CONSPIRATION ET MORT DU DUC DE VISÉO
purent échapper à^la confiscation de leurs biens et à l'exil. Cependant la noblesse s'agitait; le peuple luimême, du moins en grande partie, s'effrayait d'un acte d'autorité qui portait partout l'épouvante. Il fallait au roi une conviction bien arrêtée pour poursuivre Un plan dont les dangers se révélaient à chaque instant.
Relever les finances de l'Etat et se riiettre ainsi en mesure de poursuivre les conquêtes d'Afrique, même celle des Indes ; s'assurer une libre action dans l'exercice de son pouvoir ; tel était le but de Jean II. Des réformes dans la répartition des charges, dans l'administration de la justice, dans la police générale du royaume, avaient, sans doute, leur raison d'être ; mais y avait-il urgence de brusquer les choses, d'offusquer les grands avant même de leur demander s'ils consentaient à des sacrifices devenus nécessaires ? C'est une question plus facile à poser qu'à résoudre; nous l'abandonnons au jugement de chacun.
Parmi les hommes les plus notables du parti des seigneurs qui s'indignaient contre la perte de leurs privilèges, se faisait remarquer don Diego d'Alfarrobeira, duc de Viséo et frère de la reine de Portugal. Superstitieux à l'excès, il ajoutait foi à la prédiction d'un imposteur qui, pour le flatter et en tirer profit, lui avait annoncé qu'il devait un jour porter le sceptre et ceindre la couronne royale.
Le roi traitait don Diego en enfant gâté, et déjà il lui avait pardonné de nombreuses imprudences; la naissance les avait faits cousins germains, le mariage du monarque les avait rendus presque frères. Mais, égaré par l'ambition de régner, le duc de Viséo oublia vite les liens du sang et de l'amitié. Esprit remuant, beau parleur, d'un physique agréable, il avait une grande influence pahni les seigneurs qui, habitués aux faveurs d'Alphonse V, ne pouvaient supporter les prétentions et l'humeur sévère de son fils à leur égard.