‹ Jean II, roi de PortugalChapitre 44 sur 84 · GRAVE IMHSPOSITION DU ROI · texte numérisé non relu

GRAVE IMHSPOSITION DU ROI

commençait à exercer ses ravages, la cour alla se réfugier à Viana d'Alvito, où don François Coutinho, comte de Morialva, s'empressa de lui faire le plus gracieux accueiL

Cependant le roi ne tarde pas à éprouver les atteintes de violentes douleurs qui, bientôt, le mettent aux portes du tombeau. On s'enquiert des causes de ce mal subit : l'eau de la fontaine Coberta, ou couverte, que le monarque préférait, car il ne consentit à boire uû peu de vin que dans les dernières années de sa vie, avait-elle été empoisonnée? Tout porte aie croire, puisque deux gentilshommes, qui s'y étaient désaltérés, furent également pris de vomissements si dangereux, que l'un en mourut. Néanmoins les enquêtes les plus sévères n'amenèrent point la découverte des auteurs de cet odieux attentat.

Grâce à la force de sa constitution, Jean II échappa au trépas, et, à peine convalescent, il se rendit à Santarem pour passer le printemps dans le charmant palais d'Almérin, sur les bords du Tage. C'est là qu'il congédia les ambassadeurs des princes qui étaient venus le complimenter au sujet du mariage de son fils. C'est là aussi qu'il reçut les bulles du Saint-Siège instituant le titre d'administrateur perpétuel des ordres d'Aviz et de Saint- Jacques en faveur de l'infant don Alphonse qui, hélas ! ne devait pas jouir longtemps de ce privilège.

Toujours souffrant, le roi vaquait aux affaires pendant le jour et allait le soir prendre un bain dans le fleuve, à une certaine distance de la ville; il était ordinairement suivi de quelques seigneurs de la cour. Le mardi, 11 juillet 1491, s'étant avisé d'inviter le prince héritier à l'accompagner, celui-ci prétexta une légère indisposition afin de demeurer auprès de sa jeune épouse. Or, l'après-midi, le roi voulait, en passant, prendre des nouvelles de l'infant, lorsqu'il aperçut ce dernier conversant près d ? une fenêtre avec dona Isabelle et paraissant plein de santé.

A cette vue, Jean II se contente de saluer ses chers

ET MORT DE L'iNFÀNT. 79

enfants et continue son chemin. Le prince se reproche alors son manque de civilité à l'égard de son père; il demande qu'on lui selle bien vite une mule et descend dans la cour. Comme il y avait là un cheval à la disposition du grand écuyer de sa maison, il n'attend pas un instant; il met le pied à rétrier et part au galop pour rejoindre le roi,, qu'il trouve déjà en train de se baigner. Don Alphonse s'empresse de faire agréer ses excuses au monarque, qu!il sait plein de bienveillance pour lui ; puis, pour montrer la vigueur de son coursier, il veut s'amuser à traverser le Tage. Il en est dissuadé par Jean de Ménézès, qui lui objecte l'approche de la nuit et l'exhorte à se servir, pour le retour, de la mule qu'il avait d'abord commandée et qu'un palefrenier tient en bride. Le prince, pour se conformer à cet avis, quitte le genêt } (c'est ainsi qu'on désignait déjà les chevaux de luxe dans la péninsule ibérique) et se met en mesure de se servir de l'autre monture, lorsqu'une des sangles de l'équipement vient à se rompre. Forcé de reprendre le cheval, l'infant propose alors une course de plaisir à Jean de Ménézès qui, uniquement en vue d'être agréable à Son Altesse, accepte la partie.

Les voilà lancés à toute vitesse sur, les rives du Tage; ils disparaissent bientôt dans un tourbillon de poussière et déploieut toutes les qualités d'habiles cavaliers ; ils ne songent pas même à la possibilité d'un accident, tant ils sont sûrs d'eux-mêmes. Cependant, tout à coup, par une fatalité déplorable, un paysan débouche au détour d'un chemin et effraie, sans le vouloir, le destrier du prince. L'animal fait un écart qui désarçonne don Alphonse et le jette à terre sur un sol rocailleux. Son compagnon crie au secours ; et, quand il a aidé à porter le corps presque inanimé de l'infant dans une cabane de pêcheur, il se sauve, fou de douleur et résolu de ne jamais reparaître à la cour. Il faudra plus tard un ordre de Jean II pour l'obliger à sortir de sa retraite.

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