G4 # ET BAPTÊME D'UN PRINCE YOLOF
citadelle laissait à désirer sous le rapport de la salubrité. Les miasmes, qui s'exhalaient des marécages situés aux abords du fleuve, engendrait des fièvres dont l'influence pernicieuse décimaiâtt la garnison. D'un autre côté, les échanges, auxquels le pays était encore peu habitué, ne répondaient point assez vite à l'attente de don Pierre Vasco de Acunha. Celui-ci, en sa qualité de gouverneur du fort, voulait s'immiscer dans les affaires locales et imposer des lois à Bémohi.
Quoique très dévoué à Jean II et à la nation portugaise, le roi africain tenait, à juste titre, à conserver son indépendance administrative. De là s'élevèrent sans doute des conflits. Le gouverneur, qui ne demandait qu'à abandonner un poste malsain et moins lucratif qu'il ne l'avait rêvé, chercha donc querelle à Bémohi en l'accusant de trahison, et, dans un accès de fureur, il le tua de sa main.
O honteux et déplorable crime ! que vont penser les Yolofs d'un acte si atroce de la part d'un gentilhomme qui prétendait jouer à leur égard le rôle de civilisateur? Si le meurtrier, en se réfugiant sur les navires qui s'éloignent promptement du rivage, échappe à leur juste vengeance, l'implacable histoire lui imprimera sur le front un cachet d'ignominie.
La nouvelle de cette affreuse violation du droit des gens et de l'hospitalité affligea profondément le roi de Portugal; il examina sérieusement l'affaire et résolut d'infliger un châtiment exemplaire au coupable; mais, dit Vasconcellos, son historien, quand il vit qu'une foule de grands personnages étaient compromis dans ce crime abominable, il crut devoir garder le silence.
A la distance qui nous sépare de l'événement, je ne saurais juger la conduite de Jean II en cette circonstance ; tout me porte à croire que, s'il ne sévit pas, c'est qu'il en fut empêché par des motifs de prudence difficiles à apprécier aujourd'hui.
l'île gràciosa. C5