‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 90 sur 104 · LETTRE DE FRAIS KENBERG · texte numérisé non relu

LETTRE DE FRAIS KENBERG

auteur de la révolution de Belgique et l’un des principaux chefs de la conspiration contre l’empereur. 11 lui annonçaiten même temps qu’il avait encouru la disgrâce entière de Sa Majesté, et qu’étant dépouillé de toutes ses dignités civiles, il eût à lui envoyer les insignes du premier ordre de l’empire, dont il avait été revêtu naguère, et le diplôme de sa nomination au rang de conseiller d’État. Cette lettre, aussi impolitique qu’indigne, se répandit dans tout le pays, peut-être par les soins du gouvernement lui-même, avec la rapidité de l’éclair, et fit monter à son comble la fureur des citoyens.

A peine l’illustre prélat eut-il pris connaissance de cette lettre par les feuilles périodiques , qu’il travailla aussitôt à se justifier de ces calomnies lancées gratuitement contre sa personne , et envoya au ministre la lettre suivante (i) :

« Votre lettre du 28 octobre, » lui écrivait-il , « qui ne m’est pas parvenue , mais que j’ai vue dans une feuille publique, m’a causé autant d’indignation que d’étonnement. Quoi! parce que j’ai cherché un asile pour me mettre à l’abri des menaces réitérées que vous m’aviez faites à moi-même, de me faire enlever pour m’envoyer en Styrie (menaces non-seulement répétées à mon secrétaire, mais qui m’ont été confirmées encore en dernier lieu par le conseiller de Gouban), vous en inférez, sans balancer, que je suis un des principaux chefs de l'insurrection qui s’est manifestée sur les frontières des Provinces-Unies!

« Avez-vous bien réfléchi à l’injure atroce que vous

(i) Rec. XV, p. 19.

A TRAUTTMANSD0RFF.

me faites par une telle supposition, dépourvue de tout fondement? Je prends le ciel et la terre à témoin que je n’ai jamais eu aucune part ni influence quelconque à celte insurrection : les Pays-Bas entiers attesteront cette vérité, et me rendront justice à cet égard ; et je défie qui que ce soit, sans exception , de pouvoir en donner la moindre preuve. Je ne me suis pas absenté un seul instant de mon diocèse, ayant constamment demeuré à Bruxelles, à Malines ou à Louvain, ne m’occupant que des devoirs de mon ministère, et levant sans cesse les mains au ciel pour conjurer le Dieu de la paix de ramener la tranquillité publique, et d’empêcher surtout l’effusion du sang humain. D’ailleurs, je n’ai pris la résolution de quitter l’hôtel de l’archevêché qu’après qu’il était investi par des soldats armés pour m’enlever, conformément à vos menaces. Devaisje donc me livrer entre leurs mains , concourir moimême à l’outrage qu’on allait me faire dans une des principales villes de mon diocèse, et m’exposer à un éclat qui , dans les circonstances présentes , aurait pu exciter un tumulte dans le peuple, dont on aurait peutêtre encore voulu me rendre responsable ? N’avais-je pas même, d’après votre façon d’agir envers moi, toute raison de craindre que, dans ce transport, on n’eût eu aucun égard à la saison , ni à ma dignité, ni à mon âge et à mes infirmités? Par conséquent, ma retraite n’était-elle pas conforme au droit naturel , et , par là , pleinement justifiée? Loin de pouvoir fournir le moindre motif à l’imputation odieuse dont vous ne craignez point de me charger dans votre lettre , rendue publique par l’impression , je ne saurais donc m’empêcher devons en faire les reproches les plus amers, et

LETTRE DE FRANKENBKRG.

de vous demander réparation de mon honneur, si vivement attaqué et si injustement flétri.

« Quant à la grand-croix de l’ordre de Saint-Étienne et aux patentes de conseiller d’État intime et actuel, ces marques honorables de la bienveillance de l’auguste Marie-Thérèse, qui m’en a décoré il y a trente ans, me sont bien trop chères et trop précieuses pour vouloir m’en dépouiller moi-môme sur une simple injonction de votre part dans une lettre particulière et injurieuse. J’attendrai là-dessus les ordres plus précis et directs de Sa Majesté elle-même, me confiant trop dans sa justice pour me persuader qu’elle voudrait faire ressentir aussi précipitamment les effets de son indignation à un prélat qui , loin d’avoir mis le comble à ses désobéissances criminelles (comme il vous plaît de l’affirmer dans votre lettre), n’en a aucune à se reprocher, et ne croit pas s’être jamais rendu indigne, par sa conduite, des marques d’honneur dont il est revêtu depuis tant d’années. »

Presque tous les évêques de Belgique, dans ces jours orageux, s’étaient, à l’exemple de leur primat, retirés, soit dans des endroits cachés de leur diocèse, soit dans la Hollande qui était voisine, afin d’enlever au gouvernement jusqu’au moindre prétexte de les accuser, et toute ombre de soupçon au sujet de l’insurrection générale du pays. Trautlmansdorff faisait, de son côté, tous ses efforts pour calmer les esprits , et annonça aux Belges, dans une proclamation du 2o novembre, que l’empereur retirait toutes les innovations faites dans les affaires de l’Église comme dans celles de l’État; assurance qui fut confirmée par une seconde proclamation impériale du jour suivant, dans laquelle on

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