ÉVOLUTION
et que la religion serait en danger. Assurés de la pureté de nos intentions sur la conservation de la foi et sur la protection que nous devons au maintien de la religion et de l’État, et ne pouvant nous dissimuler que de vaines clameurs sur la religion no sont, dans les circonstances actuelles , que des masques pour déguiser d’antres desseins criminels et attentatoires aux droits de notre couronne, nous avons résolu de mettre, une bonne fois, fin à un si grand désordre et d’v opposer toute notre autorité. En conséquence , nous vous ordonnons expressément de défendre, dans toutes les églises de votre diocèse soumises à notre domination, toutes messes solennelles extraordinaires, avec ou sans collectes particulières, sans distinction ni restriction , ainsi que toute espèce de dévotion publique qui sort des rubriques ordiuaires du culte journalier de chaque église; vous chargeant de demander une permission expresse de notre part toutes les fois que vous croirez qu’il s’agira réellement d’implorer, par des prières extraordinaires, les secours de la divine puissance pour le plus grand bien de la religion et de l’Etat.
« A tant, très-révérend père en Dieu, cher et féal, Dieu vous ait en sa sainte garde ! »
C’est ainsi qu’on agissait envers une nation qui donnait au monde cet exemple que lui donne aujourd’hui la grande et malheureuse Irlande, l’exemple d’un attachement plus grand encore pour sa foi que pour sa liberté même; et cela dans le moment terrible où la révolution voisine élevait déjà si audacieusement sa tête, et menaçait d’engloutir la religion et le trône à la fois !
Ce fui le premier signal d’un ébranlement universel en Belgique. Et qui pourrait en être surpris? La bannière de la liberté flotta dans tous les villages; rien ne fut capable de ralentir l’élan du peuple, élan d’autant plus puissant qu’il était uniquement occasionné par les violences sauvages exercées contre la religion par le gouvernement. Ce fut en vain que le comte Alton, général en chef des troupes impériales, s’efforça de comprimer le mouvement par les mesures les plus énergiques; ce fut en vain même que, le 26 octobre de cette année 1789, il lança une proclamation dans laquelle il menaçait de mettre en cendres tout village et toute bourgade où l’on oserait arborer le drapeau de la rébellion, et opposer une résistance quelconque aux troupes de l’empereur. La violence est surtout inutile dans les guerres qui se font pour la défense d’un principe enraciné dans la conscience des peuples.
Le vénérable primat de la Belgique devait être le premier à sentir tout le poids de la vengeance du gouvernement. En présence de ce soulèvement général dû pays, et lorsqu’il vit que les patriotes brabançons étaient déjà entrés dans les Provincos-Unies, il quitta Malines et se retira dans un endroit sûr et solitaire, à la campagne, sans donner connaissance du lieu de sa retraite au gouvernement, ni môme à ses amis les plus proches et les plus intimes. Le comte de Trauttmansdorff lança en vain contre lui un mandat d’amener inutile, et plus intempestivement encore publia, le 28 octobre, dans un véritable accès de fureur, une lettre dans laquelle il chargeait ce prélat des injures les plus révoltantes , et l’accusait ouvertement d’être l’unique