XIII. — ARRIVÉE A SÉTUBAL ET BAPTÊME D'UN PRINCE
YOLOP. — MORT DE BÉMOHI.
A peine la guerre contre les Maures était-elle terminée, qu'un événement d'un autre genre vint fixer l'attention publique. Un navire qui revenait de l'île d'Arguin avait à bord un personnage avec lequel il importe de faire connaissance ; c'était le premier de sa nation qu'on eût vu en Portugal. Si l'on s'en rapportait à certaines chroniques, Bémohi, c'est le nom de l'étranger, aurait eu toutes les qualités et les vertus qu'on rencontre à peine chez les peuples les plus civilisés, et cependant il était né sur les bords du Sénégal où, de nos jours même, la culture intellectuelle des indigènes laisse beaucoup à désirer.
Il me semble bon, avant de parler du sujet de la visite de ce prince de la Nigritie maritime, de faire connaître un peu son pays, non tel qu'il est aujourd'hui, mais
GO CT CAPTÊZIE D*CN PRINCE YOLOP.
bien à l'époque qui nous occupe. Pour cela, nous consulterons les historiens et les géographes contemporains de Jean II. Voici ce qu'ils nous apprennent :
Les Yolofs, ou Ghiolofs, habitent la région du cap. Vert sur une étendue de cent lieues de long et quarante de large, c'est-à-dire la zone comprise entre les fleuves Sénégal et Gambie qui arrosent toute la contrée, désignée pour cela sous le nom de Sénégambie. Toutefois, ce nom est relativement moderne.
Divisés en plusieurs tribus, telles que celles des Synes, des Oualos, des Baols, des Kayors, des Ghighis, des Ghiakaous, etc», etc., les Yolofs proprement dits résident'principalement au septentrion et avoisinent les possessions actuelles de la France. Leur territoire, grâce aux facilités d'irrigation, est très fertile; il abonde en bétail, vin, coton, ivoire, gibier et chevaux. Le 4>lé, qu'on y cultive en petite quantité, donne deux récoltes par an, mais le froment et les fruits y font complètement défaut.
Une chaleur effrayante règne dans cette pariie de l'Afrique; le thermomètre qui, dès le matin, marque vingt-huit degrés, monte jusqu'à quarante, et au-dessus, dans le milieu du jour. Quant aux mœurs des habitants, elles sont moins arriérées que dans la Guinée; plus habiles et plus industrieux que les autres nègres,, les riverains du Sénégal administrent la justice et font la guerre conformément à des règles établies; l'islamisme, qu'ils ont en partie adopté, est mêlé d'une foule de superstitions qui tiennent à l'idolâtrie.
Bémohi appartenait à la famille royale de ce pays, et, à la suite de malheurs, que je me propose de raconter, il venait implorer le secours de Jean II à l'appui de ses droits méconnus.
Le roi de Portugal, qui n'a rien tant à cœur que ce qui peut faire honneur à la renommée de sa nation, s'empresse d'accueillir avec une bonté touchante le
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prince noir en butte à l'infortune. Voulant le traiter somptueusement, il lui assigne pour résidence le château de Palmella, à huit kilomètres de Sétubal, et l'entoure d'un grand nombre de serviteurs. De plus, Bémohi est à même de s'iqstruire, car il trouve près de sa personne des hommes savants et des ministres de la religion catholique.
Doué de beaucoup d'esprit naturel, habile à tous les exercices du corps, excellent cavalier surtout, le jeune Yolof joint à ces avantages une taille élégante, des manières douces et un visage agréable, qui font, pour ainsi dire, oublier la noirceur de son teint. Il se met avec ardeur à l'étude de la langue portugaise, et, lorsqu'il est en état d'apprécier la vérité du christianisme, il n'hésite pas à demander le baptême.
Le nom de Jean lui fut donné sur les fonts sacrés, et de superbes fêtes accompagnèrent la cérémonie qui eut lieu dans cette circonstance solennelle. Après avoir été * admis dans le sein de l'Eglise romaine, le nouveau chrétien fit serment de fidélité au souverain pontife, tant pour lui que pour ses futurs sujets qu'il s'efforcerait de convertir, s'il parvenait au trône.
Voici maintenant quelles sont les affaires qui l'amenaient en Europe. Les Portugais, en remontant le fleuve Sénégal, avaient rencontré un roi jouissant d'une grande autorité dans ces parages. Il s'appelait Barbiram et régnait sur les Yolofs. Etant venu à mourir, il laissa trois fils, dont deux d'une même mère, et l'autre d'une princesse veuve, qu'il avait épousée ensuite, et qui, ellemême, avait eu de son premier mari un enfant nommé Bémohi, c'est-à-dire celui qui fixe en ce moment notre attention.
De ces trois prétendants à la couronne, le frère utérin de notre personnage fut seul appelé par le peuple, et en prenant possession du pouvoir suprême, il ne voulut point se séparer de celui qui lui tenait par des liens si