations, tant des évêques que des états de toutes les provinces, des chefs-villes du Brabant, et enfin après le cri général do la nation, élevé avec un concert et

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une unanimité, qui a peu d’exemples. Tout cola a dû prouver la chose avec une telle évidence, qu’il serait impossible' que l’œil et l’esprit attentifs de Sa Majesté n’en auraient point été frappés.

« Ces mêmes représentations ont encore démontré, d’une manière qui nous parait sans réplique, l'impossibilité du fait même, c’est-à-dire d’ériger dorénavant un pareil séminaire dans ce pays, fùt-il compatible avec les droits et privilèges publics et particuliers, ainsi qu’avec le bien général, comme il n’est pas. C’est qu’un séminaire général suppose nécessairement des élèves, et même des élèves en assez grand nombre : or, tout nous fait prévoir que ces élèves n’y rentreront jamais après l’épreuve qu’ils en ont faite l’année dernière, après les différentes scènes qui ont eu lieu, et qui ont laissé une impression si profonde dans tous les esprits , et surtout après l’exemple d’une première et deuxième désertion qui en a été la suite. Non , Messeigneurs , plutôt que d’y voir rentrer cette jeunesse effarouchée par tout ce qu’elle y a vu , par tout ce qu’elle y a entendu , nous la verrons abandonner en foule son état et sa vocation. Toute confiance dans le nouvel établissement est perdue sans ressource ; et puisqu’il convient dans ces circonstances de no rien cacher à Sa Majesté, nous sommes obligés de dire que le séminaire général est aujourd’hui l’objet d’une aversion générale, et que tout , jusqu’à son nom , en est devenu odieux.

« Ce serait en vain qu’on se flatterait de rétablir la confiance publique en modifiant, en changeant mémo totalement le premier plan de cet institut. Ces changements ne paraîtront jamais que des illusions ; les adoucissements sont regardés comme des pièges, et l’effet

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le plus certain qui no manquera pas d’en résulter, effet très-déplorable, c’est la diminution progressive et effrayante de la théologie , et par une suite inévitable , des pasteurs et des autres ministres nécessaires pour la Conduite des paroisses et pour l’instruction des fidèles.

« Nous espérons que Sa Majesté daignera peser dans sa justice et dans sa bonté ces grands motifs; qu’elle daignera considérer que c’est l’université elle-même qui ne demande aujourd’hui que de pouvoir se jeter à ses pieds , pour mettre sous ses yeux des réclamations qui paraissent, au premier coup d’œil, contraires à ses intérêts. Mais l’intérêt dé la vérité , celui de la religion et dubien public, la conservation des droits d’un chacun, les droits si respectables surtout des évêques, et si intimement liés avec ceux de la religion , l’état de nos collèges et fondations : tous ces motifs doivent l’emporter nécessairement sur toute autre considération, et l’université doit être juste et aimer la justice par-dessus toute autre chose.

«Qù’il nous soit encore permis, kesseigneurs , dè jeter un coup d’œil rapide sur l’histoire des temps passés. Nous y trouverons les séminaires épiscopaux établis en Italie et en Espagne dès le sixième et le septième siècle , et avant cette époque , en Afrique , du temps et sous la conduite d’un saint Augustin. L’on verra qu’après qu’on eut, dans la suite, peu à peu négligé ces pieux et salutaires établissements; après qu’on les eut, pour ainsi dire, perdus de vue vers la fin du onzième siècle (lorsque les universités commencèrent à se faire un nom dans le monde littéraire) , sous prétexte d’envoyer les jeunes clercs aux écoles publiques ou à celles des monastères, on a été obligé ensuite d’y

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revenir. De grands hommes , tels qu’un cardinal Polus ëtt Angleterre, ëh 1556, et avant lui un Mathieu Giberti , ce grand et célèbre évêque de Vérone , lès ont criis nécessaires pour la t'estaùi'atiori de la discipline ëcclësiastiqüë et celle du clergé, dont ils se sont occupés âvec tant do succès ; le éardinal avait tracé lui-même un plan de ces établissements ; ç’a été ce plan même que les Pères assemblés à Trente ont perfectionné, et àuquel ils ont mis la dernière main et donné la sanction dans la XXIII e session du concile , avec ordre de le mettre en exécution dans toute l’étendue de la catholicité.

« Nous voyons après cela los évêques , tant épars qu’assemblés dans des conciles provinciaux, et notamment ceux des Pays-Bas, applaudir à l’envi au décret du saint concile do Trente relatif à l’institut des séminaires ; noüs les voyons dans la suite se donner tous les mouvements, toutes les peines imaginables pour eu hâter l’exécution ; et ou peut dire que les beaux établissements qui en ont été le fruit dans ces provinces, l’ont été de deux siècles de soins et de travaux.

« Noiis voyons le mèriaé institut regardé comme utile et jugé digne d’encouragement par tous les dicastères de Sa Majesté , par toutes les cours supérieures et les tribunaux du pays; puisqu’aucun d’eux n’y a trouvé la moindre chose à opposer , et que toutes les observations qu’ils se sont permis de faire relativement à cet objet se sont bornées à ce qui concernait uniquement les moyens prescrits par le concile pour pourvoir au temporel et à la dotation de ces établissements.

« On remarque la même manière de voir et de penser dans les universités de Louvain et de Douai , soumises

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