LE CAP DE BONNE-ESPÉRANCZ
chéris du Tage: Allons hardiment nous présenter au roi de Portugal, pour lui apprendre l'heureuse nouvelle qui doit combler touS ses désirs. »
A mesure qu'on remonte vers l'équateur, les vents soufflent avec moins de violence; une brise favorable gonfle les voiles, et lorsque se révèlent les abords dentelés du golfe de Guinée, l'aviso chargé de vivres, qui a été laissé sous la garde du frère de Diaz, apparaît comme une épave flottante, au-dessus des eaux.
L'espace qui sépare les deux portions de l'escadre étant franchi, un bien triste spectacle s'offre à la vue des excursionnistes. Des neuf hommes préposés aux soins de l'embarcation d'approvisionnement, il n'en reste plus que quatre, dont un infirme, qui meurt dç joie en retrouvant ses compatriotes; les autres ont été massacrés par les noirs, en.s'avançant imprudemment dans l'intérieur du pays. Diaz, pour se conformer aux instructions de Jean II, avait aussi déposé le long des côtes, de temps en temps, des nègres portugais, bien vêtus et munis du nécessaire, chargés de faire des échanges et de s'informer du prêtre Jean. Aucun de ces Libyens, amenés à« Lisbonne pendant les guerres contre les Maures, ne revint sur le littoral rendre compte de sa mission; on* a toujours ignoré quel fut leur sort.
Il n'y avait point à songer à remettre en route l'aviso, que les vers avaient à moitié rongé; on en retira les denrées, et on y mit le feu. Les deux autres navires, continuant leur marche, s'arrêtèrent mrpeu à Saint-Georges de la Mina où ils prirent un assez fort chargement de poudre d'or, dont le commerce commençait à s'étendre par les rapports des Européens avec les naturels. Enfin, après une absence de seize mois et dix-sept jours, Barthélémy Diaz rentrait à Lisbonne et rendait compte au roi d'une expédition qui laissait en arrière toutes les entreprises antérieures.
. Jean II était & Santarem, où il passait une partie de.
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l'année dans le beau château de l'Alcazaba, bâti sur une éminence, près de la rive droite du Tage. C'est là qu'il reçut le grand navigateur, lorsque celui-ci vint lui faire la relation de son voyage.
Toujours préoccupé de la route des Indes, l'entreprenant monarque ne négligeait aucune occasion de s'instruire de tout ce qui pouvait favoriser ses vues de conquête. Il n'était pas tellement sûr de l'exactitude du rapport de l'ambassadeur du roi de Bénin, qu'il ne cher~ chat à découvrir par tous les moyens à sa disposition la véritable demeure du prêtre Jean. Nous avons vu avec quel enthousiasme il s'était prononcé pour l'Abyssinie, cependant il avait eu soin d'envoyer des émissaires sur les côtes de la Guinée. Après avoir reçu les hommages do Diaz, le roi lui adresse ainsi la parole :
— Eh bien ! quel a été le résultat de votre longue excursion ?
— Sire, lui répond le gentilhomme, je suis allé plus loin que mes devanciers, mais cela n'a pas été sans peine*
— Je vous remercie de votre zèle à mon service et suis décidé à le récompenser; continuez votre récit.
— Assailli par des ouragans affreux, j'ai été porté au delà de la langue de terre où finit l'Afrique, et ce n'est qu'en revenant sur mes pas, que j'ai découvert le cap que nul vaisseau n'avait encore doublé. En souvenir de la tourmente qui régnait en ce moment, nous lavons, mes compagnons et moi, nommé le Cap des Tempêtes.
— Qu'il soit désormais appelé le Cap de Bonne-Espêrance, s'écrie Jean II en serrant les mains de l'habile marin et en le félicitant avec effusion.
Une réflexion se présente ici à mon esprit : je me suis demandé souvent comment il se fait que Barthélémy Diaz ne se trouve plus, à partir de cette entrevue, à la tête d'aucune expédition importante. A-t-il donc été oublié ? Sans doute, aussi modeste que méritant, le vaillant capitaine n'est point allé implorer les faveurs de la