XIV. — L'ILE GRACIOSA. — LIBÉRALITÉ DE JEAN II
Voyant ses espérances ruinées sur les bords du Sénégal, le roi mit toute son attention à se fortifier en Barbarie contre les incursions incessantes des Maures. Pour assurer la tranquillité des places en son pouvoir, il résolut de bâtir une citadelle qui déminerait au loin les plages infestées par les pirates, dont les ravages s'exerçaient principalement le long des côtes du royaume de Fez. Il s'agissait de trouver un emplacement convenable.
Parmi les îles formées par le Lixus, qui prend sa source au pays Goméra, coule vers l'ouest, traverse les provinces d'Azgaz et de Habat, et se jette dans l'Océan au-dessous d'Àlcacer-Kébir, parmi ces îles, fort petites mais d'uhe telle fertilité que les anciens y avaient placé le Jardin des Hespérides, il en est une qui se distingue par sa beauté et sa situation avantageuse. C'est elle que Jean II choisit pour l'établissement d'un fort ; au nom de Ceriza, qu'elle portait, il substitue celui de Gràciosa, comme plus en rapport avec la. physionomie de cette oasis enchanteresse.
De là pouvaient être secourues les villes de Méquinez et d'Àlcacer; une bonne garnison, placée au point culminant, rendait impossible l'approche des infidèles. L'an 1489, Gaspard Susarte, seigneur d'Arrayolos, que des connaissances spéciales désignent au choix de monarque, est chargé de l'exécution du plan royal. Pendant que les plus habiles ingénieurs s'embarquent pour le Maroc, le roi, de son côté, se rend à Tavira, en Algarve, afin d'être tout près à se porter à l'aide de ses travailleurs, en cas de besoin.
Quelque secrète qu'eût été la résolution de Jean II, le sultan de Fez, Muley-el-Octaci, ne tarda pas à en avoir avis. Dès lors, sa fureur ne connaît plus de bornes; il
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