BATAILLE DE TORO
qui, s'il ne put assurer la victoire à son père, l'empêcha toutefois de tomber aux mains de ses ennemis.
Camoens, en son poétique langage, a si bien décrit le rôle de Jean dans cette mémorable affaire, que je ne puis résister au désir de le citer. « Le fils d'Alphonse rougirait de demeurer oisif, quand son père va combattre. Il s'élance sur ses traces et court le secourir au jour de la bataille. Les étendards des deux nations flottent dans les plaines de Toro. Une lutte ardente s'engage. La victoire, longtemps incertaine, abandonne les drapeaux d'Alphonse et reste fidèle à son fils. Le jeune héros ensanglante le triomphe des Castillans, arrête leur impétuosité, soutient, un jour entier, leurs efforts, et couvre l'honneur de son père. Tel, aux plaines de Philippes, on vit Antoine victorieux sauver Octave vaincu, dans cette grande journée où leurs armes réunies vengèrent la mort de César. »
Le roi de Portugal, profondément humilié de cette défaite, prit le parti de passer en France pour solliciter le secours de Louis XI, qu'il espérait intéresser à sa cause en flattant ses prétentions sur les comtés de Roussillon et de Cerdagne, occupés par Jean d'Aragon, père de Ferdinand, vainqueur à la bataille de Toro.
La naissance de don Alphonse, fils de l'infant et de Léonore de Lancastre, son épouse, qui avait eu lieu le 18 mai 1475, donnait de grandes espérances à la nation portugaise. Si cet événement ne fut point célébré par des fêtes aussi brillantes que celles qui signalèrent vingt ans auparavant la venue au monde de l'héritier direct de la couronne, il ne faut s'en prendre qu'aux préparatifs de la guerre, qui absorbaient l'attention générale. Le roi et son fils n'ignoraient pas qu'ils jouaient gros jeu en sq mesurant avec les souverains de Castille et d'Aragon.
Peu de temps avant son départ, Alphonse V convoqua les Etats généraux de son royaume, et, en présence dea évêques, des nobles et des députés des principales villes,
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il tint ce langage : « Illustres seigneurs et fidèles sujets, je vous présente ici Pinfant don Jean, mon fils de naissance et le vôtre d'affection, et je le charge de veiller avec vous au bien public, en mon absence. C'est à sa vertu bien connue que je vous confie ; je ne vous donne point un gouverneur, mais un roi, c'est-à-dire un autre moi-même ; et à lui, ce lie sont point des sujets que je remets, mais des frères, car je veux qu'il vous regarde tous ainsi. Je craindrais de vous offenser en vous recommandant l'obéissance et la fidélité à sa personne; votre qualité de Portugais me répond assez de votre attachement à vos princes. Ce peu de mots suffit : en m'étendant davantage, je semblerais douter de vos bons sentiments; adieu donc et au revoir; je suis heureux de pouvoir compter sur vous, quels que soient les desseins de la Providence sur notre cher pays. »
À la suite de ce discours, toutes les personnes présentes vinrent prêter serment de fidélité à l'infant en lui baisant la main, et le roi s'embarqua pour un des ports de la Provence, accompagné d'une suite convenable à son rang. Nous ne le suivrons pas à la cour du roi de France, qui ne fit que l'amuser par de vaines promesses ; Louis XI, dont la maxime favorite était : « Qui ne sait dissimuler ne sait régner » ne se piquait point d'une probité à toute épreuve; aussi sommes-nous heureux d'avoir à lui opposer d'autres rois qui font plus d'honneur à notre patrie.
Alphonse, désabusé, s'aperçoit qu'il est en butte à un espionnage continuel et ne sait trop comment s'y soustraire. Il prend la résolution de faire le pèlerinage de la Terre-Sainte et d'y finir ses jours ; c'est pourquoi il écrit à son fils d'avoir à se faire proclamer roi et d'assurer le bonheur de ses sujets ; que pour lui, désillusionné des choses du monde, il veut achever sa carrière dans la solitude de la vie religieuse.
Cette nouvelle inattendue met Jean dans une grande