I. — NAISSANCE ET PRBMIÊRES ANNÉES DE JEAN IL
Le 3 mai 1455, la ville de Lisbonne était en fête; les cloches sonnaient à toutes volées; l'artillerie, encore à son début, faisait aussi résonner le bruit du canon ; on voyait des drapeaux et des oriflammes flotter aux édifices et aux maisons particulières ; il n'y avait dans la foule qui se pressait aux abords du palais d'Alcaçara, qu'un immense cri de joie : Le roi a un fils! vive l'infant!
Ce cri, répété par une multitude immense, remplissait d'une douce allégresse le cœur d'Alphonse V jusqu'alors en proie à des soucis nombreux. Une fille lui était déjà née, il est vrai, de son mariage avec Isabelle d'AÏfarrobeira; mais il comptait vivement sur un héritier mâle pour se décharger du poids des affaires. Depuis la mort de don Pèdre, son oncle et beau -père, dont il n'avait pu se justifier entièrement, le roi était sombre et préoccupé ; il fallut un événement heureux pour le faire sertir de la tristesse qui l'absorbait malgré lui.
Il n'entre point dans mon plan de décrire les cérémonies du baptême, accompagnées et suivies de fêtes splendides. A peine le prince eut-il atteint l'âge d'un mois, que les Etats du royaume s'assemblèrent et déléguèrent une députation qui vint lui prêter serment comme au souverain légitime et héritier présomptif de la couronne*