‹ Jean II, roi de PortugalChapitre 38 sur 84 · BAPTÊME D'UN PRINCE YOLOF · texte numérisé non relu

BAPTÊME D'UN PRINCE YOLOF

chers. La faveur suscite toujours des ennemis : Bémohi ne tarda pas à s'en convaincre.

Sans cesse en butte, le roi et lui, à la haine, à la calomnie et au danger de mort, il songeait déj& à envoyer un ambassadeur auprès de Jean II pour lui exposer la position de son souverain, lorsque ce dernier fut assassiné par des mains fratricides.

En réclamant la protection de Jean II, dont les vaisseaux, en se rendant à la Mina, passaient par le cap Vert, le prince yolof voulait non-seulement assurer la sécurité de son frère et la sienne, mais encore entrer dans des relations de commerce qui mettraient son pays en rapport avec le monde civilisé. Il faisait en cela preuve d'un grand amour du progrès des lumières; son application à l'étude prouve du reste qu'il n'avait point un esprit commun. Ici commencent ses revers.

Les meurtriers cherchent à occuper la place du mo- .narque qu'ils ont lâchement mis à mort; Bémohi, à la tête d'un parti puissant, s'oppose à leurs desseins et se pose lui-même en prétendant. Pendant deux ans de guerre civile, il lutte avec des chances diverses ; puis, trahi par les siens qui passent à l'ennemi, il n'a que le temps, pour sauver sa vie, de s'embarquer pour l'île d'Arguin, où il rencontre le navire portugais qui le transporte â Sétubal.

Telle est, en peu de mots, l'histoire du prince noir, destiné, hélas! à périr d'une manière tragique. Le roi de Portugal, toujours porté aux entreprises chevaleresques, prend en main la cause de cet infortuné et fait équiper une forte escadre pour aller rétablir l'ordre dans le pays des Yolofs.En agissant ainsi,Jean II se propose d'assurer la propagation de la foi dans une contrée encore plongée dans les ténèbres de l'erreur, et en même temps d'ouvrir au trafic national une nouvelle source de débouchés.

Don Pierre Vasco de Acunha, surnommé Bisagudo, est chargé du commandement de l'expédition. Cet homme,

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qui avait montré de la bravoure dans plusieurs circonstances, n'était cependant pas digne de la confiance du roi, comme nous le verrons bientôt» Les souverains, même les plus clairvoyants, sont exposés à être trompés. La pensée de découvrir le prêtre Jean, à laquelle il n'avait point renoncé, fit concevoir au monarque portugais le dessein de construire un (ort à l'embouchure du fleuve Sénégal,. et d'explorer l'intérieur du continent africain, dans un cercle plus ou moins étendu, selon les difficultés.

Tout étant prêt, les bâtiments mettent à la voile au temps désigné et font route vers la Nigritie occidentale; Bémohi, heureux de revoir sa patrie, s'entretient aveo les missionnaires qui sont à bord du vaisseau, où il est traité avec les égards dus à son rang ; on fait les plus beaux projets pour la régénération "d'un peuple qui semble appelé à un avenir prospère. Arrivée à destination, l'escadre jette l'ancre non loin de la côte sur laquelle doit être bâtie* la redoute destinée à protéger les intérêts du commerce et de la navigation.

Les travaux ne tardent pas à commencer : ils % se continuent et s'achèvent d'autant plus promptement que les Yolofs, à la vue d'une flotte nombreuse et bien armée, ne songent "pas même à s'y opposer. Cependant Bémohi rentre dans ses droits et remplace son frère sur le trône, au grand applaudissement d'un peuple qui ne demande qu'à jouir des bienfaits de la civilisation; le nouveau souverain n'oublie pas la dette de reconnaissance qu'il a contractée envers le roi de Portugal ; il lui sera fidèle jusqu'à son dernier soupir;

Il me reste une tâche bien pénible à remplir; à côté du tableau touchant de ce prince à peine instruit et commandant à des sujets barbares, qui sait néanmoins respecter la foi jurée, il me faut flétrir du erime de félonie un homme de haute naissance, que rien ne saurait excuser.

Construite sur une éminence qui dominait la mer, la

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