‹ Jean II, roi de PortugalChapitre 33 sur 84 · DE LA ROUTE DES INDES · texte numérisé non relu

DE LA ROUTE DES INDES

tribus sauvages de l'Ethiopie et pénètre enfin au pays des Abyssins. Il n'est guère possible de le suivre dans les déserts brûlants où les sables entravent sa marche, où le khamsin, vent terrible qui rappelle le siroco de la Méditerranée, soulève des flots de poussière et le forcent à fermer les yeux; le défaut de documents m'oblige à garder le silence sur les aventures de ce brave chevalier, dont les relations écrites, s'il en existe, n'ont point encore vu le jour.

Quant à l'autre émissaire de Jean II, son histoire est plus connue. De Tor, il passe à Aden et attend une occasion favorable pour s'embarquer sur la mer Rouge. Ce port, qui était autrefois l'entrepôt du commerce de toute l'Asie; n'avait point encore perdu de son importance au moment de l'arrivée de Pierre de Covilhan; ce ne sera qu'un peu plus tard, après l'expédition de Gama.

De nos jours, l'ouverture du canal de Suez, due à l'intelligente initiative d'un Français, a rendu à la ville d'Aden son ancien lustre ; l'Angleterre s'y maintient au prix de grands sacrifices, car elle sent tout le prix d'une possession qu'on peut, en quelque sorte, considérer comme l'entrée du vaste empire des Indes.

Aussitôt qu'il le peut, le gentilhomme lusitanien prend passage à bord d'un bâtiment arabe en partance pour Cananor, l'une des stations de la mer d'Oman, et, après une heureuse traversée, touche le sol de l'Inde.

Il me faudrait l'imagination de Bernardin de Saint- Pierre pour rendre les impressions que dut éprouver l'ambassadeur de Jean II, en contemplant les merveilleux sites de l'Orient. Ne pourrait-on pas, avec le poète cité par M. Ferdinand £)enis, dans l'ouvrage intitulé : Scènes de la nature sous les tropiques, lui faire dire, à l'aspect du jour naissant sous un ciel d'une pureté sans pareille :

Dévoilant par degrés sa blancheur éclatante, La fleur de l'agathis, au rayon matinal, De son lustre mobile allume le cristal.

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