‹ Jean II, roi de PortugalChapitre 29 sur 84 · LE CAP DE BONNE -ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

LE CAP DE BONNE -ESPÉRANCE

tance, l'autre bâtiment qui a manœuvré dajis la même direction.

Enfin le beau temps revient : on s'oriente, on tient conseil, et il est décidé qu'en remontant vers le nord, il y a plus.de chances de rencontrer promptement un port où se reposer et s'abriter pendant quelque temps. Pour lors, naviguant de conserve, le chef de l'expédition et son lieutenant ne visent qu'un seul but; et, au bout de peu de jours, ils atteignent une baie, sur le rivage de laquelle paissent de nombreux troupeaux gardés par des nègres. Ceux-ci s'enfuient à l'aspect des blancs et abandonnent leur bétail. En souvenir de cette rencontre, ce lieu fut appelé l'Anse des Vachers, Angra.dos Vaqueiros; continuant ensuite à longer la côte, Diaz et ses compagnons finissent par se résoudre à aborder un îlot qui leur semble propre à assurer leurs quartiers d'hiver.

C'est sur ce coin de terre, peu isolé du continent, que se décida l'une des plus importantes découvertes du règne de Jean II. Découragés par les effroyables bourrasques qu'ils avaient subies, et craignant de mourir de faim dans ces lontains parages, les matelots demandaient à retourner dans leur patrie. Le commandant, au contraire, qui tenait à signaler son voyage par quelque choso de grand, voulait pousser ses vaisseaux jusqu'au point où se termine l'Afrique. « Si nous ne reconnaissons le cap que nous avons pris à cœur de doubler, disait-il à son équipage, ne serons-nous pas déshonorés aux yeux de nos concitoyens? Encore un peu d'efforts, mes aniis, et notre gloire sera assurée f »

Comme Christophe Colomb le fera quelques années plus tard, Barthélémy Diaz supplie ses hommes d'avoir confiance en lui, mais ils demeurent sourds à ses prières. Les murmures devenant plus forts, il y a lieu de prendre un parti. Dans cet îlot de la Cruz, ainsi nommé de l'érection d'une croix, on délibère sur la conduite à tenir dans les circonstances présentes. Les avis sont partagés;

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cependant la majorité demande le retour immédiat en Portugal.

Quelle n'est pas la tristesse du. chef de l'expédition à la vue de cet arrêt sans réplique. Il veut toutefois mettresa responsabilité à couvert en faisant signer à ses officiers L'acte qui l'oblige à renoncer à ses projets. Pourquoi tant de fatigues et de peines pour arriver à un si pauvre résultat? Que pensera le roi de l'échec d'une entreprise à laquelle il attachait tant d'espérances en vue de la conquête de l'Inde?

Trop épris de son idée pour l'abandonner soudain, Diaz se recueille, consulte ses cartes et sollicite comme une faveur trois jours, de nouvelles recherches. Ce délai est accordé et les navires reprennent le large. Le temps s'écoule rapidement et n'amène point le résultat désiré ; les murmures redoublent; et, après avoir reconnu l'embouchure du fleuve connu aujourd'hui sous le nom de Rivière aux Poissons, il faut songer à rebrousser chemin.

En revoyant l'îlot de la Cruz, l'infortuné Diaz pleure comme un enfant : « Nous ne sommes donc venus jusquïci à travers mille dangers que pour y planter une borne ! » s'écrie-t-il dans sa douleur. Il s'éloigne à regret du rocher que domine la croix ; une tempête s'élève et le jette plus près de la côte d'Afrique ; et, tout à coup, au fort de la tourmente, ses yeux distinguent le grand cap r objet de ses vœux, qu'il avait déjà doublé sans le savoir, à une distance de quprante lieues.

Quand une accalmie vient succéder à l'orage, le commandant est radieux ; il relève le plan de cette pointe de terre cachée pendant tant de siècles aux regards dès mortels, et dit à ses compagnons : « Notre mission est remplie; nous pouvons maintenant nous livrer à la joie, car nous avons plus fait pour notre pays que tous ceux qui nous ont précédés ; donnons, si vous le voulez, le nom de Cap des tempêtes à ce promontoire où nous avons failli trouver la mort, et hâtons-nous de jregagner les bords

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