GRAVE INDISPOSITION DU ROI
Comment peindre la désolation du roi, de la reine et de l'infante ? Les chirurgiens les plus expérimentés de la ville et du palais accourent en toute diligence; ils sondent lés blessures du prince et baissent tristement la tête. Le peuple est dans la consternation : partout, dans les basiliques comme dans les plus humbles églises de village, s'élève vers le ciel un concert de vœux et de prières pour la conservation de la vie de l'héritier de la couronne. Mais Dieu, qui tient entre ses mains les destinées des empires, a jugé à propos de donner un exemple frappant de la vanité des choses humaines, en soumettant les grands et les petits à une fin commune. Adorons les desseins secrets de la Providence.
Déjà, ce ne sont plus les jours, ce sont les heures du prince qu'il faut compter ; la mort arrive à grands pas et imprime ses traits livides sur la face du patient; l'huile sainte coule sur les membres meurtris du chrétien, qui ne peut exprimer les sentiments dont son âme est remplie, et qui, sans doute, à ce moment suprême, fait le sacrifice d'une existence commencée sous d'heureux auspices. Enfin, environné des plus touchantes affections et des consolations de la religion, celui qu'on croyait appelé à régner exhale le dernier soupir à l'âge de seize ans et vingt jours. « Seigneur, que vos jugements sont incompréhensibles! » pouvons-nous dire avec le roi-prophète.
La dépouille mortelle du prince, transportée au couvent de la Bataille, à vingt-six kilomètres de Santarem, fut déposée dans la chapelle où reposaient ses ancêtres. Pour donner aux funérailles plus de solennité, elles furent fixées à la, date du 25 août; il fallait donner le temps d'arriver aux ambassadeurs chargés de représenter leurs souverains à cette funèbre cérémonie.
Au milieu de la stupéfaction générale, une question importante s'agitait : il s'agissait de savoir quel serait maintenant l'héritier du trône de Portugal. Don Emma-