‹ Jean II, roi de PortugalChapitre 54 sur 84 · DIVISION DES PAYS CONQUIS · texte numérisé non relu

DIVISION DES PAYS CONQUIS

importance, c'est-à-dire du partage d'un continent jusqu'alors inconnu, les ministres plénipotentiaires étaient entourés des plus savants géographes de l'époque. On est tenté de sourire aujourd'hui des pians cosmographiques soumis à la discussion, mais il ne faut pas oublier que les arbitres n'avaient à leur disposition que les cartes, fort incomplètes, de Ptolémée.

Après de longues délibérations, il fut décidé que Ton tirerait une ligne idéale du pôle arctique au pôle antarctique, à trois cent$ septante lieues au couchant des îles du cap Vert, et que la partie orientale appartiendrait au Portugal, tandis que les terres situées à l'occident reviendraient à la couronne d'Espagne. Des ingénieurs habiles devaient s'embarquer à bord de navires de Tune et l'autre nation, pour déterminer le point fixe du parallèle.

« Ces conventions, dit M. Ferdinand Denis, furentratifîées et signées par les deux souverains en l'année 1494; mais ce qu'il y a d'étrange, c'est que cette affaire demeura assoupie durant trente ans, jusqu'à ce que s'éleva la discussion relatif aux Moluques, si célèbre dans l'histoire du XVI e siècle. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que si le traité de partage fut signé, jamais les embarcations espagnoles et portugaises ne se réunirent durant le XV e siècle pour établir la détermination difinitive du point à partir duquel on devait compter les trois centy septante lieues. Il faut dire aussi que cette opération n'était pas praticable alors, puisqu'à l'époque où eut lieu le traité de Tordésilas on n'avait encore découvert aucun promontoire ou aucune terre dans l'Amérique méridionale. Il fallut attendre jusqu'au règne de Jean III. »

D'autres difficultés s'élevèrent bientôt entre Jean II et Ferdinand le Catholique, au sujet de leurs possessions respectives en Barbarie. Ce dernier monarque, en sa qualité de successeur à la domination des Goths dans la péninsule, revendiquait leurs droits en Afrique. Il alléguait à l'appui de ses prétentions certaines bulles

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pontificales, qui renfermaient cependant des restrictions. Une des clauses de ces actes apostoliques portait, en effet, ces mots : Sans préjudice des droits du roi de Portugal sur ses conquêtes tant au royaume de lez qu'en Guinée et dans les provinces voisines de V Ethiopie, du consentement des papes nos prédécesseurs. Telle était la teneur du dernier rescrit d'Alexandre VI.

Les places de Cazoca et de Mélilla, dépendant de la régence de Trémecen, aujourd'hui Tlemcth, en Algérie, furent donc adjugées au roi de Castille; tout ce qui ressortissait du royaume de Fez continua d'appartenir à la nation portugaise. Quant aux pays compris entre les caps Bojador et Non, où commence la Guinée, que Jean II réclamait, ils demeurèrent en litige jusqu'au règne d'Emmanuel, sous qui eut lieu une nouvelle délimitation des possessions conquises en Barbarie.

.Ces détails, un peu arides peut-être, étaient nécessaires à l'éclaircissement de l'histoire du XV e siècle- De plus, ils m'ont servi à faire ressortir le caractère de deux princes capables de se comprendre, et qui néanmoins furent presque constamment en lutte ouverte.

Doué d'un esprit actif et pénétrant, l'époux d'Isabelle manquait de franchise. S'il eût eu plus de loyauté dans les affaires, son nom, lié à de nobles entreprises, fût passé sans tache à la postérité. Plus réfléchi et plus profond, le souverain portugais était aussi habile politique que son rival ; mais on ne le vit jamais recourir au mensonge pour faire triompher sa cause. Sévère à l'excès, il aimait la bravoure et le courage.

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